Gachassin : « On veut gagner Roland Garros mais on ne s’est pas donné les moyen »

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Le président de la fédé­ra­tion fran­çaise nous a reçu en juillet dans son bureau face au central Philippe Chatrier. Comme d’ha­bi­tude, nous vous propo­sons l’in­té­gra­lité de cet entre­tien qu’il faut replacer dans son contexte, c’est à dire avec par exemple Patrice Dominguez encore aux commandes de la DTN. C’est un vrai doncu­ment pour comprendre la poli­tique de la FFT dans les années à venir. Nous tenons aussi à préciser que la rédac­tion de Grand Chelem a réalisé cet entre­tien sans filtre, ni direc­tive de la part du cabinet du président.
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Président, quelle est l’ori­gine de votre passion pour le tennis ?
C’est simple, ce sont mes parents. On suit les parents. Mes parents jouaient au tennis. Ils m’ame­naient le soir en semaine à Bannières de Bigorre au club de tennis comme ils m’ont emmené le dimanche au rugby. On est imprégné de ce sport et puis bien sur si on a quelques résul­tats, si on a quelques qualités physiques ou tech­niques, eh bien on s’ac­croche, on continue et quand on a un résultat, on avance. Et c’est comme ça que je suis arrivé au tennis. A 16 ans j’étais un petit espoir régional et même national parce que j’ai fait un stage avec Henri Cochet. C’était à l’INS, l’Institut national des sports. Je faisais du tennis pour m’amuser pour me main­tenir en forme. Mais pour faire de la compé­ti­tion, c’était le rugby. J’étais dans un terroir rugby, il n’y avait que le rugby qui m’in­té­res­sait. A ce moment là il n’y avait pas comme main­te­nant des profs pour faire du judo ou pour faire du golf. C’était le rugby. Le tennis c’était des clubs un petit peu fermé quand même. Ce n’était pas ouvert comme main­te­nant, c’était moins popu­laire ! Mes parents jouaient, c’étaient des libé­raux. Le tennis ça leur faisait du bien, ça les main­te­nait en forme et ils s’amusaient. 

Vous avez quand même croisé Monsieur Henri Cochet

Oui, je suis sélec­tionné à 17 ans avec une dizaine de Français. Je pars au rassem­ble­ment national, j’étais content, ravi bien sûr, et puis il y a mes parents qui me télé­phonent. « Putain Jeannot, on vient de rece­voir une lettre de la fédé de rugby. Tu es sélec­tionné en équipe de France ». Et je vais voir naïve­ment le père Cochet. « Vous savez, je m’en vais, je suis sélec­tionné ». Je croyais qu’il allait me féli­citer. « Comment ? Tu vas rester au tennis, oui ! Je n’en ai rien à foutre de ton rugby. » Il avait raison, il avait raison. « Oui oui m’sieur, pardon m’sieur ». Parce que Cochet c’était un monstre ! Et puis le soir, je suis parti, j’ai quitté le stage. Il m’en a voulu un certain moment mais après il m’a pardonné quand il était président de l’IMCT. Il m’a mis membre d’hon­neur. Parce que l’IMCT, c’est l’association des membres des équipes de France de Coupe Davis. Il m’a fait cet honneur. Je crois qu’il y a eu Michel Jazy et moi.


Vous étiez à quel classement ?

J’étais à 46 à 16 ans. Oui je m’amu­sais, hein ! Mais vous savez c’est un petit peu bizarre parce qu’un peu plus tard, au tournoi d’Hendaye, quand j’avais 23 ou 24 ans.


Ah mais vous n’avez jamais arrêté alors ?

Ah non non non ! Je jouais ! Si je suis un person­nage du rugby, c’est peut‐être à cause du tennis.


D’accord !

Parce que ça me main­te­nait en forme par rapport aux autres si vous voulez. Moi j’ar­ri­vais aux mois de septembre‐octobre avec une bourre terrible en rugby parce que j’avais fait de l’ath­lé­tisme – j’étais cham­pion des Pyrénées en junior en 200m, je faisais de la longueur‐ et je conti­nuais par le tennis tout l’été. Et je finis donc avec l’affaire d’Hendaye. Quand on ne jouait pas assez de tour­nois, on rede­ve­nait non classé. Au moment où j’étais marié, je fais un tournoi à Hendaye. J’ai démarré non‐classé et j’ai passé 15 tours ! J’arrive en finale et là je gagne le tournoi contre un 0. C’était pas un négatif. Ma femme en avait marre parce qu’elle se tapait les voyages Biarritz‐Hendaye, il n’y avait pas d’au­to­route, mais voilà le tennis, c’était une passion quoi, c’était formidable.

Et aujourd’hui alors, vous prati­quez encore ?

Quand j’ai arrêté le rugby vers 35 ans, je m’y suis remis, j’étais non‐classé et j’ai refait les Interclubs.

