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Davydenko : « Jouer en 5 manches, cela reste très compliqué »

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Pour notre numéro 13, nous avions ouvert le débat du tennis en trois sets contre le tennis en cinq manches, Davydenko nous avait alors donné une petite inter­view dont la chute reste graver dans nos mémoires. Juste avant Wimbledon, le rappel des notions du « vrai » tennis, celui en 5 sets n’est pas inutile

Nikolay, est‐ce que c’est le même jeu de tennis en trois sets et en cinq sets ?
Non, tu ne peux pas avoir la même approche. Ce sont deux efforts diffé­rents. Jouer en cinq sets est compliqué parce que tu dois être toujours concentré à chacun des sets, avec la même intensité. 


Mais autant concentré qu’un premier set sur un match en deux sets ?

Mais même sur un match en deux sets, chaque set est impor­tant, pas unique­ment le premier. Il faut être à fond tout de suite. Le truc dans les matches en cinq sets, c’est que si tu perds un set, ça ne te fait jamais plaisir d’avoir à gagner le match en quatre ou en cinq. Tu sais que tu as encore tout à refaire. Psychologiquement c’est dur. 


Y a‑t‐il des matches en cinq sets que tu as gagné et qui t’ont rendu très heureux ?

Il y a des gros matches que j’ai faits à Roland Garros. Il y a celui contre Gaston Gaudio en 2006 et celui contre David Nalbandian en 2007 (en fait 4 sets) qui ont été des moments très agréables. J’ai vrai­ment bien joué sur ces matches‐là.


Ne penses‐tu pas que les femmes devraient jouer les finales de Grand Chelem en 5 sets. Ca lais­se­rait du suspense même quand elles ont perdu deux sets.

Oui, mais c’est quand même très dur physi­que­ment. Je ne suis pas sûr que les filles soient prépa­rées pour des matches aussi longs. 


Difficile de parler de 5 sets sans parler de Nadal, quelles sont les nouvelles clefs dont tu disposes pour battre Nadal ?

Tout le monde parle toujours de nouvelles clefs mais il n’y a pas de nouvelles clefs. Il y a des clefs que tu trouves unique­ment pendant le match selon ce qu’il s’y passe, selon le score, l’avancée du match. La situa­tion change toujours en tennis. Ce qui t’a permis de battre Nadal une fois sur un certain match ne te permettra pas de le battre au match suivant. 

Mais est‐ce que tu as déjà senti en plein match que tu étais en train de le battre ?

Oui, mais plus souvent sur surfaces rapides qu’ailleurs. Il y a un moment où je sens que je suis en train de trouver la clef et que je lui pose des problèmes. C’est pour ça que je reste toujours positif, même face à Rafael. Je sais que je peux toujours le battre. 

On a croisé Marco Baghdatis qui nous a dit que depuis deux ans, Nadal avait obligé tout le monde à augmenter consi­dé­ra­ble­ment la prépa­ra­tion physique.

C’est vrai, le jeu est devenu beau­coup plus physique. Moi avant j’étais parmi ceux qui étaient capables d’imposer une cadence très impor­tante pendant les matches. Aujourd’hui Rafael a obligé tout le monde à être prêt. Le niveau de prépa­ra­tion a changé. 

Mais tu trouves qu’il a encore progressé physi­que­ment ?

Oui, je l’ai joué en exhi­bi­tion à Abu Dhabi (victoire de Nadal 6–2 6–3). Je trou­vais qu’il était encore plus impres­sion­nant. Il court encore plus vite et encore plus long­temps qu’avant, il met beau­coup de puis­sance dans la balle. Maintenant est‐ce que ça va durer 10 ans, je ne sais pas. 


Mais est‐ce que ça veut dire que des joueurs avec ton physique peuvent encore lutter ?

C’est de plus en plus dur. Je ne sais pas ce qu’il faut que je mange mais sur l’île de Majorque, ils doivent avoir une nour­ri­ture spéciale.… (Nikolay claque cette vanne avec une petite pointe d’irritation).

A propos de l’auteur

Laurent Trupiano

Laurent Trupiano est jour­na­liste depuis plus de 25 ans, il a travaillé pour divers médias (Le Parisien, Le Point, Radio France), il a été le co‐fondateur de Sport24.com. En 2007, il a créé le maga­zine We Love Tennis et lancé le site Welovetennis.fr en 2013. Aujourd’hui, il est le direc­teur de la rédac­tion des deux supports.