Alors que nous officialisons la publication, en novembre prochain, du livre « Rafa, mon amour », après le succès de « Roger, mon amour » et ses 5000 exemplaires vendus, nous vous proposons une petite série d’entretiens pour mieux comprendre Nadal, le joueur, et Nadal, l’homme, dans les prochains numéros de GrandChelem et sur Welovetennis.fr. Premier témoin : Nicolas Devilder. En 2008, le Français s’est incliné face à Rafael Nadal au deuxième tour de Roland Garros, sur le Suzanne Lenglen, 6–4 6–0 6–1. Un temps fort vécu de l’intérieur.
Quel est la première image qui te revient en tête, lorsqu’on évoque ce match face à Nadal, en 2008, à Roland ?
Ce n’est pas une image, mais un sentiment… Je m’étais qualifié pour le grand tableau et j’avais passé le premier tour en battant Chris Guccione. Là, je joue Nadal. Affronter Rafa à Roland Garros, c’est assez incroyable, c’est un peu faire partie de l’histoire du tennis.
Quelle a été ton impression en entrant sur le court ?
J’ai surtout vu un adversaire hyper concentré, qui ne me prenait pas de haut. Ensuite, ce qui m’a frappé, c’est qu’il ne lâche pas un seul point. Il te montre, d’emblée, que, face à lui, rien ne sera gratuit. Contre Djokovic, que j’ai affronté l’an dernier, ce n’était pas du tout le cas. Je savais que, par moments, l’intensité allait baisser d’un cran. Avec Nadal, c’est impossible : chaque point est une lutte, un combat.
La débauche d’énergie doit être énorme…
C’est le cas de le dire ! Notre match n’a duré qu’une heure et quarante cinq minutes ; pourtant, j’ai eu l’impression d’avoir joué cinq sets. J’imagine à peine l’énergie qu’il faut déployer pour parvenir à le déstabiliser, voire à le battre…
Mais si on regarde le début de la rencontre, on peut dire que tu l’as fait trembler…
On peut le dire, en effet (rires)… J’ai senti qu’il était tendu. Comme d’habitude, il jouait son deuxième match sur le Lenglen. Il avait dominé Bellucci au tour précédent. Moi, j’avais décidé de m’accrocher. Tout démarre bien, j’ai même une balle de break à 4–4 dans le premier set…
Et ?
Et, sur un point que je dirige, je me retrouve au filet. Je n’ai plus qu’à pousser ma volée, tandis que Nadal est dans les bâches… Je me loupe, la balle ne passe pas. Et, là, c’est le début du cauchemar.
C’est‐à‐dire ?
Rafa est incroyablement dangereux et efficace quand il mène. Une fois le premier set en poche, il a commencé à prendre plus de risques, en augmentant la cadence, avec beaucoup de confiance. C’est devenu très dur tant physiquement que mentalement. J’ai encaissé 11 jeux d’affilée… J’étais totalement impuissant, je n’avais aucune solution. C’est terrible. J’ai rarement eu cette impression sur un court. Il m’a littéralement piétiné. J’avais envie de lui crier : « Rafa, laisse‐moi jouer ! »
Sans vouloir tourner le couteau dans la plaie, cette volée, dans le premier set, semble avoir effectivement couté très cher…
On ne peut pas refaire l’histoire, d’autant que Rafa, dans son mode de fonctionnement, ne raisonne pas comme cela. A mon avis, si j’avais gagné le premier, il n’aurait pas gambergé. Il aurait continué son travail de destruction massive avec seulement un set de retard. Je ne suis pas certain que sa stratégie implique des points de passage : Nadal joue chaque point avec la même intensité, quel que soit le score. Et puis, lors des points importants, il est capable de monter d’un cran, sachant que son niveau moyen est déjà très élevé…
Dans le vestiaire, avant ou après le match, vous avez échangé quelques mots ?
Rafa n’est pas de ma génération, donc on a juste échangé des regards. De toute façon, un joueur de ce niveau est entouré par son staff. Même si je l’avais voulu, cela aurait été impossible.
Dans ton clan, c’était l’effervescence ?
Pas vraiment ! D’ailleurs, cela m’a un peu étonné. En fait, mes proches voulaient surtout savoir ce dont j’étais capable. Ils n’ont pas été déçus (rires).
Malgré tout, on a l’impression que cette défaite t’a boosté. Par la suite, tu as enchaîné les performances et tu as même atteint le meilleur classement de ta carrière (60ème)…
Exactement ! Ce match m’a fait prendre conscience des efforts que je devais fournir. Derrière, j’ai remporté trois tournois Challengers, puis j’ai atteint les quarts de finale de Kitzbühel. J’ai vécu la plus belle période de ma carrière ! 60ème, ce n’est pas rien, d’autant que je suis arrivé tard sur le grand circuit.
Tu avais effectivement une étiquette de joueur du circuit Challenger…
Tout à fait. Aujourd’hui, je suis fier de ce que j’ai accompli, même si j’y suis parvenu par la petite porte.
Et, maintenant, c’est quoi l’avenir ?
Finir ma carrière en douceur, avec quelques tournois français du CNGT (Circuit National des Grands Tournois), puis raccrocher ma raquette définitivement. Je suis las de tous ces voyages… J’ai vraiment besoin de me poser, de faire un point. Je pourrais encore jouer en Future et en Challenger, mais, sincèrement, je n’en ai plus la force.
Tu sais déjà quelle va être ta reconversion ?
Non, je ne sais même pas si elle se fera dans le tennis. C’est vraiment trop frais. En tout cas, quoi qu’il arrive, je n’ai pas de regrets. Je suis allé au bout de mes convictions. Et, pour revenir à ce match contre Nadal, sans être la rencontre de ma vie, ce duel restera à tout jamais gravé dans ma mémoire. Comme les encouragements assez exceptionnels que j’ai reçus ce jour‐là du public parisien (sourire) !
« Rafa, mon amour », la référence sur Rafael Nadal
« Rafa, mon amour » est le troisième livre de la collection We Love Tennis. Après « Grand Chelem, mon amour », qui dessine le panorama d’une décennie à travers 40 matches de légende ; après « Roger, mon amour », qui explore, en profondeur, la nature du mystère Federer ; voici venir un nouvel ouvrage de référence sur Rafael Nadal. Comment le Majorquin s’est-il construit, au fil des ans, l’image qu’on lui connaît ? D’où lui viennent cette gémellité, ces deux visages si différents sur et en‐dehors du court ? Pourquoi son personnage public est parfois si délicat à comprendre ? « Rafa, mon amour » tente de répondre à ces questions.
« Rafa, mon amour », un livre de Simon Alves, Rémi Capber, Pauline Dahlem et Laurent Trupiano
Editions Flora Consulting
Sortie : novembre 2013 – déjà disponible en pré‐réservation sur www.kdotennis.com
Prix : 29€
Publié le samedi 25 mai 2013 à 20:30