Et main­te­nant vous êtes combien et surtout vous jouez comment ?
Attendez je vais vous dire ça.… (Rires) A 40 ans, je suis remonté à 26. Je faisais tous les tour­nois l’été sur la Côte basque. Question style de jeu, c’est simple, on m’a donné une raquette je l’ai prise et j’ai joué. J’avais une prise fermée en coup droit mais en revers on ne m’a jamais dit qu’il fallait changer de prise, alors je chopais toutes les balles. Comme j’avais des jambes, je me mettais prati­que­ment à un mètre de la ligne de couloir côté revers et alors tout le monde disait « Il faut lui jouer le revers ». Mais je ne compre­nais pas que tout le monde joue le revers, il fallait au contraire me la mettre sur le coup droit ! A mon niveau, je gagnais des points sans rien faire… Ca sortait, ça sortait, ça sortait. Et bien sur quand j’avais une balle au milieu, je me jetais dessus et bada­boum en coup droit ! Par contre j’étais un petit peu limité quand je jouais contre des volleyeurs.


Vous vous veniez au filet ?

Non, je n’y allais pas. Et puis vu ma taille… (Sourires)


Oui mais justement.

Non, moi qui étais pour­tant un atta­quant sur un terrain de rugby, j’at­ta­quais tout avec le coup droit, je tapais mais je venais pas à la volée, j’étais pas un volleyeur. Quand je venais a la volée, je perdais le match, je ne sais pas pour­quoi ! (rires) Et puis j’avais un petit passing… je mettais la balle en revers où je voulais alors certains n’avaient pas de solu­tion. Quand il y avait une montée, c’était une merde derrière le filet, et je m’en sortais comme ça. 

Et vous êtes passé de la raquette en bois à la raquette en…

(Il coupe). Non, j’ai toujours joué avec des Gauthiers blanches et puis je suis passé aux métal­liques quand j’ai eu une raquette Lafourcade. Un copain avait monté une formule de raquette Lafourcade. C’est lui qui m’a offert les premières raquettes. « Mes raquettes elles sont bien, tu vas voir ». Et je jouais avec un petit tamis, c’était en carbone, le carbone arri­vait à ce moment‐là.


Les idoles de votre jeunesse ?

Quand j’étais pitchounet, c’était Rod Laver puis Panatta, Nastase. Si je remonte plus loin, il y avait Pancho Gonzalez un gars qui avait un jeu fantas­tique. Et enfin Santana, tous les joueurs qui ont un peu de balle quoi. C’est toujours comme ça dans le sport, ce qu’on ne peut pas faire et qu’on voudrait savoir faire, on ne le fait pas et on a des idoles qui jouent comme cela. Et j’ai vu Laver au dernier Wimbledon. Il était là, on m’a présenté en tant que président, je lui ai dit « Mais moi vous étiez mon idole !»

Donc des joueurs de balle.

Oui, c’est‐à‐dire que la force m’impressionne moins. Je me rappelle, ça m’avait marqué, le cas de Roscoe Tanner. Son service, j’ai dit « Ecoutez, je me suis ennuyé là. Tanner le service c’est très bien mais je ne vois pas de jeu ». Federer contre Roddick, le suspense oui, mais je me suis égale­ment ennuyé lors de la dernière finale de Wimbledon parce que il n’y a que quatre échanges toutes les 10 minutes. Pour moi le tennis ce n’est pas ça. Je préfère quand on construit son point, quand on essaie de mettre en diffi­culté tacti­que­ment. Il faut savoir changer de jeu, en fonc­tion de l’ad­ver­saire. C’est ça qui me plait dans le tennis.

Question incon­tour­nable alors : êtes vous nada­lien ou federien ?

Par le physique, la gagne, la comba­ti­vité, je suis nada­lien. Mais par la finesse, le toucher de balle… c’est Federer. Vous savez dans le sport ou même dans la vie profes­sion­nelle, ce qui est le plus diffi­cile à réaliser c’est la simpli­cité. Le chirur­gien il est simple, il fait son truc. Dans le sport un geste qui paraît d’une naïveté, d’une simpli­cité, c’est ce qui est le plus diffi­cile à réaliser. Federer n’a qu’à se tourner, taper, et la balle va où elle veut.… C’est la simpli­cité, c’est ce qui est pour moi tout le charme et j’adore ça.


Et puis les deux viennent de redonner leurs lettres de noblesse au tennis, et même une trame à l’histoire de Roland Garros depuis 4 ans.

Tout à fait. Nadal quand il bat Federer, il dit « Je bats le meilleur joueur du monde ». Il y a un respect mutuel qui est excep­tionnel, et qui met le tennis et ces hommes‐là à un certain niveau. 

Est‐ce qu’on n’avait pas un peu perdu ça après les années 80 ?
Moi je regrette de dire qu’il y a eu aussi beau­coup de jeu stéréo­typé à cette époque. Borg, Vilas, rappelez vous, on s’en­nuyait un petit peu. On allait aux toilettes, on buvait un petit coup de cham­pagne, on reve­nait, ils étaient toujours au ving­tième échange. Je me rappelle Vilas, c’etait Tiriac son coach, il lui tendait la raquette à 30 ou 35 kilos, c’était terrible ! Il mettait du poids en tête de raquette pour que la balle pèse davan­tage, mais c’était toujours la même chose. Alors moi je reste nostal­gique parce que j’ai vu du toucher de balle, les Nastase, Panatta, Pietrangeli, tout ça c’était un autre tennis. Et puis on est tombés sur Borg qui a mis un système de jeu en place. C’était toujours pareil. Et puis on ne s’en est pas sorti jusqu’à Bruguera, Courier… C’était le physique, le physique, et ce lift qui a tout révo­lu­tionné. Et puis il y a eu les raquettes, le maté­riel a révo­lu­tionné aussi le tennis. Avant les raquettes, vous ne pouvez pas jouer avec ça ! La Donnay de Borg, c’était pas possible, vous ne pouviez pas centrer la balle ! Aujourd’hui chez les garçons, Federer, Nadal , il y a une diver­sité, ils préparent leur point.

