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Chardy : « En 2008, contre Nalbandian, je volai »

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Toujours placé et parti­cu­liè­re­ment à l’aise sur terre battue, Jérémy Chardy nous a ouvert la boîte à souve­nirs à l’oc­ca­sion de Roland Garros, un tournoi où il tentera, cette année, d’at­teindre la deuxième semaine. Il revient, notam­ment, sur sa victoire face à Nalbandian, en 2008, un match où, pendant trois sets, il a pratiqué l’un des plus beaux tennis de sa carrière. Jérémy Chardy est la Guest Star de notre maga­zine GrandChelem, n°46.

Te souviens‐tu de ton premier Roland Garros ?
« Oh que oui (sourire) ! Bien sûr… »

Tu as une image parti­cu­lière qui te revient en tête ?
« La première fois, c’était pour un rassem­ble­ment de jeunes. J’étais tout petit, je devais avoir 10 ou 11 ans. Tu arrives à Roland, tu découvres Paris, tu es môme… C’était la première fois que je prenais l’avion, que je visi­tais la capi­tale. J’étais surex­cité à l’idée de voir la Tour Eiffel, c’était LE truc à faire. Je devais avoir peur qu’elle dispa­raisse avant que je ne la voie ! Et puis, Roland Garros, un lieu magique… Quand, petit, tu joues au tennis, c’est un endroit qui te fait rêver. »

As‐tu un souvenir en tant que supporter du côté de la Porte d’Auteuil ?
« Oui ! Gamin, j’étais allé voir les finales avec mes parents. Chez les hommes, c’était Kuerten‐Norman et, chez les filles, Mary Pierce avait gagné. Ça remonte un peu… »

C’est là que tu t’es dit : « Un jour, je jouerai sur ce court » ?

« En fait, quand j’étais petit, je préfé­rais le foot au tennis. Et puis, ça s’est équi­libré. Alors, oui, je voulais jouer quelque part, à Roland Garros ou au Stade de France… Et, pour­quoi pas, faire les deux (rires) ! »

Ta première dans le grand tableau, je suppose qu’elle aussi, elle reste gravée dans ta mémoire…
« Oui, j’avais reçu une wild­card et affronté le Suédois Jonas Björkman au premier tour. Je l’avais battu en trois sets. C’était un grand moment pour moi : premier Roland, première victoire. Björkman devait être aux alen­tours de la 30ème place, à l’époque, c’était vrai­ment une belle perf’. »

Oui, mais ta vraie perf’, c’est en 2008, non ?
« C’est clair. J’avais eu mon invi­ta­tion pour le grand tableau, j’étais 180ème mondial. Je joue mon premier tour contre Frederico Gil, que je bats en trois sets. Derrière, j’af­fronte Nalbandian qui était dans le Top 10 (NDLR : il était septième mondial). Je suis programmé sur le court n°2, qui est plein à craquer. On commence, je perds les deux premiers sets, 6–4 6–3. C’est normal, la diffé­rence au clas­se­ment se fait sentir. Et puis, soudain, je ne sais pas ce qui se passe. J’ai une sensa­tion que je n’ai plus jamais ressentie par la suite : la sensa­tion de ne pas pouvoir rater un seul coup. C’est à partir du troi­sième set. Je me souviens être mené 1–0, 15–40 sur mon service. S’il gagne le point, le match est plié. Et, là, je fais une fin de jeu incroyable. Je me retrouve à 1–1. Et, fina­le­ment, je reste dans le match. Au jeu suivant, je fais le break en jouant, à nouveau, à un niveau énorme. C’est parti : je prends le troi­sième set, puis me retrouve devant au quatrième. Les gens affluent dans les tribunes, il y a des spec­ta­teurs de partout ! Au cinquième, c’est la folie. En coup droit, plus je frappe fort, plus ça rentre. Ce n’était plus une balle de tennis dans laquelle je tapais, mais un ballon de hand ! Elle était devenue énorme ; le court, lui aussi, me parais­sait beau­coup plus grand et tout restait dedans. C’était complè­te­ment dingue. Pour finir, dans les trois dernières manches, je lui mets 6–2 6–1 6–2, comme il faut (rires) ! »

