AccueilGilles Simon« Pas trop de sensa­tions en ce moment »

« Pas trop de sensations en ce moment »

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Gilles Simon qui a accordé un entre­tien à WLT pour le prochain numéro de Grand Chelem a eu chaud lors de son entrée en lice à l’Open 13…

Gilles, en rencon­trant le jeune Bulgare Grigor Dimitrov (17 ans, wilcard, 401e au clas­se­ment ATP, ndlr), t’attendais-tu à te faire « malmener » de la sorte ? (Simon se hisse au deuxième tour après avoir bataillé 2h15, 4–6 ; 6–3 ; 7–5) ?
Je l’avais vu jouer juste une fois, donc on ne peut peut‐être pas dire que ce soit signi­fi­catif. C’était à Rotterdam, et ça devait sûre­ment être l’un de ses meilleurs matches ! Donc pour le coup, je m’attendais vrai­ment à un match diffi­cile. Peut‐être pas aussi compliqué, mais bon… Voilà, j’ai un peu de mal avec mes sensa­tions en ce moment. Lui est en confiance, ne se pose pas trop de ques­tions. Il a la chance de jouer pour la première fois des tableaux finaux, comme ça. Et voilà, on sent qu’il est bien sur le terrain, se fait plaisir : forcé­ment, il est dangereux. 

Tu dis avoir « du mal avec [tes] sensa­tions »…
Je n’arrive à rien produire sur le terrain, donc j’essaye de me contenter d’être solide, de courir à droite, à gauche, de ne pas donner de point, de le faire jouer, de le fati­guer… Mais bon, au niveau du coup de raquette, c’est pas ça. Je joue encore loin de ma ligne, pour essayer de me donner un maximum de temps. Je fais le plus d’échanges possibles pour essayer de me régler. Et, forcé­ment, le temps que tout ça se mette en place, le match est déjà bien commencé !

On a vu que tu avais quelques soucis au service ? Etait‐ce dû à ton mal de dos ?

Je n’ai pas vrai­ment de problème de dos. J’ai une petite douleur, mais en même temps, des douleurs, on en a tout le temps ! Là, c’est pure­ment mon service qui ne va pas (sourire). Au premier set, c’était vrai­ment compliqué pour moi : j’avais envie d’essayer de bien jouer, mais je passais très, très peu de premières balles, et je n’ai pas du faire énor­mé­ment de points gagnants non plus… Donc ça partait tout droit vers un match un peu cauche­mar­desque. Finalement, j’ai eu un coup de mieux au second, j’ai été bien aussi dans le troi­sième. A ce moment‐là, à mon avis, je n’ai pas été très solide dans la tête sur les occa­sions que j’ai pu avoir. J’ai donné bête­ment deux balles de break et me suis mis en diffi­culté tout seul. C’est bien d’être revenu à la fin et de s’en sortir, malgré tout.

Les nerfs ont lâché à un certain moment, ta raquette a volé…
Gilles Simon : Là, c’est juste que je suis énervé (rires). Ça ne m’aide en rien. Enfin si : à un moment, il faut essayer de faire monter un peu le match, mais bon… Je n’avais pas l’impression de perdre parce que j’étais endormi, juste parce que je ne jouais pas super bien, et que lui, en face, était très solide. Dès que je retrou­vais un peu de vitesse de frappe, de longueur, je le gênais, et il faisait quelques fautes. Mais dès que je pous­sais tran­quille­ment la balle dans le terrain, il me faisait voyager à droite, à gauche, il ne ratait pas. Donc cette raquette jetée, c’était pure­ment de la frus­tra­tion par rapport à ce que j’étais en train de faire sur le court. Et, surtout, l’impression de passer quand même à côté de certaines occa­sions qui pour­raient me rendre le match plus facile. L’air de rien, je commence la rencontre en me faisant breaker, donc ce n’est pas agréable. Derrière… je suis toujours derrière. Même au second, je mets du temps avant de me déta­cher. Tout ça fait que je continue de jouer chaque jeu à fond, en essayant d’être solide… Sans jamais me libérer. Il suffit d’un break dans un sens ou dans l’autre pour que ça se débloque. Et aujourd’hui, ce n’était pas le cas : voilà pour­quoi j’étais un peu nerveux.


Cette « perte de sensa­tions » dure depuis un petit moment ? Penses‐tu être dans un « creux » ? Cela t’est déjà arrivé au cours de ta carrière ?


Non, ce n’est pas ça. Je pense que, déjà, le dur en salle est une surface très diffi­cile à jouer. Parce que c’est souvent accroché. Un break peut être fatal, donc si l’on ne se sent pas super bien en début de rencontre, c’est diffi­cile de laisser partir ses coups. C’est typi­que­ment le genre de surface sur laquelle où un break en début de set, ça peut être le set perdu. Donc voilà, ce qui m’a énor­mé­ment aidé aujourd’hui, c’est que j’arrivais à le retourner assez bien. Ça m’a permis de jouer un maximum d’échanges du fond du court, d’essayer de prendre mes marques. Je pense qu’au troi­sième set, on a fait tous les deux un très bon set, même s’il y avait encore des choses mieux à faire. Mais le niveau de jeu reve­nait vrai­ment. C’est une surface sur laquelle il est diffi­cile de se mettre en confiance, car ça se joue souvent à pas grand‐chose, à deux coups de raquette et, souvent, on n’a pas les rallyes avant qui permettent de se régler.