Est‐ce qu’ils n’ont pas obligé tout le monde à rejouer au tennis ?
Voilà. Et si on veut battre Nadal et Federer il faut savoir faire un revers chopé, il faut monter en chop… Regardez, même Roddick à Wimbledon il monte en chop­pant. Ca devient du tennis et moi j’aime ça. Je n’aime pas les échanges à deux cents a l’heure, taper, taper, taper, à droite, à gauche. Je m’en­nuie un petit peu.

Quelle est aujourd’hui votre vision du tennis ? On a la forte impres­sion que le tennis est un sport qui a monté d’un cran son niveau de compé­ti­ti­vité.

Attendez je vais vous dire quelque chose. De mon temps, systé­ma­ti­que­ment à Roland Garros, à Wimbledon, aux grands tour­nois, on retrou­vait les 8–10 meilleurs en quart en demi. Les premiers tours ils arri­vaient avec la ciga­rette. Il y avait vrai­ment un écart. Maintenant avec l’évo­lu­tion du tennis, les jeunes, avec leur entraî­ne­ment, physique et tech­nique, les premiers tours ce sont les plus diffi­ciles ! Et les autres ont faim, ils n’ont rien à perdre. Là il y a une évolu­tion énorme. Maintenant même Federer il faut qu’il se bagarre dès les premiers tours. 

On assiste aussi à une mondia­li­sa­tion réelle de ce sport et un retour de la pratique.

Oui, c’est comme en France on est 1 200 000 licen­ciés, mais je sais pas combien de joueurs loisir. Dans le monde entier, c’est la même chose. On part en vacances et qu’est‐ce que font le papa, la maman, les petits enfants ? Tiens on va aller courir un petit peu et jouer au tennis. C’est facile il y a des courts partout. Donc mondia­le­ment c’est comme le foot, il y a un ballon, on joue dans la rue, on joue sur la plage, on joue n’im­porte où. Le beach tennis, les raquettes adaptés, avec tout ça on s’amuse. C’est ce que veulent la plupart des gens main­te­nant, c’est se main­tenir en s’amu­sant. Le mec de 45 ans, il ne veut pas être ridi­cule. Il veut renvoyer la balle. La chemise mouillée, la douche, il a passé un moment formi­dable. Il a gagné ou perdu, c’est déjà un match, un petit match. Et ce déclic est venu grâce à Philippe Chatrier quand il s’est battu pour faire rentrer le tennis aux JO. Dès qu’on rentre aux JO, les pays sont obligés de mettre en place une vraie poli­tique pour prati­quer le tennis. Et ça, ça a été un pas en avant gran­diose. Il y a des pays qui n’auraient jamais joué. Ils brico­laient, tandis que là des struc­tures sont mises en place pour essayer d’avoir des repré­sen­tants aux JO d’un certain niveau, donc mondia­le­ment connus.

Arrivons juste­ment à cela, il y a des gens, donc vos prédé­ces­seurs qui ont fait beau­coup de choses, est‐ce qu’on peut voir le bilan que vous faites en récu­pé­rant la fédé­ra­tion ? Qu’est‐ce qui vous inté­resse, et qu’est‐ce que vous allez prolonger ?

Bon bilan finan­cier déjà, c’est important.


Oui, parlons en. Quand on se balade dans les travées des clubs, dans les chal­len­gers, on entend « Ouais mais atten­tion la fédé elle est pleine de sous ». Vous répondez quoi à ça ?

Pleine de sous, ça veut dire… Roland Garros. Et sur Roland Garros la commu­ni­ca­tion interne n’est peut être pas assez bien faite. Je pense qu’il faut donner des chiffres : un tiers des revenus vient de Roland Garros. Et ce tiers est reversé aux clubs via les ligues. Les clubs, les ligues mettent en place les entraî­ne­ments, les bourses, on donne des aides directes aux clubs pour la réfec­tion des courts et tout ça repré­sente une somme d’argent impor­tante. Concernant ce que vous dites, les prati­quants ont l’im­pres­sion que tout cela fait partie d’une… on va pas dire d’une omerta, mais d’une façon de dire « Tiens c’est un peu comme l’Etat, la Fédération s’en­ri­chit », mais je pense que si elle était plus trans­pa­rente, le prati­quant moyen y verrait plus clair. Peut être qu’il y a un problème de commu­ni­ca­tion, mais bon il y en aura toujours qui ne sont jamais contents. On a 8500 clubs, c’est sur qu’on ne peut pas donner à 8500 clubs. On a une enve­loppe, on essaie de faire le maximum, c’est une volonté fédé­rale qui a été mise en place depuis de nombreuses années. On va conti­nuer et essayer de l’ac­cen­tuer. Moi j’étais président il y a 25–30 ans d’un club à Bannières de Bigorre alors je sais ce que c’est. J’ai monté un tournoi Futures, je sais ce que c’est d’aller mendier pour récu­pérer trois miettes de pain pour faire vivre le club et payer les éducateurs.

Donc vous récu­pérez un bon bilan finan­cier. Parce qu’on en avait parlé avec Christian Bimes qui disait « Moi j’ai récu­péré une ardoise, aujourd’hui je laisse un bon bilan ».