Il a réagi comment, en face ?
« Il n’était pas bien, je peux te le dire… »

Comment as‐tu vécu le lende­main de cet exploit ? C’est souvent compliqué à gérer…
« Je me suis dit que je jouais bien et qu’il fallait que je continue, que je savou­re­rais après. Je suis resté vrai­ment concentré sur mon tournoi. D’ailleurs, dans la foulée, je sors Tursunov au troi­sième tour, en trois sets. Avant de perdre face à Almagro, sur le Lenglen, en trois manches serrées, 7–6 7–6 7–5, en ayant une balle de set dans les trois. Honnêtement, ça reste mon plus beau Roland. D’autant que cette perfor­mance m’a permis de faire mon entrée dans le Top 100 pour la première fois de ma carrière. Je suis passé de la 180ème à la 94ème place mondiale. Réussir ça sur un Grand Chelem, c’est génial. »

Cette année, on imagine que tu as encore de beaux objec­tifs, à Paris ?
« Que ce soit à Roland ou dans les autres Grands Chelems, mon objectif, c’est d’être en deuxième semaine. Parce que, quand tu te retrouves en deuxième semaine, tu as la confiance accu­mulée durant la première et tu te dis que tout est possible. En même temps, c’est ultra‐difficile de passer la première… »

On parle toujours de la pres­sion que ressentent les Français à Roland Garros…
« Franchement, moi, j’aime bien Roland sur ce plan‐là. La pres­sion qu’on y a, elle est bonne, c’est une bonne énergie. Tu as envie de bien jouer. C’est un privi­lège d’être en France, chez toi, de jouer un Grand Chelem devant ton public, tes amis, ta famille. Les gens ont envie que tu joues bien et ils te poussent. Cette pression‐là, elle ne peut qu’être posi­tive et, person­nel­le­ment, elle me donne envie de me surpasser. »

Mais, concrè­te­ment, dans le couloir qui mène au terrain, avant d’entrer sur le court pour jouer ton premier tour, tu es dans quel état d’esprit ?
« Tu as quand même la boule au ventre, c’est vrai (sourire). Tu es stressé, tu as les jambes qui tremblent un peu. Mais bon, cela arrive à Roland comme dans n’importe quel autre tournoi, quand tu as envie de bien jouer. C’est un peu comme lorsque tu passes un examen. Si tu as envie de bien faire ton boulot et de réussir, tu as toujours de la pres­sion. Mais, encore une fois, c’est aussi elle qui te permet de donner le meilleur de toi‐même. Quand tu n’as pas du tout de pres­sion et que tu t’en fous, en général, ce n’est pas bon signe. Donc, il faut trouver un juste milieu. Et, ce juste milieu, c’est quand tu ressens cette pres­sion, mais qu’elle ne te boule­verse pas, de telle manière que tu parviens à rester concentré et à bien jouer. »

Il y a un joueur que tu rêves d’affronter à Roland ?
« Non, pas parti­cu­liè­re­ment. L’an passé, j’avais dit que je voulais abso­lu­ment jouer contre Federer. Pas forcé­ment à Roland, d’ailleurs, car je n’avais jamais joué contre lui. Depuis, je l’ai affronté quatre fois, je crois que c’est bon (rires) ! Djokovic, je l’ai joué 10 fois, donc c’est bon aussi (rires) ! »

Un petit pronostic pour finir ? Qui va gagner, selon toi ?
« Djokovic. Chaque semaine, il est le grand favori du tournoi qu’il joue. Et ce sera pareil à Roland, même s’il s’agit peut‐être de sa moins bonne surface. Mais, au vu de sa forme actuelle, c’est le plus fort et de loin. »

Et pour toi ? Qu’est‐ce qu’on peut te souhaiter ?
« D’être en deuxième semaine ! Et après… de laisser opérer la magie de Roland ! »

=> Grand Chelem n°46 en télé­char­ge­ment gratuit
Retrouvez gratui­te­ment et en inté­gra­lité le numéro 46 « Spécial Roland Garros » de notre maga­zine GrandChelem.. Bonne lecture !