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Clément : « Le gazon, c’est tout sauf de l’exotisme ! »

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Dans le cadre du numéro 41 de notre maga­zine Grand Chelem, nous nous sommes inté­ressés de très près au gazon. Le Capitaine de l’équipe de France, Arnaud Clément, est notre consul­tant en herbe pour décrypter le gazon, cette surface ances­trale qu’a foulée une bonne partie de l’his­toire du tennis. Décryptage.

On dit que le jeu à Wimbledon a été trans­formé lorsque les orga­ni­sa­teurs, en 2002, ont décidé de changer la struc­ture du gazon. C’est vrai ?

Je ne serais pas aussi affir­matif que toi. J’ai joué pendant les deux périodes et je n’ai pas ressenti une telle diffé­rence. Même si je ne doute pas que le chan­ge­ment de gazon ait pu trans­former les choses, on peut aussi imaginer que d’autres critères ont été modi­fiés, je pense aux balles, notam­ment. Et puis, il serait aussi peut‐être utile de voir si cette période n’a pas coïn­cidé avec l’ar­rivée des cordages Luxilon, par exemple. Néanmoins, je dois recon­naître que je ne suis pas le meilleur client pour en parler, car, avec mon petit gabarit et mon jeu en contre, le chan­ge­ment de certaines condi­tions n’ont pas eu une véri­table influence sur mon rende­ment sur gazon (rires).

Que réponds‐tu à ceux qui pensent que le gazon, c’est avant tout de l’exotisme ?

Qu’ils se trompent (rires). Avec le temps, je dirais même que cette surface a pris encore plus de place dans mon esprit, surtout depuis qu’il existe une indé­niable unifor­mi­sa­tion des surfaces. Avant, il y avait de la moquette, du tara­flex, du bois… Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Or, cela crée, selon moi, des joueurs‐type, qui se ressemblent trop. Le gazon change la donne, car il faut savoir s’adapter, modi­fier son jeu, son approche, sa tactique. C’est pour cela que cette surface est essen­tielle et qu’elle fait partie de l’his­toire de ce sport. Il a été acté, derniè­re­ment, que la saison sur gazon allait durer une semaine de plus l’année prochaine ; c’est une très bonne nouvelle, j’ai­me­rais même qu’elle soit rallongée davantage. 

On dit aussi que la balle, la Slazenger de Wimbledon, est un peu spéciale, plus grosse que les autres. Tu en gardes un souvenir ?

Je sais que la balle de Roland Garros est tradi­tion­nel­le­ment un peu plus petite que les autres. Mais celle de Wim’, je ne sais pas trop, même si elle me semble, effec­ti­ve­ment, plus grosse. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que je l’ai toujours trouvée plus molle, avec moins de pres­sion. A un moment donné, j’ai même pensé que les orga­ni­sa­teurs ouvraient les tubes un peu trop long­temps avant les rencontres, mais je n’ai pas pu vérifier. 

On dit que Wimbledon est le temple du tennis. Tu partages cette idée ?

Mon parcours pour devenir un joueur de haut niveau n’est pas clas­sique, donc je ne rêvais pas, à propre­ment parler, de Wimbledon étant plus jeune. Puis, avec mes perfor­mances, je me suis mis à rêver, oui, mais de Roland Garros. Ce qui est drôle, c’est qu’au final, n’ayant jamais été blessé au moment de Wimbledon, c’est le tournoi du Grand Chelem que j’ai le plus joué. 10 fois, au total (sic, en fait 15, à égalité avec Roland Garros). Avec le temps, j’ai pris conscience du poids de l’Histoire et, surtout, de l’am­biance si spéciale de ce stade. 

Si on regarde les statis­tiques et les perfor­mances de nos joueurs, c’est le meilleur tournoi pour les Français, non ?

Je ne serais pas aussi caté­go­rique. Mais c’est vrai qu’on n’est tradi­tion­nel­le­ment pas très forts à l’US Open. Si Wimbledon est notre jardin, cela ne doit pas se jouer à grand chose. Cependant, selon moi, si on y réalise des exploits, c’est aussi parce que nos joueurs ont toujours eu une tech­nique de base supé­rieure à la moyenne. C’est lié à la qualité de notre formation. 

