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Fazincani : « Mes entraî­neurs m’ont toujours fasciné »

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Pour conclure notre dossier consacré à la réforme du DE, Bastien Fazincani, ensei­gnant au sein de la Mouratoglou Academy se livre. Avant d’être un coach de l’aca­démie, Bastien est passé par la case DE de club. Il nous explique le comment et le pour­quoi de sa réorien­ta­tion vers la forma­tion de joueurs de haut niveau mais prend égale­ment la parole sur le débat du prére­quis baissé à 152.

Je crois savoir que tu as ton DE depuis un petit bout de temps… Tu te rappelles de la façon dont tu l’as passé, ton clas­se­ment de l’époque, comment tu te sentais ?

« Bien sûr ! Je suis titu­laire d’un BE1 (NDLR : Brevet d’État d’Éducateur Sportif 1er degré, soit l’an­cien DE), que j’ai obtenu en 2005. Cette année‐là, j’étais classé 26 et je faisais ma meilleure saison en gagnant jusqu’à ‑15. Voilà pour les meilleurs souve­nirs (rire) ! Je me rappelle que les temps de forma­tion étaient plutôt complets et inté­res­sants, même si cela parlait, bien entendu, de l’en­sei­gne­ment en club, alors que, moi, j’as­pi­rais déjà à des projets me rappro­chant un peu plus du haut‐niveau. Néanmoins, j’ai toujours pensé que tout était bon à prendre, car les étapes n’al­laient pas se gravir en quelques mois, ni même quelques années. J’étais déjà prêt à être patient, je savais que je devrais faire mes armes dans un club, peut‐être même en devenir le direc­teur sportif pour aborder le mana­ge­ment, me créer de l’ex­pé­rience, avoir des résul­tats. Dans ce boulot, on ne te donne rien par hasard. »

Toi qui voyages beau­coup, estimes‐tu qu’il existe un label de la forma­tion à la Française, une qualité d’en­sei­gne­ment qui sort du lot ?

« Je suis partagé. D’un côté, je remarque qu’à l’étranger le coach fran­çais béné­ficie plutôt d’une bonne image, gage de qualité, de tech­ni­cité et d’ap­proche mentale réflé­chie. Mais je parle de coaching. Pour l’ac­ti­vité d’en­sei­gne­ment propre­ment dite, c’est une autre histoire. Est‐ce qu’on peut vrai­ment parler de label ? Cela mérite réflexion. »

Aujourd’hui, tu es au sein de l’Académie Mouratoglou. Tu penses qu’il y aura, un jour, un 152 diplômé qui ensei­gnera à tes côtés ?

« Mais qui vous dit que ce n’est pas déjà le cas ? Dans notre académie, on travaille avec nos coachs de la même façon que l’on travaille avec nos joueurs. On essaie de tirer profit de leurs meilleures qualités, de leurs atouts en les mettant à une place où ils vont apporter ce qu’un autre ne pour­rait pas, ou moins bien. L’académie, c’est beau­coup de très haut niveau, mais pas seule­ment. Du coup, la ques­tion se pose : est‐ce qu’un ancien très bon joueur sera forcé­ment la meilleure personne pour entraîner de jeunes enfants ou des adultes, par exemple ? »

Certains ensei­gnants se plaignent de cette réforme, car elle ne valo­ri­se­rait pas ceux qui sont dans la pers­pec­tive du haut‐niveau. Selon toi, il faudrait créer des spécialisations ?

« Moi, la spécia­li­sa­tion, je pense que c’est à chacun de se l’ap­pro­prier. Quand j’ai commencé en club, j’étais au mini‐tennis à 8h tous les mercredis, je finis­sais mes soirées avec les cours adultes jusqu’à 22h30 et, le week‐end, je réglais les problèmes d’adhé­rents mécon­tents… Bref, la vie asso­cia­tive. C’est ta moti­va­tion, tes objec­tifs et les moyens que tu vas décider de te donner qui te feront devenir un « spécia­liste » ici ou là. Passer un diplôme, ce n’est pas le plus dur. Emmagasiner de l’ex­pé­rience pour obtenir des résul­tats qui prou­ve­ront tes qualités et tes compé­tences dans le domaine que tu choi­siras, ça, c’est un travail de longue haleine. Est‐ce que le système de forma­tion actuel donne leur chance à ceux qui aspirent au haut‐niveau autant qu’elle la donne aux futurs ensei­gnants de clubs asso­cia­tifs ? Ça, c’est une bonne ques­tion. Et, peut‐être, le fond du débat. »

Ce que tu as appris en club te sert encore au quoti­dien ? On imagine que le cadre d’une académie modifie quelques curseurs…

« Euh… Est‐ce que mes anciens forma­teurs du Brevet d’Etat lisent ton maga­zine ? Je dirais oui et non. Indirectement, tout ce que je pense aujourd’hui est lié à tout ce que j’ai pu vivre en club ou ailleurs. Mais, il y a 10 ans, je n’étais pas un coach, j’étais un ensei­gnant débu­tant, donc je faisais énor­mé­ment d’er­reurs, même si je ne m’en rendais pas compte. Aujourd’hui, dans une struc­ture comme celle de Patrick Mouratoglou, je ne dis pas qu’on ne fait plus d’er­reurs, mais on sait très vite les rattraper pour que cela n’ait aucun impact sur la progres­sion du joueur. Encore une fois, c’est l’expérience. »

Qu’est‐ce qui t’a poussé à devenir enseignant ?

« Ce sont des événe­ments person­nels qui m’ont natu­rel­le­ment amené à prendre cette direc­tion, plutôt vécue, très tôt, comme une voca­tion. Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais éprouvé ce désir de devenir profes­sionnel, comme la plupart des enfants. Même en rêve, jamais je ne me suis vrai­ment vu « joueur ». Par contre, mes entraî­neurs m’ont toujours fasciné. La manière dont ils parlaient, se compor­taient, s’ha­billaient ! Je voulais être comme eux. Gamin, je voulais déjà jouer leur rôle, pas le mien. »

Si tu avais un conseil, un seul, à donner à un ensei­gnant qui veut devenir coach chez vous…

« D’abord, qu’il s’en croit capable ! Si ce n’est pas le cas, nous n’y croi­rons pas non plus. Ensuite, qu’il soit ouvert d’es­prit et prêt à travailler dur, très dur. On bosse énor­mé­ment. Si tu n’es pas passionné et dédié à ton boulot de coach, tu perds vite tes objec­tifs de vue et, donc, l’envie d’avancer. Mais, honnê­te­ment, le jeu en vaut la chandelle ! »

Vous pouvez retrouver nos précé­dentes inter­views consa­crées au dossier sur la réforme du DE :

Bernard Pestre : « On ne monte pas 152 en deux ans »

Yannick Ferret : « On va être plus sélec­tifs, c’est une évidence »

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A propos de l’auteur

Loïc Revol

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.