Accueil Interviews Daniel Costantini : « Je trouve que le ten­nis a per­du sa dimen­sion technique »

Daniel Costantini : « Je trouve que le tennis a perdu sa dimension technique »

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Avant d’être sélec­tion­neur de l’é­quipe de france de hand­ball, double cham­pion du monde en 1995 et 2001, Daniel Costantini a été pré­pa­ra­teur phy­sique de l’é­lite du ten­nis fran­çais à la fin des années 70. GrandChelem est allé deman­der à ce consul­tant de luxe quel était son regard sur les évo­lu­tions du jeu.

Tu es un véritable passionné de tennis. Comment s’est construite cette histoire d’amour ?

J’aime tout ce qui tourne autour d’une balle ou d’un bal­lon. Mais c’est vrai que le ten­nis a une place par­ti­cu­lière. Dans mon enfance, mes parents tenaient un maga­sin de sport. Je suis donc venu natu­rel­le­ment au ten­nis. D’abord j’ai tes­té les raquettes, puis je me suis ini­tié au cor­dage. Et un jour j’ai fran­chi le pas. Je me suis mis à jouer régu­liè­re­ment, au moins quatre tour­nois par an. J’étais un modeste milieu de 3ème série, un petit 154. Sans vou­loir me trou­ver d’ex­cuses, j’ai débu­té le ten­nis tard, après ma car­rière de hand­bal­leur, aux alen­tours de 30 ans. 

Durant une période, tu as même été un entraîneur de tennis de haut‐niveau…

Oui, j’ai goû­té aux joies du coa­ching entre 1978 et 1981. C’était assez par­ti­cu­lier. J’ai entraî­né Jean‐François Caujolle, l’ac­tuel direc­teur de l’Open13, Régis Brunet ou encore Bernard Fritz (pre­mier entraî­neur de Grosjean). Ils titillaient le Top 50 mondial.

Coach, est‐ce un métier difficile ?

Au quo­ti­dien les joueurs de ten­nis ont besoin d’un accom­pa­gne­ment. Mais ce n’est pas évident car ils sont sou­vent instables. Peu de joueurs ont les capa­ci­tés sur toute une sai­son de prendre du recul sur eux‐mêmes, de ne pas se dis­per­ser, de res­ter concen­trés. En revanche, en ce moment, ce que je n’ap­pré­cie pas trop, ce sont les réac­tions de cer­tains jeunes joueurs fran­çais qui changent d’en­traî­neurs comme de chemises.

Qu’est‐ce qui te plait dans le tennis d’aujourd’hui ?

Je trouve que le ten­nis a per­du sa dimen­sion tech­nique, sur­tout au niveau du tou­cher de balle. Avant les joueurs étaient inven­tifs, à l’i­mage de Nastase par exemple. Désormais ce sont avant tout des ath­lètes. Ils frappent comme des mules, si pos­sible dans le court, et en plus ils béné­fi­cient de nou­veaux maté­riels tou­jours plus per­for­mants. Federer se situe entre ces deux époques. Il peut frap­per fort, se ser­vir de la puis­sance de son adver­saire, mais il a éga­le­ment le sens tac­tique, les chan­ge­ments de rythme à l’an­cienne. Il est entre ces deux générations.

Le plaisir est‐il toujours présent chez les joueurs de tennis ? 

Le plai­sir doit être rare. On le retrouve ponc­tuel­le­ment dans les perfs des joueurs, mais sinon le rythme des sol­li­ci­ta­tions est tel qu’on a l’im­pres­sion que le plai­sir dis­pa­raît petit à petit. Une chose est frap­pante. Plus il y a d’argent, plus ils sont obsé­dés par l’argent. Avant il y avait moins d’argent donc plus de plai­sir. On se rend compte que les joueurs sont deve­nus des machines à par­cou­rir le monde, à cal­cu­ler les tour­nois qu’ils vont faire. Heureusement il y a un micro­cli­mat qui per­siste lors de la Coupe Davis. A chaque fois ce sont des moments mémorables.

T’es plutôt Nadal « le Barjot » ou Federer « le Costaud » ?

(Rires) Sans hési­ta­tion, Roger Federer. Même si Nadal est très fort. Le Majorquin met son corps au ser­vice du ten­nis. C’est un véri­table rou­leau com­pres­seur. Il a l’en­vie, la grin­ta espa­gnole. Au hand­ball, on connais­sait bien ça. Federer, je l’ai décou­vert aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000. Quand il a per­du face à Arnaud Di Pasquale (7–6, 6–7, 6–3) lors de la petite finale, on sen­tait qu’il avait un poten­tiel énorme. Il était déjà à la recherche de la per­fec­tion tech­nique. Pour y par­ve­nir, il a du être très exi­geant avec lui‐même. Ses efforts ont été payants puisque désor­mais c’est le numé­ro 1 et le joueur qui pra­tique le plus beau tennis.

Quel est ton meilleur souvenir tennistique ?

Très égoïs­te­ment, lorsque j’en­traî­nais Jean‐François Caujolle et qu’il a bat­tu Jimmy Connors en quart de finale de Monte‐Carlo 1981 (7–6, 6–2). Pour moi, c’é­tait une forme d’a­bou­tis­se­ment de notre rela­tion. Pour l’a­nec­dote, ils se sont retrou­vés quelques semaines plus tard à Roland‐ Garros. Jean‐François menait 2 sets à 0, 5 jeux à 2, ser­vice à suivre, le public s’est sou­dain mit à sou­te­nir Jimbo. Jean‐François Caujolle n’a pas conver­ti une balle de match et s’est écrou­lé pour fina­le­ment perdre en 5 sets (3–6, 2–6, 7–5, 6–1, 6–1). Comme quoi, en quelques mois, il a connu le pire et le meilleur.

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