Battue mais pas abattue, Amélie Mauresmo a dressé le bilan de sa première rencontre de Fed Cup dans la peau de capitaine de l’équipe de France. Lucide, l’ex‐numéro 1 mondiale constate que ses joueuses étaient tout simplement un peu en‐dessous de leurs adversaires allemandes. Elle se concentre d’ores‐et‐déjà sur le prochain match où les Bleues tenteront de sauver leur place dans le groupe mondial 2.
Amélie, quelle est votre réaction à chaud pour votre première rencontre de Fed Cup comme capitaine ?
Il y a forcément de la déception. Globalement, on est tombées sur une équipe allemande plus forte que nous, du début à la fin, sauf sur le double qui ne comptait plus. Il n’y a pas beaucoup d’autres choses à dire, si ce n’est qu’on va avoir un match de barrage à jouer et que c’est toujours difficile. Dans l’esprit, dans la cohésion, des choses intéressantes se sont passées sur les derniers mois et cette semaine. Sur le niveau de jeu, on doit continuer à bosser pour continuer à progresser.
Selon vous, qu’est-ce qui a marché et qu’est-ce qui n’a pas marché ?
Un des points positifs de ce week‐end est que les débuts de Kristina Mladenovic se sont plutôt bien passés. Même si elle a mis un peu de temps hier à se mettre dans le bain, elle a été en progression tout au long de son match et elle a ressenti l’adrénaline de la Fed Cup d’une façon positive. En double, elle est capable d’assurer également. C’est bon pour le futur. On a des joueuses qui ont tout donné mais qui étaient en‐dessous.
Qu’avez-vous pensé de votre rôle de capitaine ?
J’aurais préféré avoir des débuts un peu plus positifs… Mais j’étais à fond dans l’aventure, à fond sur le banc avec les joueuses, complètement investie et excitée à l’idée d’être dans ce rôle‐là. Je ne m’étais pas projetée du tout sur comment j’allais être, ce que j’allais pouvoir leur dire, si j’allais peu parler, beaucoup parler, si j’allais être démonstrative ou non. J’ai laissé le naturel parler et le fait d’avoir déjà passé pas mal de temps avec les joueuses a été important pour moi, pour pouvoir m’exprimer de façon positive avec elles sur le banc.
Quel a été le moment le plus compliqué pour vous cette semaine ?
La sélection, forcément, le jeudi soir. C’est le moment le plus ingrat du rôle de sélectionneur. Et puis, il y a aussi le moment où c’est fini, lorsque l’on a perdu. Là, on se prend quand même un petit coup de massue sur la tête.
Marion Bartoli s’est inscrite dans la durée dans cette équipe de France. A titre individuel, elle souhaiterait collaborer encore plus avec vous. Que pouvez‐vous en dire ?
Je serai dans mon rôle de capitaine de cette équipe de France. Pour moi, c’est un rôle élargi qui ne se limite pas à deux semaines dans l’année sur les rencontres de Fed Cup. On est sur quelque chose de plus global, un rôle de conseillère, en parlant avec les joueuses, avec leurs entraîneurs. L’idée, c’est que ça se passe de la même manière avec Marion, en échangeant, en donnant mon point de vue sur son jeu, sur ce qu’elle doit faire tactiquement, techniquement, ce qu’elle doit modifier dans sa structure éventuellement si elle me le demande. La première étape pour Marion est vraiment de se structurer. Quand on a l’objectif d’être vainqueur de Grand Chelem, il faut son staff, sa structure. Dans les semaines qui viennent, je pense qu’elle va se structurer tranquillement.
En clair, vous ferez exactement la même chose avec l’ensemble des joueuses ?
Exactement, l’idée est d’être une personne « ressource » pour toute l’équipe de France
L’absence de Marion Bartoli a‑t‐elle pesé sur ce week‐end ?
Certainement. On ne peut pas dire qu’une Top 10 aurait été de trop dans l’équipe… Malheureusement, après toutes les discussions que l’on a pu avoir, et sa venue au sein du groupe qui a été plutôt positive, elle est tombée malade. C’est partie remise. Au mois d’avril, j’espère qu’on pourra compter sur Marion.
Justement appréhendez‐vous les barrages ?
On va y réfléchir tranquillement. On va déjà attendre le tirage au sort, pour voir contre qui on tombe, si on se déplace, comment ça se passe. Et à partir de là, on pourra commencer à préparer la rencontre.
On imagine que vous voulez éviter la troisième division, surtout pour votre première année de capitanat…
J’aimerais bien l’éviter oui ! Pour ma première, mais à vie aussi, j’aimerais l’éviter !
On a l’impression qu’il y a une grande marge entre le tennis masculin français et le tennis féminin français…
Les garçons ont quatre joueurs dans le Top 30, dix dans le Top 100. Pour les filles, aujourd’hui, ce n’est pas comparable. On a vécu cette époque‐là il y a quelques années. Aujourd’hui, on n’est plus dans cette configuration. Il faut reconstruire, il faut bosser. Toujours les mêmes choses !
Pauline Parmentier disait qu’elle n’avait jamais travaillé aussi dur que ces dix derniers jours. La réussite passe‐t‐elle justement par une rigueur individuelle pour chacune ?
Avec Gabriel (Urpi) et Xavier (Moreau), on leur répète que ce qu’elles ont fait au stage hivernal, ce qu’elles ont fait cette semaine, c’est tous les jours qu’elles doivent le faire ! Nous, on n’a pas de baguette magique. Si on veut progresser, si on veut avancer, c’est évidemment en passant par beaucoup de travail, avec de l’intensité, de l’engagement. Il ne s’agit pas d’avoir des horaires à rallonge, il faut être dedans.
D’autant que vos joueuses ont le potentiel…
Je pense, en tout cas, qu’elles ont des marges de progression. Pour arriver jusqu’où, c’est difficile à dire. Mais toutes les joueuses qui composent cette équipe, et même le groupe France élargi, ont une marge de progression.
Allez‐vous dire quelque chose de particulier à vos joueuses ce soir, en vue notamment de la prochaine rencontre ?
Peut‐être pas sur la prochaine rencontre, car c’est un peu loin, mais plutôt individuellement, pour chacune. Il y aura aussi un « debrief » général, bien évidemment.
Est‐ce que cette rencontre face à l’Allemagne va vous servir ou est‐ce une rencontre à oublier ?
Ca sert toujours. On apprend toujours plus des défaites que des victoires. C’est souvent l’occasion de se remettre en question, que ce soit les joueuses, que ce soit moi. Et ça, ça ne me fait pas peur du tout. J’ai passé toute ma carrière à faire ça, je suis habituée !
Publié le dimanche 10 février 2013 à 19:45



