Qualifié en double avec Richard Gasquet, Julien Benneteau va participer à ses premiers Jeux Olympiques, après avoir vécu une période assez épique au début de l’été. Incarnant à merveille l’esprit olympique, il nous a accordé un entretien pendant Roland Garros. A retrouver également dans GrandChelem 29.
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A Monte‐Carlo, au printemps, tu étais au sommet de ton niveau ?
C’était mon premier tournoi sur terre de l’année. Dans une telle situation, c’est sur que c’était un bon niveau, effectivement. J’étais très, très, très content de la manière dont je jouais. C’était un peu dans la lignée de ce que j’avais fait depuis le début de la saison.
Au final, cette blessure arrive au plus mauvais moment…
Ca n’arrive jamais au bon moment, de toute façon ! Elle m’a un peu stoppé dans mon élan, c’est vrai.
Revenir aussi vite, c’est dingue ! Tu as dû y laisser beaucoup d’énergie…
Ce qui est marrant, c’est que le lendemain où on a pris la décision de jouer Roland Garros avec les médecins, j’ai été vidé pendant deux jours. Je ne comprenais pas ce qui se passait, je ne mettais plus une balle dans le court. Je n’avais pas d’énergie. J’avais beaucoup travaillé pour revenir, mon esprit était accaparé par ça… On ne peut pas le quantifier, ce n’est pas palpable, on ne peut pas se rendre compte à quel point ça prend du jus ! Il faut finalement arriver à gérer cette situation plutôt spéciale pour éviter une forte décompression et le contrecoup qui va avec. Il faut être vigilant, ne pas faire n’importe quoi dans son programme, bien doser les journées d’entraînement.
On sent que ton jeu a évolué vers un style plus offensif…
C’est une chose sur laquelle on met vraiment l’accent avec Loïc Courteau. Il me pousse à le faire de plus en plus. Quand il y avait les semaines de Coupe Davis, Guy Forget reprenait vraiment ce message. Alors, il ne faut pas oublier la base de mon jeu, c’est‐à‐dire être solide, ne pas faire de fautes, repousser mon adversaire. Mais, aussi, dès qu’il y a une opportunité qui se présente, en profiter et rentrer dedans.
Lionel Roux nous répète souvent : « Julien, c’est un vrai joueur de Coupe Davis, il est très attaché à l’idée de défendre les couleurs de son pays. » Logiquement, ta sélection pour les Jeux de Londres doit te faire plaisir…
Plaisir, plus que ça… C’est exceptionnel ! C’est le summum du sport. Les Jeux Olympiques, c’est un truc de dingue. Avoir la chance de jouer pour son pays, d’aller chercher une médaille, de défiler… Ce sont des moments rares dans une carrière, surtout pour un joueur de tennis. Les Jeux, c’est la grande messe du sport, de toutes les disciplines, de toutes les émotions. Faire partie de cette aventure, c’est quelque chose de fabuleux. Un vrai privilège.
Même si tu ne joues que le double ?
Complètement ! Une médaille en double, ça a autant de valeur qu’une médaille en simple ! Ca se prend ! Ca fait le même nombre de médailles à la fin pour la France. Inutile de dire que je suis très motivé.
Arnaud Di Pasquale nous a expliqué votre mode de préparation. Comment allez‐vous vivre ça ? Comme la Coupe Davis ?
Non, je pense que chacun va avoir son mode de fonctionnement. Chacun, dans sa journée, va s’organiser en fonction de ses matches. Ce sera forcément différent de la Coupe Davis. Même si c’est vrai que l’on va vivre ensemble, qu’on sera dans les maisons.
Il y a des sports que tu vas aller voir ?
Je ne sais pas du tout ce qu’il est possible de faire et ce qui est impossible. Est‐ce qu’on sera loin des autres sites ? Est‐ce qu’on pourra y aller ? Je n’en sais rien du tout. Je ne veux pas y aller non plus en touriste pour voir un truc. Je veux me concentrer à fond sur le double, essayer de faire le mieux possible et ramener une médaille. C’est l’objectif. Après, s’il y a une possibilité, une occasion, une chance de voir une autre discipline, évidemment que j’irai avec le plus grand plaisir !