Oui, c’est un bilan positif. Par contre je veux préserver la place des licen­ciés des clubs dans Roland Garros. On a énor­mé­ment augmenté nos recettes en suppri­mant beau­coup de places qu’on a données aux rela­tions publiques. Et vous comprenez bien que si je vends une place 50 euros au licencié qui vient, ravi, sur le Chatrier ou sur le Lenglen, c’est formi­dable. Mais si j’en­lève cette place et que je la vends 500 euros, je vais faire beau­coup de béné­fices. Moi je crois qu’on en est arrivé à un seuil. Il faut trouver un juste équi­libre pour ne pas enlever des places supplé­men­taires aux licenciés. 

Cette réflexion est‐elle venue à cause de remarques ?
C’est venu comme ça. Peut‐être que Christian Bimes disait « Il faut des recettes supplé­men­taires, il faut plus de rentrées » et tant mieux ! Mais moi je dis qu’il y a un juste milieu.

Et là vous vous pensez que par le passé, on n’a pas fait ce qu’il faut…
Attendez, on a supprimé un paquet de places qu’on a données à la BNP, aux rela­tions publiques… Vous allez au village, vous avez compris. Tout ça en contre‐partie des places. Il faut un juste milieu, on a atteint un chiffre qui est raison­nable, grosso modo c’est 120 millions de chiffre d’af­faire. Moi je ne veux pas monter à 150 millions au détri­ment des licen­ciés. Peut‐être qu’il y aura d’autres solu­tions, les paris spor­tifs, les droits télé­visés qu’on peut améliorer ; mais dans le système et le stade actuels, on en peut pas monter à 600 000 places

On a juste­ment vu sur votre bureau un rapport offi­ciel sur ces histoires de paris spor­tifs, quelle est votre vision sur ce sujet ?
Je veux que ça soit régu­la­risé parce que je veux qu’on sache ou on va, que ce soit clair, net et en toute léga­lité. Ca va apporter un petit peu d’argent en paral­lèle de la télé. Pas des sommes impor­tantes, je ne pense pas. Ce sera 1 à 1,5%, mais là où on va gagner un petit peu plus c’est s’il y a une société qui est parte­naire, une société qui va avoir l’au­to­ri­sa­tion d’avoir le match en direct. Ca aussi ce sera un revenu supplé­men­taire impor­tant. Nous, on a eu deux procès qu’on a gagnés, on est préparés et toutes les fédé­ra­tions nous suivent un petit peu parce qu’on est à l’avant garde sur ce dossier.


Sur la télé, il va quand même y avoir un moment impor­tant. Des gens comme Canal font une superbe couver­ture de ce sport…

Oui, et je pense que j’au­rais un cas de conscience à donner les droits à Canal+. 

Oui, mais vous avez dans le contrat actuel une obli­ga­tion de diffu­seur gratuit et national en tant que fédé­ra­tion sur un événe­ment public. Sauf que quand on voit la couver­ture de Canal, c’est payant mais on a grosso modo 4 courts en direct, 3 courts sur 3 chaînes.
C’est vrai ils sont forts, mais moi j’ai­me­rais que dans n’importe quel patelin dans la montagne, le maire puisse voir la finale ou d’autres matches. Gratuitement.

Est‐ce que l’idée ça va être de vendre par lots ?
C’est le cahier des charges qu’on est en train de mettre en place. Par lots. Un petit peu comme a fait le foot.

Donc ca serait le Lenglen pour Canal par exemple
Des lots, oui. Il y a Orange aussi.

Ca ne va pas être un peu compliqué de faire des lots selon le programme, les joueurs, les affiches ? C’est Orange qui va décider s’il veut avoir Nadal ?

Oui, ça va être assez terrible, il va falloir qu’ils nous fassent confiance. Celui qui achète le Lenglen, il va nous dire « Nous on veut un grand match, hein ! ». Gros dossier donc. Bien sur France Télévisions veut la tota­lité, ils ne veulent pas que ça soit partagé. Moi je suis pour le service public, mais je veux aussi que finan­ciè­re­ment on s’y retrouve.

Est‐ce que vous ne pensez pas qu’il y a trop d’argent dans le tennis, trop d’argent sur les joueurs, trop d’argent sur les agents ?
Non il n’y a pas trop d’argent, par rapport au foot notam­ment où je pense que c’est immoral. Les sommes sont… (il ne finit pas sa phrase) Je souhaite que dans le tennis ce ne soit pas le cas non plus. Mais on est un peu plus protégé.


Mais comme vous le dites, c’est diffi­cile de monter un Future et on entend des chiffres sur des tour­nois qui sont très importants.

Non mais pas en France. Dans les nouveaux sports riches qui mettent le binz’. C’est comme en rugby on a deux, trois fous, ils mettent en péril le rugby. C’est Toulon, le Racing Metro. Ils mettent les salaires à un certain niveau. Alors ces gars du Qatar, Dubai, c’est dommage que…

Mais vous dîtes que vous vous sentez protégé, pour combien de temps ?
Je vais vous dire, on connaît notre poten­tiel finan­cier chez les orga­ni­sa­teurs. Donc je n’ai pas peur en France. Je ne vais pas avoir un fou qui va dire « Roland Garros m’emmerde, je vais faire un tournoi à deux millions. J’installe Tiriac ». Ca je ne pense pas. En même temps on a monté des statuts « Grand Chelem » depuis deux mois. On peut commer­cia­liser déjà la marque ce qui est une garantie pour les quatre Grands Chelems. C’est une garantie, ça s’est fait diffi­ci­le­ment mais ça y est, on a les statuts, on a le nom de Grand Chelem qui est reconnu statu­tai­re­ment parlant. Voilà, on a déposé la marque.