Wimbledon étant placé juste après Roland Garros, cela peut favo­riser une forme de décom­pres­sion pour les Tricolores, qui engen­dre­rait un relâ­che­ment positif ?

Je ne crois pas, il n’y a pas de cause à effet. En revanche, enchaîner un bon Wimbledon après une belle perfor­mance à Roland Garros, c’est très diffi­cile, presque impos­sible. Rafael Nadal et Björn Borg y sont parvenus, c’est pour cela que ce sont des monstres…

Toi qui es le sélec­tion­neur de l’équipe de France, est‐ce que, lors de vos choix de surface, le gazon est évoqué ?

Pas vrai­ment (rires), mais ce n’est pas une si mauvaise idée. Le souci, c’est qu’on n’a pas de courts en gazon dans un vrai stade, pour le moment, en France. Et créer un court de toutes pièces, ce n’est pas simple. J’ai le souvenir de la finale en Australie, en 2001, où le court était un petit désastre. Le gazon exige un savoir‐faire de très haut niveau, c’est peut‐être pour cela que ce n’est pas une surface plus utilisée en France. 

Puisqu’on parle de la Coupe Davis, on est encore loin de la demi‐finale face à la République Tchèque mais je suppose que tu y penses déjà..

Oui et non, je ne veux pas me mettre la pres­sion plus qu’il ne faut. J’entends dire que c’est l’année ou jamais, mais je ne partage pas cette idée. C’est sûr qu’on avait été plus que déçus la saison dernière, c’était une vraie désillu­sion. Cette année, on a la chance de rece­voir, c’est un point très positif. 

Il n’y a pas un risque à jouer à Roland Garros ?

Pourquoi ?

Pour la météo !

Non, on a déjà joué à Roland Garros en septembre, c’était en 2002, face aux Etats‐Unis. J’y étais. Toutes les statis­tiques sont favo­rables au niveau de la météo. On n’a quand même pas fait ce choix comme ça, au hasard. Mais, pour ne pas inquiéter vos lecteurs (rires), je vais les rassurer en expli­quant qu’on peut finir la rencontre le lundi, ce qui nous laisse une marge de manœuvre s’il y a des intempéries.

Jouer une Coupe Davis sur le Philippe Chatrier, c’est plutôt logique au final, puisque le stade a été crée pour cette épreuve…

Exactement, c’est le rêve de tous les joueurs fran­çais, c’est notre jardin à nous. Avec ses 15 000 places, on sait qu’on peut compter sur un public très présent. En Coupe Davis, ça peut faire la différence.

Certains spécia­listes te trouvent plutôt zen dans ton rôle de Capitaine, par rapport à Guy Forget, par exemple..

Je n’aime pas cette idée de comparer, cela n’a pas de sens. Guy a un palmarès dans cette fonc­tion qui force le respect. Moi, j’es­saie juste d’être le plus naturel possible. Si les joueurs m’ont désigné, ce n’est pas pour que je devienne un autre une fois que je suis sur le banc. Ils me connaissent depuis long­temps. Pour le reste, je dois savoir m’adapter à toutes les situa­tions nouvelles. Aujourd’hui, je privi­légie le dialogue, la commu­ni­ca­tion, car cela me paraît essen­tiel. C’est aussi pour cela que je suis très présent sur le circuit, qu’on s’at­tache à regarder beau­coup de matches avec Lionel Roux (NDLR : l’en­traî­neur de l’équipe de France). Il faut que l’en­semble des joueurs fran­çais sentent que l’on est proches d’eux, à l’écoute.

La victoire d’Edouard Roger‐Vasselin et de Julien Benneteau à Roland Garros les mettent en posi­tion hyper‐favorable en vue de la sélection…

Edouard et Julien ont démontré qu’ils savaient supporter une certaine pres­sion en jouant à leur meilleur niveau. C’est une bonne nouvelle pour le sélec­tion­neur. Néanmoins, la rencontre est encore loin et je sais que tous les préten­dants vont avoir à cœur de montrer qu’ils méritent une place en équipe de France. Cette concur­rence est saine, elle tire tout le monde vers le haut. 

A propos de l’auteur

Clement Gielly

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.