Accueil Interviews Chardy: "Roland Garros me motive à 110%"

Chardy : « Roland Garros me motive à 110 % »

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Pour notre numéro 13, Krystel Roche est allé à la rencontre de Jérémy Chardy, nous vous offrons donc l’interview intégrale de celui qui pourrait cette année encore réaliser quelques belles perfs.

Jérémy, dans quel état d’esprit abordes-tu Roland Garros cette année ? Au regard du parcours que tu as réalisé lors de la dernière édition, te sens-tu plus attendu au tournant, et penses-tu avoir franchi un cap ?
Déjà, je suis très content de revenir à Roland. C’est quand même à partir de là que ma carrière s’est lancée… Depuis que je joue au tennis, c’est mon plus beau souvenir. C’était énorme. Le public m’a chaque fois aidé, poussé. J’en garde vraiment un très bon souvenir. J’espère pouvoir retrouver ça cette année. Dans mon jeu, j’ai franchi un cap, c’est certain : je joue beaucoup mieux, et je suis monté au classement. Après, en Grand Chelem, c’est toujours difficile, car tant que tu n’es pas tête de série, tu peux rencontrer d’entrée un joueur fort. Tout dépend beaucoup du tirage. Mais quoi qu’il arrive, je ferai tout pour être prêt à 100 %. Tout Français veut très bien jouer à Roland. Tout le monde essayera d’être prêt au maximum.

Reparle-nous de ce Roland 2008. L’ambiance etc…

L’an dernier, j’ai joué sur le n°2, le n°1 et le Suzanne. C’était super. Le 2 est sympa. Le 1 c’est une petite arène, donc ça résonne bien. Et sur le Suzanne, il avait plu, on était revenu, il y avait eu une ola incroyable ! Sur les trois courts il y avait eu une bonne ambiance. J’y ai de bons souvenirs, et je verrai bien sur quel court je joue cette année !

Tu parlais d’évolution de ton jeu : dans quel(s) secteur as-tu le plus progressé ?

J’avais déjà beaucoup travaillé le chop sur dur. J’ai continué à travailler mes enchaînements, ma volée. J’ai un jeu d’attaque, par conséquent les premières phases sont importantes pour moi. Enchaîner au filet, c’est ce qui me fait bien jouer. Donc je dirai que c’est surtout dans ce domaine que j’ai progressé.

Mentalement, après avoir atteint les huitièmes de finale Porte d’Auteuil, aborde-t-on le tournoi différemment ?
Non, je ne suis pas sûr d’aborder l’événement différemment. Avant le tournoi, je trouve ça normal d’avoir la pression : cela montre que l’on a envie de bien jouer. A mon avis, tout le monde est stressé avant Roland ! Mais je ne penserai pas à ce que j’ai fait l’an dernier. L’an dernier, c’est fini. C’est un nouveau tournoi. Il faudra que je sois prêt, que je fasse un bon tournoi cette année encore et que j’essaye d’aller le plus loin possible.

L’an dernier, il y avait certainement eu un « effet surprise » lié à tes performances. Aujourd’hui, tu te sens plus attendu par tes adversaires ?

C’est sûr… Depuis l’année dernière, depuis que j’ai battu des joueurs qui jouent bien, ils me connaissent, savent que je peux bien jouer. Ils sont attentifs. A ce niveau-là, de toute façon, tous les matches sont durs. Il faut être prêt. Si je bats un joueur qui joue bien, ce sera un peu plus normal. Ce sera surtout ça la différence.

Tu as atteint ton meilleur classement : 42e mondial. L’an passé, à la même époque, tu étais 149e… Ton organisation au quotidien s’en est-elle trouvée modifiée ?

Non. Mon organisation n’a pas du tout changé. Je m’entraîne toujours à Pau avec mon équipe. C’est toujours la même personne qui s’occupe de moi (Frédéric Fontang, ndlr). On a fait la même préparation. J’étais content, car à la fin de cette préparation hivernale, j’avais l’impression d’avoir vraiment fait tout ce qu’il fallait pour être prêt, et cela s’est concrétisé dès le début d’année. Dans le domaine physique, dans mon jeu, mon mental, j’ai tout de suite été plus fort. C’est une récompense d’obtenir des résultats tout de suite. Ce n’est pas toujours le cas : parfois, tu travailles sur une longue période, et les résultats n’arrivent que plus tard. Il faut prendre quand ça arrive. En bref, je suis toujours à Pau, et repasse parfois sur Paris avant de repartir en compétition pour refaire des sets d’entraînement. Mais je fonctionne exactement comme avant.


