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Pierre Cherret (2): « Contrairement à ce que dit Gilles, je pense que la connaissance de soi qui est un processus continu tout au long de la vie débute bien avant l’âge de la fin des juniors »

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On pour­suit notre débrie­fing concer­nant le livre de Gilles Simon. Hier, on vous a pro­po­sé la réac­tion du direc­teur tech­nique concer­nant la for­ma­tion qui serait orien­tée sur le jeu de Federer, aujourd’­hui place à l’i­dée com­mune qui consiste à dire et répé­ter que le ten­nis tri­co­lore est sur­tout doué pour for­mer des cham­pions du monde junior. Un point sur lequel Gilles a insis­té dans son livre expli­quant que le pas­sage entre juniors et cir­cuit n’é­tait pas effi­cace car mal orienté.

Les constats faits par Gilles sont en grande par­tie fon­dés, mais sa conclu­sion est datée. Heureusement, à la DTN, nous avons nous aus­si fait du che­min, nous n’en sommes plus là. Il débute en disant « junior, on est fort ». Même si nos résul­tats de ces trois der­nières sai­sons sont bons dans cette caté­go­rie, n’en fai­sons pas une règle constante, nous avons aus­si connu des années creuses en junior et d’autres vien­dront sûre­ment, le plus tard pos­sible je l’espère.

Il nous dit aus­si avoir vu des joueurs fran­çais en per­di­tion quand ils ont été confron­tés à la tran­si­tion du cir­cuit junior au cir­cuit senior. C’est éga­le­ment vrai, mais est‐on sûr des rai­sons pro­fondes qui ont conduit ces jeunes à se perdre ? 

La voie vers le haut niveau est très étroite, il n’y a pas assez de place dans le top 100 ATP, si l’on consi­dère ce cri­tère comme celui de la réus­site en ten­nis, pour accueillir tous les « bons juniors », qu’ils soient fran­çais ou pas. Gilles, qui y figure depuis bien­tôt 15 ans, ne don­ne­ra pas sa place à un jeune sans la défendre jusqu’au bout et c’est tout son mérite. 

Au rai­son­ne­ment par l’échec sur lequel se fonde Gilles, je pré­fère le rai­son­ne­ment par la réus­site qui iden­ti­fie les condi­tions qui ont per­mis à cer­tains bons juniors de deve­nir de bons seniors. Les bons seniors sont d’ailleurs dans leur grande majo­ri­té d’ex-bons juniors, 71% des membres du top 100 ATP ont eu un clas­se­ment dans le top 50 ITF Juniors auparavant.

Contrairement à ce que dit Gilles, je pense que la connais­sance de soi, qui est un pro­ces­sus conti­nu tout au long de la vie, débute bien avant l’âge de la fin des juniors. 

Je constate aus­si que s’il est pos­sible de gagner chez les juniors sans bien se connaître, ceux qui se connaissent bien dans la confron­ta­tion spor­tive et l’entraînement dès cet âge‐là ont davan­tage de chance de fran­chir le cap vers les seniors. 

Les enjeux se situent donc en amont sur les cir­cuits ITF juniors et même Tennis Europe 14 ans et moins. Vivre des réa­li­tés proches de celles du haut niveau, en pra­ti­quant les cir­cuits jeunes de manière indi­vi­dua­li­sée et en voya­geant dès l’adolescence per­met de mieux s’y préparer. 

Mais cela ne suf­fit pas. Les jeunes ont éga­le­ment besoin d’être accom­pa­gnés ou gui­dés pour com­prendre leurs res­sen­tis, leurs émo­tions ain­si que leurs angoisses et leurs peurs liés aux expé­riences qu’ils tra­versent. Cet accom­pa­gne­ment est éga­le­ment néces­saire pour faire évo­luer leurs repré­sen­ta­tions du haut niveau et de la per­for­mance ou encore leur ensei­gner des rou­tines ou des rituels qui les aide­ront sur le terrain.

C’est pour­quoi depuis le début de l’année 2020, nous avons recru­té Christophe Bernelle, sala­rié à plein temps à la DTN, psy­chiatre et ancien joueur de ten­nis pro­fes­sion­nel pour gui­der nos jeunes dans cette décou­verte d’eux-mêmes, car si les réponses sont en cha­cun d’eux, il peut les aider à se poser les bonnes ques­tions au bon moment au fil de leur matu­ra­tion. Christophe a éga­le­ment pour mis­sion d’accompagner leurs parents, dont le rôle n’est pas tou­jours intui­tif et pour­tant si impor­tant pour le jeune joueur, afin de créer autour de lui un envi­ron­ne­ment favo­rable. Enfin, le rôle de Christophe consiste éga­le­ment à accom­pa­gner les entraî­neurs pour que jus­te­ment ils dépassent le stade du « tu n’as pas assez faim » décrié par Gilles.

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