Nous aussi, alors faites attention !

(Rires). Mais il y a une autre marque, « Grand Chelem tennis », une société commer­ciale qui vend des jeux. Justement on est en train de discuter avec eux.

C’est bien, c’est bien, d’avoir tout ça, c’est l’his­toire du tennis.

Ce sont les 4 prési­dents des Grands Chelems qui sont dans ce statut.

Ca veut dire que vous aviez la crainte que quel­qu’un vienne essayer…

Oui, de prendre le nom ! Donc en France on n’est pas inquiets, les autres tour­nois non plus, on aura toujours dans la vie spor­tive un fou qui viendra à Chelsea, le gars qui arrive avec son argent. Mais en général je crois qu’on atteint des sommes qui sont raison­nables et qui ne sont pas mal pour certains joueurs. Donc je n’ai pas peur de la folie, écono­mi­que­ment parlant.

C’est pour ça qu’à un moment donné vous rachetez le tournoi de Strasbourg. Nous quand on a vu ça, on n’a pas compris.
Parce qu’on veut garder nos tour­nois en France. On veut les conserver.

Donc ce sont des mesures de protec­tion­nisme ? C’est pour éviter de délo­ca­liser ?
Il y a Strasbourg et Metz. Sur Strasbourg, Lagardère perdait beau­coup d’argent. Heureusement il m’a dit « Je vends, j’ai­me­rais autant vous le vendre à vous pour que le tournoi reste en France ». Il y a deux tour­nois, je veux qu’ils restent en France. Lyon n’a pas de problème. Je veux parler des deux qui sont un peu limites. On a racheté et j’ai dit au maire de Strasbourg « Trouvez une société qui va gérer » Nous, nous ne sommes pas orga­ni­sa­teurs de spec­tacles, de tour­nois, à part Roland Garros. On a mis toutes nos équipes à Strasbourg pour cette fois‐là. Ca s’est très bien passé. 

Avant c’était la Ligue qui le faisait !
Ah oui mais moi, ça je ne veux plus. On n’est pas là pour ça, je ne veux pas mettre en péril l’argent qu’on va mettre dans cette Ligue pour le mettre dans un tournoi. Je veux que cet argent aille dans les clubs. Donc à Strasbourg, on achète et on va sous‐louer à une société. Et sinon c’est nous qui vendrons, en France. Metz on le garde égale­ment, on a fait des appels d’offre. Il y a des gens d’Orléans qui veulent s’en occuper et Lagardere. On veut racheter, et nous on choi­sira : Metz ou Orléans.

Finalement parlons du tournoi le plus en danger, Roland Garros, on a vu que vous avez pris une posi­tion très tran­chée pendant la dernière édition au point de menacer de partir de la Porte d’Auteuil si aucune solu­tion n’était trouvée ?
D’abord il y a la date limite : février 2011, l’Assemblée Générale. Là il faut être capable de présenter à tout le tennis fran­çais, c’est à dire les repré­sen­tants des dépar­te­ments de Ligue, trois projets. Premier projet, l’extension avec le Stade Georges Hébert. Nous serons fixés rapi­de­ment afin de savoir si la ville de Paris nous accorde les conces­sions de ce stade et de celles de Roland Garros qui tombent en 2015. Nous voulons aussi être fixés pour savoir combien on va payer pour Roland Garros. S’ils nous demandent 15 briques, 15 millions d’euros, on va réflé­chir. S’ils nous demandent 2 millions pour la loca­tion des lieux, on ouvrira les discus­sions. Nous sommes d’ac­cord sur le prix de la conces­sion, mais il y a un point impor­tant qu’il va falloir résoudre avant la fin de l’année, c’est cette conces­sion de Hébert. Si la ville de Paris dit non, ça s’ar­rête. Si c’est bon, ce n’est pas fini. Il y a 3 ou 4 ans de procès avec les rive­rains. Ca mène à 2015. On le sait. Pour le Lenglen, le permis de démolir, du stade sera attaqué. Et quand le permis de démolir est attaqué, il y en a encore pour un an et demi, deux ans… Recours, appel, simple­ment pour démolir ! En tout cas, si la mairie de Paris nous signe la conces­sion, on dépose le permis de construire au mois de janvier‐fevrier, et on part pour 5 ans donc rien avant 2015. 
Deuxième possi­bi­lité qui intègre un a) et un b). Petit a) on rase le Lenglen et on refait un stade couvert de 15 000 places. La ville de Paris doit nous donner l’au­to­ri­sa­tion de construire au delà de 18 mètres, parce qu’on ne peut pas aller au‐dessus, donc déro­ga­tion de la ville de Paris. On rase y compris le CNE (Centre National d’Entraînement) qui doit dispa­raître. Il faut lui trouver un endroit, un centre d’en­traî­ne­ment moderne, on pour­rait voir avec Lagardere, pour­quoi pas. Puis grosses discus­sions pour les terrains au bout de Roland Garros côté rond point du Bois de Boulogne, terrains qui sont à la ville de Paris pour qu’ils soient nous et refaits en terre battue, puis­qu’on va en supprimer quelques uns entre le Central et le Lenglen. Et en complé­ment des deux centraux, pendant le tournoi on construit deux courts, un de 10000 et un de 5000 places dans le Bois de Boulogne vers le Petit Jean Bouin. Comme des nomades, on construit, on monte et après le tournoi on démonte. 

