Interviews
Fazincani : "Le principal c'est qu'Alizé trouve le moyen d’aller mieux"



Coach d’Alizé Cornet depuis l’intersaison, Bastien Fazincani a fait le « buzz » malgré lui. Lors de son premier match à Indian Wells, la Niçoise avait demandé à ses entraîneurs de quitter le court. Son coach nous a accordé un entretien exclusif dans lequel il revient sur cet épisode avec la volonté que la Tricolore retrouve le calme et la sérénité.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu'il s'est vraiment passé ?
En fait, il faut savoir qu’Alizé se sentait très mal sur court depuis son arrivée à Indian Wells. Les entraînements des quatre jours précédents avaient été éprouvants nerveusement, elle avait de très mauvaises sensations, était extrêmement négative et tendue, honnêtement je ne l’avais jamais senti dans cet état-là auparavant. Juste avant son départ pour la tournée américaine, elle a appris que la commission de l’ITF concernant l’affaire des trois « no show » allait encore être repoussée au 1er mai. Elle a été un peu assommée, je pense qu’elle a atteint un point où, émotionnellement, elle arrive à bout, elle n’arrive plus à gérer l’attente et le stress. Devoir endurer cette situation pendant plusieurs mois s’ajoute encore au sentiment d’injustice qu’elle éprouve quotidiennement en raison du troisième « no show » qui n’a pas lieu d’être (ndlr : Alizé était chez elle au moment du troisième contrôle). Son état d’esprit actuel dans la vie de tous les jours est extrêmement contradictoire par rapport à d’habitude où elle très positive et dynamique, toujours partante pour tout. Peu de gens la connaissent en dehors du court, mais elle est vraiment agréable à vivre au quotidien. Alors oui, on sait qu’elle est déjà nerveuse sur un court en temps normal, mais là avec tout ça sur les épaules en plus, il lui arrive d’avoir des comportements inhabituels, parfois poussés à l’extrême, comme cela a été le cas sur ce match.

Est-ce que cela vous a surpris ?
Sur le fond, non, je l’avais annoncé à Michaël (son petit ami). Au vu des entraînements des jours précédents, comment pouvait-on assister à autre chose ? Il n’y a pas de secret, ce que tu répètes à l’entraînement, en bien comme en moins bien, se produit forcément en match. Maintenant, sur la forme, oui, je ne m’y attendais pas. Dès le début on l’a sentie vraiment dans le dur, elle s’est mise une pression énorme, en plus de celle que les événements lui inflige. Ce qu’il se passe chez Alizé dans ces moments-là, c’est que sa plus grande force se retourne contre elle et devient une faiblesse. Elle est perfectionniste à l’extrême, donc d’un côté c’est une bosseuse infatigable et c’est en partie grâce à cette qualité qu’elle a bâtie sa carrière, mais de l’autre côté, lorsqu’on court après la perfection, on augmente grandement les risques de frustration. La preuve en est lorsqu’elle gagne un point mais n’est pas satisfaite car elle aurait voulu mieux faire encore. Et au fur et à mesure que son insatisfaction grandit, elle se frustre, se crispe, et panique. Cela donne parfois lieu à des événements qui la dépassent. C’est un aspect sur lequel on essaie de travailler depuis quelques temps et qui devient une de nos priorités au fur et à mesure. Parfois on sent vraiment une évolution, et d’autres fois comme la semaine dernière, elle est rattrapée par un tas de choses. Sur ce match précisément, elle a failli m’appeler sur le court deux jeux plus tôt pour me demander qu’on la laisse car elle sentait qu’elle allait imploser, qu’elle avait honte, qu’elle ne voulait pas qu’on assiste à ça, qu’elle avait besoin d’être seule. Est-ce que dans ce cas-là ça aurait fait couler autant d’encre ?