Tout va toujours comme sur des roulettes avec Frédéric Fontang, ton coach de toujours ?

Maintenant, on se connaît bien (sourire). Cela fait longtemps qu’on travaille ensemble. C’est une belle aventure entre nous deux. J’ai réussi à former mon équipe, cela fonctionne bien, on travaille tous ensemble pour que je sois le meilleur joueur de tennis possible. Je pense que c’est important d’avoir une équipe. C’est une base solide. Cela apporte de la confiance.

Maintenant que tu as grimpé au classement, penses-tu avoir ta place en Coupe Davis ? Si oui, où te situerais-tu : 4e homme ? 5e homme ?…

Ma place en Coupe Davis ?… Déjà, c’est un de mes objectifs, un de mes rêves d’y jouer un jour… C’est sûr que si j’ai l’opportunité d’y jouer un jour… J’en ai déjà parlé avec Jo et Gilles, je m’entends bien avec les deux. J’espère avoir un jour la chance d’être sélectionné. Après, dire à quelle position je me place ? Difficile. C’est tout de même le capitaine qui décide. Tout dépend aussi de la surface. Et en Coupe Davis, il y a un double également. Il faut prendre le meilleur le jour du match. De toute façon, je m’entraîne pour être le plus fort possible et pouvoir un jour être sélectionné.

Quelle est la rencontre de Coupe Davis qui t’a le plus marqué ?

A chaque fois qu’ils ont joué à Pau, j’étais ramasseur de balles (sourire). J’ai un peu vécu la Coupe Davis à leur côté. C’est quand même formidable, quand tu joues pour ton pays, que tu as tout le public qui te supporte… Qui ne supporte pas que toi, qui supporte la France.

Tu avais été ramasseur de balles à l’occasion de quelle rencontre ?

Les trois dernières fois, j’étais ramasseur (République Tchèque, Brésil et Belgique). Et la dernière fois (vs Russie, 2006), j’étais spectateur. Lorsque j’étais ramasseur, j’étais content. Toute la journée, je regardais les entraînements. J’avais pris des photos avec chaque joueur, que j’ai gardées. C’est marrant, de me voir à côté, tout petit, en ramasseur de balles, et maintenant, je m’entraîne avec eux, peux jouer un match contre eux !… (sourire)

Y avait-il un joueur que tu admirais plus particulièrement ?

Non, pas spécialement. Mais cela me paraissait juste grandiose de jouer un match au milieu d’un stade avec autant de personnes. C’est ce que je trouve magique en Coupe Davis. Vraiment, tout le monde est pour toi. Ils t’encouragent, qu’ils t’aiment, ou pas ! C’est le pays qu’ils encouragent. L’ambiance est énorme. Et tout le monde a envie de pousser pour que tu gagnes. Dans le tennis, c’est chacun pour soi. On joue pour soi, pas pour les autres. Chacun se prépare avec son équipe, mais ce n’est pas un sport collectif. La Coupe Davis est le seul moment de l’année où tu joues pour une équipe, tout le monde est dans le même bateau. C’est particulier.

T’es-tu fixé des objectifs précis sur ce Roland Garros 2009 ? Accéder au moins aux huitièmes de finale afin de ne pas perdre de points ?

Cette année, contrairement aux autres années, en début de saison je m’étais fixé essentiellement des objectifs de travail, de progression. Je me disais que si j’arrivais à combler tous les points que j’avais notés, je m’améliorerais. Et normalement, mon classement devait augmenter aussi. Ça a bien marché pour l’instant. Après, on s’était fixé comme objectif général- pour tout de même avoir un objectif de classement- de rester dans le top 50. A Roland Garros, tu peux perdre beaucoup de points d’un coup, et tu te mets beaucoup de pression. Là, j’ai bien joué depuis le début de l’année, j’ai marqué pas mal de points, donc j’arriverai à Roland Garros comme sur un Grand Chelem, bien sûr. Motivé à 110 % pour bien jouer. Mais je ne me suis pas fixé d’objectif de résultat. Déjà, essayer de faire match par match. Et plus j’irai loin, plus je serai content !

Comment juges-tu ta saison sur terre battue ?