Et c’est évidem­ment cette solu­tion que vous allez choisir !

(Sourires) Nous on est un Grand Chelem. Nous avons besoin d’un genre de Wimbledon. Ici on est ennuyé parce qu’on a toute l’ad­mi­nis­tra­tion, on a 300 personnes, 300 employés CDI.


Ca fait beau­coup ? Par rapport au travail ?

A chaque fois qu’il y a quel­qu’un qui s’en va, on voit s’il faut le remplacer ou pas. Tout simple­ment. A Bannière de Bigorre j’ai une petite affaire, j’ai 8 employés, ici on est 300, tous là pour la partie admi­nis­tra­tive. Il nous manque des espaces pour bien rece­voir les joueurs, bien rece­voir les licen­ciés, les clients, les arbitres. Là, on met des Algecos partout, la télé­vi­sion on les met dans des espaces… pfff…

Oui, ça fait pas très Grand Chelem ? Quand on arrive au players lounge la première semaine, de les voir tous manger les uns sur les autres, il n’y a pas de place, c’est la folie.

C’est la cafe­teria de Champion ! Les jour­na­listes, l’entourage, tout le monde est là, on est en entre profes­sion­nels et on dit que c’est amical, mais ça ne va pas. Tout ça mérite une grosse réflexion. Parce qu’ac­tuel­le­ment moi j’en­gage la respon­sa­bi­lité du tennis fran­çais pour les 30 prochaines années à cause de ce tournoi. C’est comme ça !

Mais au contraire c’est formidable !

Ah oui, je me régale, c’est extra­or­di­naire mais faut pas que je me trompe. (Rires) Donc voilà, on va faire comme à Wimbledon des grands écrans, quelque chose de bien mais pendant 15 jours. Maintenant la 2ème solu­tion, le point b), ce sont les 8 hectares de Bois de Boulogne en bordure de forêt, mais là personne n’y croit.

A cause de l’écologie ?
Non, non, c’est classé et là à mon avis on part pour 10 ans. Il faut une loi qui auto­rise à prendre un peu sur le Bois de Boulogne. Alors la c’est le bazooka avec tout le monde.

Dommage parce que là par contre il y a vrai­ment de l’espace.
C’est la meilleure solu­tion, c’est formi­dable ! Une passe­relle et c’est gagné… enfin bref
voilà les a) et b).

Et la troi­sième solution ?
On part. On part de Roland Garros. On part dans un endroit grand de 20 hectares.

On ne serait plus à Paris alors ?
A Wimbledon j’étais dans un hôtel au centre ville, il fallait 45 min pour aller au tournoi… Eh bien on y allait ! Alors aban­donner Roland Garros, j’es­père que non. J’avais mes amis, on allait au restau­rant, et 5 minutes après, on était au stade, c’était extra­or­di­naire. Mais si on doit s’éloi­gner, on s’or­ga­ni­sera, et les jeunes qui n’ont pas connu Roland Garros, ils iront là‐bas !

C’est moins coûteux et plus facile à faire ?
C’est moins coûteux. Avec des subven­tions avec tout ce qu’on va avoir, avec 500 millions on fait un Wimbledon bis. On recons­truit un stade, et on va avoir des accords avec le basket, même si on couvrait, même sur Hebert, avec le judo. On peut faire des mani­fes­ta­tions, et c’est vrai que j’ai reçu – je ne les aime pas trop parce qu’ils commencent à nous embêter, les asso­cia­tions des défen­seurs – je leur ai dit : « Ecoutez, vous êtes contre tout, c’est votre droit. Peut être que je serais avec vous si j’avais un appar­te­ment, si j’étais rive­rain ». Bon je les comprends. « Mais si vous dites qu’on vous embête, je promets qu’on va vous faire des spec­tacles ici, reggae tous les mois » (Rires) Parce que c’est beau ça ! « Et puis on va vous orga­niser quelques bagarres. Vous allez voir, vous ne serez pas tran­quilles ! ». J’exagère mais a certains moments il y en a marre.

Vous allez engager trente ans du tennis fran­çais, mais le grand dossier de votre premier mandat de cette prési­dence, c’est cette histoire de Roland Garros, non ?
C’est impor­tant, c’est vital pour le tennis. Des que j’étais président, j’ai dit qu’ici il fallait sauver le tournoi pendant 5 ans avec une couver­ture mobile. 


Est‐ce que c’est RG qui a pris du retard ou est‐ce que c’est les autres qui sont allés plus vite que nous ?

Ils sont allés plus vite que nous, ils ont moins de problèmes, ils sont chez eux. S’ils construisent, ils construisent. Le dôme qui a été étudié ici, il faut enlever cinq rangées parce qu’il ne faut pas dépasser les 17 mètres à Paris.