Dans ce cas-là justement, vous seriez tout de même sorti du court alors, mais peut-être de façon moins choquante ?
Mais est-ce que cela aurait été mieux ? Je n’en sais rien. Dans tout les cas une telle requête aurait fait l’objet d’une mise au point après le match. Mais en plein match, elle sur le court et nous dans les tribunes, on n'a pas beaucoup d’option à part faire ce qu’elle nous demande finalement, de la même manière quand elle fait appel pour du « on court coaching », on ne discute pas, on y va. Ce qui a été dérangeant c’était la forme, c’était un peu violent. Après sans vouloir défendre son geste, ce qui désert souvent Alizé c’est qu’elle s’exprime fort, en nous regardant, bref elle ne prend pas de pincettes, ce n’est pas super discret. Mais s’en prendre à son clan ce n’est pas non plus du jamais vu, et c’est qu’un exemple de réaction un peu extrême d’un joueur en pleine tempête émotionnelle. Certains s’en prennent aux conditions de jeu, à l’arbitre, au public, ou à l’adversaire. Merci au passage à Fognini d’avoir illustré cela dès le lendemain face à Jérémy Chardy… Bizarrement ces images ont été perçues de façon beaucoup plus humoristique ou moqueuse. Est-ce que c’était moins choquant ? Pas sûr.

Donc vous acceptez son attitude, vous ne lui en voulez pas ? Que vous êtes vous dit exactement après le match ?
Ce n’est pas du tout ce que je dis. Je juge juste que mon rôle n’est peut-être pas de lui appuyer sur la tête alors qu’en ce moment elle peine à se battre contre le courant. Si vous me demandez si elle a conscience d’avoir dérapé, oui elle le sait, oui elle le regrette. On s’est expliqué après le match, je lui ai dit ce que je pensais. On a mis les points sur les i et on a dû prendre certaines décisions depuis. Les détails de la discussion, cela ne regarde que nous et personne d’autre. Maintenant peu importe les événements, soit on décide d’en rester là, soit on décide d’avancer. Donc le but finalement n’est pas de savoir si je l’excuse ou lui en veux, c’est de savoir de quelle façon on avance. Une fois les tensions apaisées, j’essaie de replacer la joueuse au centre des préoccupations. Je connais Alizé et la très bonne relation que nous avons en dehors et sur le court, donc j’ai plutôt à cœur de croire que cet événement révèle aussi l’ampleur de son mal-être, matérialisé par sa maladresse à gérer et exprimer ses émotions. Chacun sa vision, chacun ses solutions, certaines plus radicales ou réfléchies que d’autres. Encore une fois je ne cherche pas à lui trouver des excuses, mais il ne faut pas se tromper d’objectif.

La vidéo passe en boucle sur le net... Beaucoup de personnes s'indignent de son comportement envers son clan, est-ce que vous interprétez cela comme du soutien ?
Ça se comprend, déjà car la vidéo est montée dans le but de choquer, sans explication, dénaturée de tout contexte. Ensuite, lorsqu’on ne connaît pas sa situation en détails ni ce qu’elle vit au quotidien, c’est difficile de comprendre. Même nous qui traversons cela avec elle c’est parfois dur de comprendre ce qu’elle ressent. Ce qui est dur, c’est qu’on ne peut s’appuyer sur personne à qui s’est arrivé et qui pourrait l’aider, la rassurer, ou même juste en parler. D’abord parce que son cas est rarissime, presque unique, et que ce genre de sujet est assez tabou entre joueurs. Quoi qu’il en soit, soutenue ou pas, pour moi le principal c’est qu’Alizé trouve le moyen d’aller mieux, déjà en dehors du court. Au plus tôt elle arrivera dans des conditions décentes pour s’entraîner et jouer, au plus vite on peut reprendre le travail sereinement en ne se souciant que du tennis.

Tous les produits d'Alizé Cornet sont chez Tennis Warehouse, notre partenaire.
Lire et réagir

Pour ceux qui sont pressés, en cochant la case "I'd rather post as a guest", vous pouvez réagir sans avoir à vous enregistrer.

Pour changer votre pseudo (une fois inscrit), il faut se rendre sur la page de votre profil disqus et changer la case 'Name'.

Pour désactiver la notification par email rendez-vous sur la page Email Notifications.
En décochant "Receive emails from Disqus" vous ne recevrez plus aucun email de disqus.