Justement, les rallyes… T’es-tu senti « dominé » à ce niveau‐là ?

Gilles Simon : C’est là où il m’a vrai­ment impres­sionné : sur sa capa­cité à tenir l’échange jusqu’au bout, même si je sentais que ça commen­çait à devenir diffi­cile pour lui. Malgré ça, sur le jeu où il me breake, on fait quelques échanges très long, où, volon­tai­re­ment, je l’envoie à droite, à gauche, à droite, à gauche, en me disant qu’il va finir par craquer. Et fina­le­ment, c’est lui qui faisait de super défenses, qui retour­nait long, près de la ligne, ou des chips très courts, rasants. Et fina­le­ment, c’est moi qui ai perdu ces points, alors que d’habitude, c’est ceux‐là que je gagne. Ça ne m’a pas aidé. Sur la fin de match, on a clai­re­ment vu qu’il était un peu touché. A partir du moment où j’ai débreaké, ça a été plus facile. Maintenant, je pense, bien évidem­ment, qu’il reste à surveiller… 

Est‐il impres­sion­nant ?
Il n’est pas impres­sion­nant dans le sens où, ok, il a un très beau jeu, est solide des deux côtés, peu servir fort en première, mais je n’ai rien trouvé d’incroyable. Je l’ai juste trouvé très fort, très solide. Même dans les moments impor­tants, ce qui n’est pas forcé­ment évident quand on arrive pour la première fois dans ces tournois‐là. Il ne se démonte pas, arrive, joue son jeu, ne rate pas, voilà, droite‐ gauche, il tient. Mine de rien il y avait une grosse inten­sité, et il a fallu attendre plus de deux heures de jeu pour qu’il commence un peu à « baisser ». Donc c’est juste qu’il est déjà très solide, et (c’est ça le plus impres­sion­nant) … Sans surjouer. On n’a pas l’impression qu’il tente n’importe quoi, qu’il s’agit d’un joueur mira­cu­leux. Ce n’est pas son jeu en lui‐même qui est impres­sion­nant. Pas un coup en parti­cu­lier ou quoi que ce soit. On a juste l’impression que c’est normal. J’ai l’impression qui est là, à le niveau, et… Tout va bien quoi ! (sourire). Des mecs qui mettent 4 et 1 à Berdych pour leur premier tournoi en salle, en tant que wild­card, ça ne doit pas arriver souvent… Voilà. Prendre un set à Nadal tout de suite ce n’est pas évident non plus… Donc… Je pense qu’il va être bien chiant ! (rires)


L’Open 13 est forcé­ment un tournoi parti­cu­lier pour toi, puisque tu y as soulevé ton premier trophée ATP il y a deux ans. En quoi as‐tu évolué depuis ?

Ce que j’ai le mieux réussi à faire, tout au long de la dernière saison, c’est gagner ces matches mal embar­qués. Réussir à « passer ». Après, on sait que tout peut arriver dans un tournoi : ce n’est pas parce que j’ai eu un match très compliqué au premier tour que je vais forcé­ment sortir au deuxième. Donc voilà : cette capa­cité à gagner un match quand ça ne vas pas, et la capa­cité à élever mon niveau de jeu contre les adver­saires très fort, quasi­ment sans limite. Cette année, j’ai eu très peu de matches où je me suis senti infé­rieur tennis­ti­que­ment. Souvent, quand j’ai perdu, c’était très accroché. Donc j’arrive vrai­ment à monter mon niveau de jeu. Je pense que ma progres­sion reste d’arriver à avoir un niveau de jeu élevé contre, fina­le­ment, des adver­saires moins forts. Pas, à chaque fois, gagner en 2h15 et me mettre juste au niveau de l’adversaire, et à la bagarre… Arriver à produire un tennis où, sur une certaine caté­gorie de joueurs, je dois pouvoir passer plus faci­le­ment. Ce qu’arrivent à faire les tout meilleurs en général.

Ne pas y arriver, cela t’atteint ?

Gilles Simon : Non, ça ne m’atteint pas, parce que je sais que c’est quelque chose que j’ai besoin de travailler. Aujourd’hui, je vois vrai­ment la diffé­rence avec les tout, tout meilleurs. Quand ils jouent des mecs entre la 30e et la 50e place, chaque fois, tu as l’impression que ça fait 6–3, 6–2. Chaque fois, c’est net et sans bavure. Moi, ce n’est pas le cas, à chaque fois, je reste 2 heures ! (rires) Voilà, elle est là ma marge de progres­sion. Quand je joue les tout meilleurs, j’arrive à hausser mon niveau de jeu. Donc ce n’est pas ça qui me manque aujourd’hui. Ce qui me manque, c’est d’arriver à passer plus serei­ne­ment, peut‐être en trou­vant des schémas de jeu plus simples. Parce qu’au final, plus j’ai du mal contre ces adversaires‐là, moins ils me craignent quand ils doivent m’affronter : c’est un peu un cercle vicieux. On sait que quand un joueur commence à gagner 3, 4 matches de suite, 4 et 3, 4 et 2, 3 et 2 etc : en face, ça devient déjà diffi­cile quand on rentre sur le court face à lui. Il faut que j’essaye de jouer mon meilleur tennis, d’avoir le même niveau de jeu que celui que je peux avoir contre un Federer ou un Nadal… Mais ça : contre tout le monde. Et pour le moment j’en suis loin ! (sourire)