Mais les autres aussi ont sûre­ment des obligations ?
Wimbledon, par exemple c’est un club privé. Non, non, ils n’ont aucun problème. Regardez Flushing Meadows, ils ont décidé de couvrir, ils ne sont pas emmerdés. Si on était à 4 km, peut être qu’on n’aurait pas les rive­rains. Ca serait plus facile.

Finalement pendant 5 ans vous allez devoir faire du maquillage sur Roland ?
Tout à fait, je vais essayer d’ar­ranger. Regardez là par exemple je viens d’avoir le feu vert.

Qu’est‐ce que vous faites ?
Des bureaux. Pour redonner de la place aux joueurs et aux accom­pa­gnants, on va aménager tout cela pour qu’ils soient plus à l’aise. Parce qu’ac­tuel­le­ment, vous avez remarqué, ils arrivent à combien ? Sept ou huit. Avant, il y avait un joueur et c’est tout ! Maintenant il y a le papa, la tati, le tonton, il y a tout le monde ! (Rires.) Donc il faut aménager, récu­pérer de la place. On fait des bureaux, là et ça nous coûte les yeux de la tête. Parce qu’on va en souter­rain. On est obligé parce qu’on n’a pas d’espace. J’ai égale­ment dit prio­rité aux sani­taires. J’ai dit que l’année prochaine je voulais des sani­taires de partout. « Trouvez des solu­tions ». Mais pour faire des sani­taires sous les courts du CNE, inter­dic­tion. J’ai dit « C’est pas possible ! On ne peut pas construire dessous ». Voilà où on en est. On est limités.

Parlons compé­ti­tion. Première ques­tion, il n’y a toujours pas un Français qui a gagné Roland Garros depuis 1983.

On veut gagner Roland Garros, on ne s’est pas donné les moyens. 

C’est à dire ? Les moyens tech­niques ? Les moyens financiers ?

Regardez tous les centres de ligue où les gosses s’en­traînent à 5 ans. D’ailleurs où est‐ce que vous étiez, vous ?

Moi j’étais au Stade Français, donc je jouais sur des terres battues.

Sur 30 ligues fran­çaises, on en a 95% qui jouent sur dur. Donc quand on est petit, on commence à jouer sur dur ! Alors on va essayer de mettre 50% de terre dans chaque ligue. Voilà. Et les jeunes vont s’en­traîner sur des terres battues ! Et peut‐être que dans 10 ans ces gosses qui auront l’ha­bi­tude de jouer sur terre battue, ils pour­ront passer sur dur et ils seront prêts. On va se donner des moyens. Chaque fois qu’il y aura une réfec­tion, on donnera de l’argent et on mettra une terre battue. Pourquoi il y a du dur ? Parce que la terre battue ça coûte cher en entre­tien ! Alors on va donner les moyens aux ligues d’en­tre­tenir ces courts.

Et puis la terre battue permet de jouer sur gazon aujourd’hui. (rires)
Pardon mais il y a un truc, on veut aussi essayer de réflé­chir sur le tennis loisir. 60 à 65% des gens dans les clubs jouent au tennis loisir. Et ça moi j’y tiens. On est train de réflé­chir à la façon de fidé­liser ce tennis loisir. Comme je disais tout à l’heure, c’est un peu « Je veux jouer contre toi, je veux gagner ». Et bien on veut essayer de faire un clas­se­ment. « Tiens j’ai gagné en 3 heures, en 1 heure, en 5 jeux, en 3 jeux en 9 jeux. Je m’en fiche. On a joué. Et je rentre ma victoire sur Monsieur X. Terminé ». Il faut qu’il y ait un clas­se­ment pour donner envie aux gens de conti­nuer à faire du tennis. Et ils font de la compé­ti­tion comme ils veulent. Ils jouent, ils s’amusent, comme ils veulent. C’est eux qui décident. 

Mais qu’est‐ce que vous pensez vous de l’évo­lu­tion du clas­se­ment. Aujourd’hui il y a des 305. Moi quand j’etais jeune il y avait des 15–5 et basta.

Il faut s’ar­rêter à 40. S’il y a un clas­se­ment à 40, il y en a assez. (rires.) Mais c’est la carotte. C’est la carotte ! Moi je me souviens quand j’étais président à Bannières de Bigorre, les premiers clas­se­ments à 301, 302, c’était sur présen­ta­tion du président de club.

C’est une bonne poli­tique ça ou pas pour fidéliser ?
On a fidé­lisé les joueurs, ils ont un petit clas­se­ment, ils essaient de main­tenir leur petit clas­se­ment, c’est pas mal.

Et sur le club, aujourd’hui, toute la poli­tique a consisté à dire, un village, un club, deux courts, l’image de ces courts aban­donnés avec un petit chalet où il n’y a personne, l’image du club qui n’est pas un club. Il y a beau­coup de clubs qui ne sont pas des clubs ! 8500 clubs c’est bien mais.…
Je suis en train avec la ligue de Midi Pyrénées de lancer des regrou­pe­ments de clubs. Pas une fusion, je préfère parler de regrou­pe­ment parce que chacun a son truc dans son village. 

Donc une sorte de commu­nauté de communes de clubs ?
Voilà. Et je pense que ça c’est surtout pour profes­sio­na­liser davan­tage le tennis, et donner davan­tage de moyens aux Brevet d’éducateur.

Donc un BE bosse­rait dans plusieurs clubs. Avec un seul contrat.

