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Cyril Cornu : « Si tu prends le très haut niveau, combien y a‑t‐il de coachs français ? »

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Voila un nouveau témoi­gnage lié à notre dossier du Grand Chelem 68. Cet entre­tien est d’ailleurs exclusif car manquant de place, il n’a pas pu être publié dans le maga­zine. Cyril Cornu a été pour Grand Chelem, notre consul­tant pour la Suisse en 2018. Son avis est toujours inté­res­sant et il ne manie pas la langue de bois.

Pourquoi avoir décidé de traverser la frontière ?
Dans les années 2000, fort de mes diplômes et de mon expé­rience de vie en club, j’ai eu envie d’aller sur le circuit, de connaître le haut niveau. À cette période, beau­coup de joueurs trico­lores s’entraînaient à Genève (Escudé, Di Pasquale, Llodra, Bastl, Rosset), j’ai pu les côtoyer, car j’entraînais un jeune joueur qui se situait autour de la 500e place. Par la suite, j’ai pu colla­borer avec Marc Rosset, George Bastl, Stéphane Bohli, Michael Lammer, Yves Allegro.

Quelles sont les diffé­rences en termes de méthode de coaching entre la Suisse et la France ?
La première diffé­rence c’est qu’en Suisse, il y a pas mal d’étrangers. Du coup, chacun arrive avec sa philo­so­phie et cela dope le système, car on est confronté à des visions diffé­rentes. Ensuite, le « système » est plus ouvert. Tu peux faire des choses avec Swiss Tennis, que tu sois Français, Allemand, Croate, etc. Ce qui va compter, c’est ce que tu peux apporter au tennis, pas que tu fasses partie du sérail. En termes de métho­do­logie, notam­ment au niveau de la prépa­ra­tion physique, le savoir‐faire de Pierre Paganini a permis d’établir des processus très effi­caces. C’est vrai­ment inté­res­sant de les mettre en place au niveau des espoirs. Enfin, le tennis en Suisse est beau­coup guidé par les leçons indi­vi­duelles qui fonc­tionnent très bien. De ce fait, la tech­nique chez les jeunes est vrai­ment propre.


Quelle est la noto­riété des coachs trico­lores en Suisse ?

Je ferais la diffé­rence entre les profes­seurs de clubs et les coachs. Chez les profs de clubs, durant de nombreuses années, les Français étaient la réfé­rence, de par la forma­tion qui exis­tait, le mini‐tennis, son kit péda­go­gique, et je crois que cela a inspiré les Suisses. Mais depuis dix ans, cela a évolué et à mon avis pas toujours dans le bon sens. Le niveau des profs fran­çais qui arrivent est moins bon, les gars sont super exigeants. En ce qui concerne les coachs, la situa­tion est diffé­rente et le passage de Georges Deniau a bien sûr marqué les esprits, d’autant que d’autres trico­lores arrivés après lui ont été aussi efficaces.

Penses‐tu que notre forma­tion soit encore aussi effi­cace que par le passé ?
Concernant notre forma­tion, je dirais qu’elle n’est plus ce qu’elle était. J’étais par exemple contre l’idée de baisser le clas­se­ment pour accéder au diplôme d’État. J’aurais privi­légié le terrain plutôt que des forma­tions admi­nis­tra­tives. Je reste persuadé que ce métier est une voca­tion liée à une passion, que l’on ne doit pas compter ses heures, mais on va dire aussi que je raisonne comme un vieux con (rires). Il reste qu’à chaque fois qu’un club fonc­tionne à merveille, il y a souvent un corps ensei­gnant constitué de passionnés, comme par hasard.

Est‐ce que la France est trop recro­que­villée sur elle‐même ?
Si tu prends le très haut niveau, combien y a‑t‐il de coachs fran­çais ? Combien d’entre eux ont joué à haut niveau ? Ce sont de premiers éléments de réponse. Ensuite sur les présen­ta­tions de l’ITF, je vois pas mal de choses de coachs étran­gers (suisses, alle­mands), mais plus rare­ment de coachs fran­çais. Je ne fais pas du french bashing, mais c’est ce que je constate. 

Après la Suisse, où aimerais‐tu poser tes valises ?
En Australie, le pays du soleil, du sport, de l’état d’esprit, des joueurs de légende et de l’Open d’Australie que j’adore.