As‐tu cogité quand le match était, juste­ment, très mal embarqué ?
Forcément, quand ça se passe mal sur le terrain, tu te poses des ques­tions… Tu te dis « J’aimerais que ça aille mieux que ça »… Maintenant, ce n’est ni la première ni la dernière fois que ça m’arrive (sourire). Et vrai­ment, je me raccroche au fait que ce n’est pas parce qu’un match est diffi­cile, ou que les sensa­tions ne sont pas là au premier tour, que ça va être comme ça tout le tournoi. A partir du moment où je sens que j’ai les armes pour essayer de gagner quand même, malgré les sensa­tions du jour, je fais tous les efforts pour passer. Jeudi sera un jour diffé­rent. Et si j’arrive à passer jeudi, vendredi ce sera encore diffé­rent… Combien de fois on voit un joueur gagner un tournoi après un premier tour mauvais, ou un deuxième match pas terrible, et fina­le­ment ça vient ?… On peut encore prendre l’exemple de Nadal la semaine dernière. Je l’avais rare­ment vu aussi mal jouer qu’au premier tour (contre Bolelli). Il faisait énor­mé­ment de fautes. Finalement, il gagne ce match, et le deuxième encore contre Dimitrov au troi­sième, et encore Jo 6–4 au troi­sième, et à l’arrivée, il est en finale ! (sourire)…

Tu décroches donc ton billet pour le deuxième tour, mais ça n’a pas été une partie de plaisir, et cela s’est joué à pas grand‐chose…
Gilles Simon : Ça a été un match diffi­cile, face à un adver­saire très solide, qui est vrai­ment fort du fond du court, et dans tous les compar­ti­ments du jeu. Il est à l’aise au filet, a une bonne première, une très bonne couver­ture de terrain. A partir de là, il fallait faire vrai­ment un gros match pour passer. Aujourd’hui, ce n’était pas forcé­ment incroyable au niveau des sensa­tions. Mais fina­le­ment, à la bagarre, au bout de 2h15, je finis par m’en sortir après être passé tout prêt de la défaite, donc ça restera une très bonne victoire.

Dimitrov : un futur grand ?
Gilles Simon : En tout cas, il montre qu’il a vrai­ment le niveau pour inquiéter les tout meilleurs, et ce dès main­te­nant. Je m’attendais à ce que l’on me demande « Est‐ce qu’il va être pénible dans l’avenir »… Moi, je le trouve pénible dès main­te­nant (rires). Je trouve qu’il joue très bien. Et surtout, il ne donne pas l’impression de surjouer. On n’a pas l’impression que c’est une période où il serait un peu « en chauffe ». Non. On a vrai­ment l’impression que c’est un tennis sûr, des frappes solides, et que c’est tout simple­ment son niveau. Il restera un joueur très diffi­cile à battre. Maintenant, le cham­pion, on ne sait jamais vrai­ment qui c’est… J’espère pour lui qu’il en sera un. En tout cas, aujourd’hui, il montre simple­ment qu’il est un très, très bon joueur. Il a montré vrai­ment de bonnes qualités. Parce qu’au troi­sième set, quand mon tennis commen­çait à revenir, après plus d’1h45 de jeu, quand il y avait de longs échanges, il répon­dait présent. Ces rallyes là, je les ai perdus. Alors que d’habitude, c’est le genre de point qui me redonne confiance. Cette fois, systé­ma­ti­que­ment, c’est lui qui les rempor­tait. Ça m’a fait très mal menta­le­ment. Et voilà, heureu­se­ment pour moi, je m’en sors sur la fin alors qu’il est à deux points du match sur son service. Donc ça passe encore pour cette fois, on va dire ! (sourire) Et bien sûr, j’espère que j’aurai le plaisir de l’affronter à nouveau, et que l’on se fera encore un très bon match.

Prochain adver­saire : l’Allemand Rainer Schuettler (31e mondial), qui a quasi­ment le double de l’âge de Dimitrov.
Oui… Pourtant il n’est pas moins bon (sourire). La dernière fois que je l’ai joué (à l’Australian Open l’an dernier), ça s’est très, très bien passé pour moi (victoire 6–2 ; 6–1 ; 6–1, en 1h28…). J’espère que je referai le même match, même si je doute d’arriver à gagner sur un tel score… Je vais essayer de retrouver des sensa­tions, de la frappe, et arriver jeudi dans de meilleures dispo­si­tions. Encore une fois, je vais tout donner pour essayer de passer.


Krystel Roche, au Palais des Sports de Marseille.

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