Voilà. Il serait prof de tennis avec une asso­cia­tion spéci­fique avec les prési­dents des clubs concernés. Et ces personnes emploient ce Brevet d’Educateur. Moi j’ai un centre de forma­tion, j’ai 58 BE embauchés.


Est‐ce que les prési­dents sont formés pour tout ça ?

C’est nous. Moi dans les clubs, j’ai des gars qui vont vendre le projet, l’ex­pli­quer, commu­ni­quer à ces prési­dents qui ne savent rien.

Alors autre chose égale­ment, c’est les 16 ans‐18 ans
Je veux m’oc­cuper des 16 ans‐18 ans, leur donner les moyens, les accom­pa­gner dans les tour­nois parce que c’est là où ils éclatent, c’est là qu’ils ont besoin d’argent, c’est là qu’ils doivent partir à l’étranger pour faire des tour­nois, même en France pour aller faire des Challengers, des Futures. Ca coûte cher et moi je voudrais leur donner les moyens à ces jeunes, par le club, avec un programme bien sûr et des objec­tifs et tout ce qui s’en suit. Ca c’est pour les 16–18 ans. Et pour les tout jeunes, je veux qu’ils restent le maximum dans leurs clubs. Je ne veux pas qu’ils partent à 12 ans dans des pôles.

Qu’est ce que vous répondez a ceux qui disent que le budget de la DTN fran­çaise est équi­valent à tous les budgets des autres pays euro­péens prati­que­ment, et qu’elle ne sorte fina­le­ment que très peu de champions ?
Oui c’est vrai, c’est exact, et c’est peut‐être une réflexion qu’on doit avoir. C’est vrai, on a les moyens. Mais même moi j’avais dit : « Ecoutez on va pas s’embêter avec le budget de la DTN on va en acheter 3 ou 4, les meilleurs Ukrainiens… »

Ca veut dire que vous remettez en cause la poli­tique de la DTN ?
Non mais pour moi il y a un autre concept. Moi je veux que les Pôles France existent toujours mais egale­ment que ce soit un endroit ou il y ait beau­coup de jeunes de tous les coins qui viennent faire des stages de 8 jours, 10 jours, de la ligue des Pyrénées, de Provence, et qui puissent jouer entre eux. Et donner des moyens aux clubs, pour leur donner les moyens de suivre les enfants jusqu’à 13 ans‐14 ans. A 12 ans si vous n’êtes pas au Pôle France, qu’est‐ce qu’on fait de ces jeunes ? Ils sont largués et comme ils peuvent zapper faci­le­ment, ils vont faire du karaté, du golf, ils sont tristes.

Pour finir, on voudrait parler de Lagardere, de Mouratoglou. Qu’est‐ce que vous tirez de positif des initia­tives de ces gens là ?

Moi je suis content qu’ils s’in­té­ressent au tennis.

Vous allez faire quoi avec eux ?
Alors déjà, se piquer les joueurs, ça ne veut rien dire. Parce que si demain Gasquet, Monfils… (Il réflé­chit) un Français gagne, il sera passé par un club à l’âge de 8, 9 ans, 10 ans. Ensuite c’est un problème de finan­ce­ment. C’est un problème de forme qu’on va avoir. Je suis en train de réflé­chir mais je vais étudier à l’Assemblée juri­dique une idée qui m’est venue comme ça de profes­sion­na­liser le tennis. C’est important. 

C’est un scoop ça. C’est à dire ?
Je vais vous expli­quer. Ces jeunes ils vont chez Lagardere ou chez Mouratoglou qui s’est rendu compte du prin­cipe « Je viens avec vous parce que mon entraî­neur est chez vous ». Et apres qu’est ce qu’on fait ? et surtout qu’est‐ce qu’on fait de l’en­trai­neur s’il n’ac­croche plus ? Et c’est élémen­taire ! Ce sont les affi­nités entre joueurs et entraî­neurs ! Et ça ça exis­tera toujours. Nous ce qui nous inté­resse c’est la base. Mais à 16 ans qu’il aille chez Lagardère, c’est formi­dable ! Nous on n’aura pas cet argent à donner dans le club ou au joueur. C’est un tout. Celui chez qui il va on s’en fout, on s’en fout. Donc ce que je voudrais c’est qu’a 16–17 ans il y ait une struc­ture à part, on puisse dire au gars : « Voilà, tu veux être profes­sionnel ? Voilà ce qu’il te faut, on te met à ta dispo­si­tion un prépa­ra­teur physique, un entraî­neur ». C’est un coach qu’on va lui faire choisir parmi un panel d’en­traî­neurs. Et le gosse il va choisir.

C’est une sorte d’aca­démie au sein de la DTN ?

On va bien le payer, l’en­traî­neur, mais il n’a pas l’as­su­rance de l’emploi. Si demain le gosse ne veut plus de lui, dehors. Et on en prend un autre. Le gosse il est avec nous jusqu’à 20 ans‐25 ans.

C’est la dernière ques­tion et vous pouvez répondre ou ne pas répondre. Chaque fois qu’il y a un président qui vient, il met aussi ses hommes en place. Il y a des bruits qui courent, on va changer lui, lui et lui.
Pour l’ins­tant on va changer une personne, il y aura une autre personne qui va être changée, qui n’est pas à la DTN, qui est dans le business

A propos de l’auteur

Jérémy Alen

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.