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Coupe Davis 2010 – Forget : « Ne pas mettre la charrue avant les boeuf »

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Guy Forget, capi­taine de l’équipe de France jusqu’à fin 2009, a réagi au tirage au sort de l’édi­tion 2010 de la Coupe Davis. Pour le premier tour, Les Bleus rece­vront l’Allemagne du 5 au 7 mars prochains.

Guy, que vous inspire ce tirage face à l’Allemagne ?
C’est une rencontre à prendre au sérieux dans une partie haute du tableau qui me semble plus relevée que la partie basse. N’étant pas tête de série, l’équipe de France aurait pu se retrouver face à un adver­saire encore plus fort, mais l’Allemagne est déjà une très bonne forma­tion. De toute façon, il n’y a plus d’équipes vrai­ment faibles en Coupe Davis. Le fait de jouer à la maison est quand même un avan­tage. On verra pour quelle surface optent les joueurs, le choix devrait se faire avant la fin de l’année.


Qu’a appris l’équipe de France en 2009 qui la renfor­cera pour la prochaine saison ?

Qu’en Coupe Davis, tout est possible. Qu’il ne faut négliger aucun adver­saire. Les Tchèques nous ont battus à l’arrachée, ils sont en finale aujourd’hui. Le match de barrage qu’on vient de disputer contre les Pays‐Bas devait soi‐disant être une forma­lité. Heureusement, il a été pris avec sérieux mais on a vu sur le terrain qu’une rencontre n’est jamais gagnée d’avance. Il suffit d’y croire, d’un petit peu de réus­site, d’un coup de pouce du destin et ça passe même contre plus fort que soi. On peut donc battre toutes les équipes mais, sur un manque de réus­site ou de vigi­lance, on peut perdre contre tout le monde aussi. La saison écoulée nous a égale­ment poussés à comprendre que la Coupe Davis réclame une vision à long terme notam­ment par rapport aux équipes de double ou aux programmes des uns et des autres.


Et indi­vi­duel­le­ment ? Qu’ont appris les joueurs selon vous

?

Ce n’est pas parce qu’on est dixième mondial et qu’on affronte un joueur moins bien classé qu’on va gagner. Le facteur Coupe Davis n’a stric­te­ment rien à voir avec les autres tour­nois. On ne joue pas un match de barrage de Coupe Davis comme on joue un premier tour d’un tournoi ATP ou même d’un Grand Chelem. En Coupe Davis, la pres­sion, la tension sont beau­coup plus impor­tantes parce qu’on ne joue pas pour soi mais pour ses copains, son pays. Dans le stade, les gens ont tous soit envie de vous voir gagner, soit envie de vous voir perdre. Ce phéno­mène n’existe dans aucun autre tournoi au monde.

La dernière fois que l’équipe de France a affronté l’Allemagne, c’était en 2006, elle avait gagné 3–2. Quels souve­nirs gardez‐vous de cette rencontre ?

Nous n’étions pas forcé­ment favoris et tout s’était bien goupillé. Les gars avaient tous très bien joué en étant tous proches de leur meilleur niveau alors qu’en face, c’était l’inverse, on sentait des tensions internes, de la frus­tra­tion à se faire agresser de la sorte par notre équipe. 3–0 le samedi, ça avait été le scénario idéal. Les Allemands seront certai­ne­ment beau­coup plus vigi­lants lors du prochain match.

Leurs deux meilleurs joueurs actuels sont Tommy Haas (20e) et Philipp Kohlschreiber (23e), que pouvez‐vous nous en dire ?

Haas a été numéro 2 mondial. Cette année, à Roland‐Garros, il est à deux doigts de battre Federer en huitièmes. Il fait demi‐finale à Wimbledon, toujours contre Federer. Il s’exprime donc sur toutes les surfaces, il est fort physi­que­ment, extrê­me­ment complet, bon en attaque comme en défense. Il est un peu méconnu ou sous‐exposé mais, pour le battre, il faut vrai­ment être au‐dessus. Kohlschreiber n’est pas un joueur très spec­ta­cu­laire mais en progrès constants. Il a été capable, ces dernières années, de battre les meilleurs joueurs du monde. Comme joker, ils ont Nicolas Kiefer, qui est toujours dange­reux. L’équipe de France est donc prévenue, leur niveau moyen est très élevé.


Quels sont les objec­tifs de l’équipe de France de Coupe Davis pour 2010 ?

Mon contrat qui se termine à la fin de cette année n’a pas encore été renou­velé, le dernier match vient tout juste d’avoir lieu, donc il est encore un peu tôt pour savoir si je serai encore capi­taine de l’équipe de France de Coupe Davis en 2010. Mais, selon moi, il ne faut pas fixer d’objectifs. En le faisant, on mettrait la charrue avant les bœufs. Le seul objectif pour le moment est de battre cette équipe d’Allemagne et ce sera dur parce qu’elle sera autre­ment plus forte que celle de Hollande. Par consé­quent, il faudra être bien plus forts tous ensemble. « Jo » (Tsonga) a fait un super week‐end contre les Pays‐Bas, il faudra qu’il joue aussi bien voire mieux et tout le reste de l’équipe devra se mobi­liser derrière lui. Il ne faudra surtout pas s’appuyer sur d’éventuels bons résul­tats obtenus dans les semaines qui précè­de­ront la rencontre pour arriver en confiance. Non, ce match sera un vrai combat, un combat de rue j’ai envie de dire, face à des gars qui feront tout, du premier au dernier point, pour faire chuter nos joueurs. Dans ce contexte, le soutien du public sera un plus.