Quand je suis passé sur terre, j’ai eu un moment difficile, entre Houston et Monte-Carlo, car j’ai perdu mon grand-père… C’était un moment un peu difficile, et particulier. J’avais du mal sur les tournois. Je n’ai pas très bien joué, je ne me sentais pas bien, j’étais assez fatigué. Du coup, je suis tombé malade… C’était difficile. Après, je me suis retiré de Barcelone pour couper un peu. Je suis rentré chez moi, me suis bien entraîné. Je me sens mieux maintenant. Ici (à Rome), j’ai perdu contre Gonzalez, qui n’est pas le moins bon joueur sur terre battue… Mes schémas étaient tout de même bien en place. De toute façon, j’aime la terre battue ! C’est sûr, il y a une adaptation entre le dur et la terre. Il faut faire des matches pour prendre l’habitude. Mais dès que tu gagnes des rencontres, de la confiance, c’est plus simple. Là, je me sens à nouveau bien physiquement. Dans mon jeu également. Donc j’espère que la semaine prochaine, à Munich, je ferai un bon tournoi. Et ensuite il y a encore Madrid et la World Team Cup qui m’aideront à me préparer bien pour Roland. Sur terre, je me sens bien. Et surtout, je continue à m’entraîner dur, donc je sais que ça va payer. Si ce n’est pas la semaine prochaine, ce sera la suivante. Je suis prêt à gagner le premier match, et enchaîner derrière. On verra bien quand ça arrivera !

Physiquement, penses-tu avoir désormais la « caisse » pour tenir la distance sur deux semaines, avec des matches en cinq sets ?

Ça c’est quand même nouveau pour moi. De toute ma carrière, je n’ai joué qu’une fois en cinq sets, donc… C’est un peu l’inconnue. J’essaye de tout faire dans ma préparation pour me préparer au mieux aux cinq sets. Mais à l’entraînement ce n’est jamais pareil, car il n’y a pas la pression du match. C’est plus fatiguant quand tu es stressé. Après, c’est un peu l’inconnue, je n’ai pas de repères en 5 sets. Je ne sais pas du tout comment je vais gérer si je dois enchaîner plusieurs matches en 5 sets. En match, ce n’est pas pareil. Et il y a le facteur confiance : quand tu changes de surface, que tu n’as pas très bien joué, que tu n’as pas trop gagné de matches, tu manque de repères, tu penses trop à ce que tu dois faire. Une fois que tu as gagné quelques matches, tu prends confiance, tu es plus relâché et tous tes choix deviennent beaucoup plus faciles, ton jeu est différent. Il faut jouer, ne pas se prendre la tête et y aller.


Quel est ton avis sur l’état de forme des Bleus ? Il semblerait qu’il y ait une petite baisse de forme ces derniers temps…

Ça, c’est surtout les journalistes ! (rires)… A certains moments on joue mieux, à d’autres moins bien. C’est juste une analyse de chiffres. Après, quand on est sportif et que l’on connaît la vie au quotidien, on sait bien que l’on ne peut pas bien jouer toute une année : il y a des moments où tu ne seras pas bien, d’autres où tu seras très bien. Il faut arriver à gérer les moments qui ne vont pas bien, continuer à t’entraîner dur pour ne pas sortir de ton jeu, de ton entraîneur, de la rigueur qu’il faut pour bien jouer. Au début de l’année, on est beaucoup à avoir bien joué. Là, on joue un peu moins. Nous avons changé de surface, et nous avons tous des réglages à faire. Ce n’est pas facile. Tout le monde pense déjà à Roland Garros. Pour les médias, les supporters, Roland est le tournoi le plus important. Et surtout le tournoi que tout le monde regarde ! Si l’on joue bien à Roland, les gens penseront que l’on a fait une très bonne année. Alors que si l’on y joue moins bien à Roland, ils penseront que l’on a moins bien joué, même si l’on joue très bien dans un autre Grand Chelem. Ils vont penser plus à la demie de Roland Garros qu’au Masters, alors qu’être dans les huit meilleurs joueurs à la fin de l’année, c’est bien plus important. Même si tout le monde a envie de faire demie à Roland. C’est à la fin de l’année que l’on peut juger de la saison. Après, je ne pense pas que les joueurs soient inquiets. Ils vont retravailler. De toute façon il n’y a que les victoires qui donnent confiance et peuvent t’aider à régler ton jeu.

Quel classement peux-tu, objectivement, viser fin 2009 ?

Déjà, finir à nouveau dans le top 50. Au moins me maintenir. Un résultat que je pense pouvoir atteindre. Après, je n’ai pas envie de me donner de limites sur un classement précis. Je me dis que c’est ouvert, et que je ferai tout pour terminer l’année le mieux classé possible. Il faut être concentré sur ce que tu as à travailler. Sur les objectifs de tous les jours. Oublier un peu les objectifs de résultats, et se fixer davantage des objectifs de travail.

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