Loïc Courteau fait partie du cercle fermé des entraîneurs vainqueurs en Grand Chelem en tant que coaches. Il t’a apporté quelque chose de particulier depuis qu’il est à tes côtés ?
Il possède une très, très grande connaissance du jeu. Il a une manière de voir le jeu dans laquelle je me retrouve énormément. Ca aide. Il faut savoir qu’un couple joueur‐entraîneur passe énormément de temps ensemble. Le temps en‐dehors du terrain est très important. Et, en‐dehors du terrain, on s’entend très bien : on est capable de discuter sérieusement, de déconner énormément, de se chambrer, tout en se respectant l’un l’autre. Mieux, quand je vais à l’entraînement avec lui, je sais que je ne vais pas m’emmerder. Il a cette force et c’est lié à sa personnalité, à son tempérament.
Ce qui veut dire que tu t’es déjà emmerdé…
Avant, oui (rires) ! Quand on joue l’un avec l’autre pendant une séance d’entraînement, il trouve toujours de petits trucs pour valoriser ce temps. Même si c’est une journée où je suis fatigué et de mauvaise humeur, moins motivé, il y a un moment, dans la séance, où il arrive forcément à tirer quelque chose de positif de moi.
C’est essentiel ça, non ?
C’est surtout rare, je pense. Et, pour moi, c’est vraiment très appréciable.
Votre couple, il est né à Winston Salem, avec cette histoire de déluge…
Non, il n’est pas né là‐bas, mais c’est vrai que ce sont des aléas de la vie du circuit. (Rires)
Vous avez vraiment eu peur ce soir‐là ?
Peur, un peu. Mais le souci, c’est qu’on ne trouvait pas d’hôtel. Loïc est claustrophobe, il s’est vu dormir dans la voiture… et il a eu une crise ! (Rires) Il y avait 180km/h de vent dehors, il tombait des trombes d’eau… Une pluie d’ouragan, je vous laisse imaginer ce que c’est. Et, là, il est sorti de la voiture, parce qu’il avait besoin de respirer, il suffoquait, il s’imaginait enfermé dans le véhicule toute la nuit… J’avoue que j’ai vraiment éclaté de rire. Quand je l’ai vu sortir par ce déluge, je me suis dit : « On est bien barré ! » Finalement, on a eu de la chance, on a trouvé un hôtel un peu pourri, mais c’est une histoire qui restera et qu’on pourra raconter plus tard.
Aujourd’hui, où tu te situes dans ta carrière ? Quels sont tes objectifs ?
Il y a encore plein de choses à faire ! C’est pour ça que je ne me sens pas du tout en fin de carrière. Je me sens frais, j’ai envie de continuer sur le circuit, de jouer, de progresser avec Loïc, pour aller chercher un titre en simple, pour rester en équipe de France de Coupe Davis, pour qu’on arrive à tirer le maximum de cette équipe, tous ensemble, avec le nouveau capitaine, tous les joueurs, et qu’on aille chercher ce graal. Voilà. Prendre du plaisir. Et continuer à progresser au classement.
C’est presque une deuxième jeunesse ? Plus on est vieux, plus on joue bien, plus on est serein !
Oui, c’est vrai, c’est vrai.
Quand tu étais à Bourg‐en‐Bresse, est‐ce que tu pensais en arriver là ?
J’ai toujours voulu faire ça, depuis que je suis tout petit. En 1991, quand je suis dans les tribunes, à Lyon, pour la finale de la Coupe Davis, je rêve de participer à cette épreuve…
On essaie de résumer le personnage de Federer dans notre prochain livre, « Roger, mon amour ». Tout le monde nous dit que c’est quelqu’un de drôle, dans le vestiaire, à qui on peut parler…
J’ai des rapports normaux avec lui. Il peut effectivement avoir un mot sympa, on peut discuter d’un sujet sans problèmes. On peut déconner, rigoler, regarder un match, analyser le truc… Il est accessible, il est sympa.
- 3 heures de tennis coaché(e) par Lionel Roux, entraîneur de l’équipe de France de Coupe Davis, c’est possible avec la TennisBox !
Publié le jeudi 19 juillet 2012 à 13:40


