Pour conclure notre dossier consacré à la réforme du DE, Bastien Fazincani, enseignant au sein de la Mouratoglou Academy se livre. Avant d’être un coach de l’académie, Bastien est passé par la case DE de club. Il nous explique le comment et le pourquoi de sa réorientation vers la formation de joueurs de haut niveau mais prend également la parole sur le débat du prérequis baissé à 15⁄2.
Je crois savoir que tu as ton DE depuis un petit bout de temps… Tu te rappelles de la façon dont tu l’as passé, ton classement de l’époque, comment tu te sentais ?
« Bien sûr ! Je suis titulaire d’un BE1 (NDLR : Brevet d’État d’Éducateur Sportif 1er degré, soit l’ancien DE), que j’ai obtenu en 2005. Cette année‐là, j’étais classé 2⁄6 et je faisais ma meilleure saison en gagnant jusqu’à ‑15. Voilà pour les meilleurs souvenirs (rire) ! Je me rappelle que les temps de formation étaient plutôt complets et intéressants, même si cela parlait, bien entendu, de l’enseignement en club, alors que, moi, j’aspirais déjà à des projets me rapprochant un peu plus du haut‐niveau. Néanmoins, j’ai toujours pensé que tout était bon à prendre, car les étapes n’allaient pas se gravir en quelques mois, ni même quelques années. J’étais déjà prêt à être patient, je savais que je devrais faire mes armes dans un club, peut‐être même en devenir le directeur sportif pour aborder le management, me créer de l’expérience, avoir des résultats. Dans ce boulot, on ne te donne rien par hasard. »
Toi qui voyages beaucoup, estimes‐tu qu’il existe un label de la formation à la Française, une qualité d’enseignement qui sort du lot ?
« Je suis partagé. D’un côté, je remarque qu’à l’étranger le coach français bénéficie plutôt d’une bonne image, gage de qualité, de technicité et d’approche mentale réfléchie. Mais je parle de coaching. Pour l’activité d’enseignement proprement dite, c’est une autre histoire. Est‐ce qu’on peut vraiment parler de label ? Cela mérite réflexion. »
Aujourd’hui, tu es au sein de l’Académie Mouratoglou. Tu penses qu’il y aura, un jour, un 15⁄2 diplômé qui enseignera à tes côtés ?
« Mais qui vous dit que ce n’est pas déjà le cas ? Dans notre académie, on travaille avec nos coachs de la même façon que l’on travaille avec nos joueurs. On essaie de tirer profit de leurs meilleures qualités, de leurs atouts en les mettant à une place où ils vont apporter ce qu’un autre ne pourrait pas, ou moins bien. L’académie, c’est beaucoup de très haut niveau, mais pas seulement. Du coup, la question se pose : est‐ce qu’un ancien très bon joueur sera forcément la meilleure personne pour entraîner de jeunes enfants ou des adultes, par exemple ? »
- « Si tu n’es pas passionné et dédié à ton boulot de coach, tu perds vite tes objectifs de vue »
Certains enseignants se plaignent de cette réforme, car elle ne valoriserait pas ceux qui sont dans la perspective du haut‐niveau. Selon toi, il faudrait créer des spécialisations ?
« Moi, la spécialisation, je pense que c’est à chacun de se l’approprier. Quand j’ai commencé en club, j’étais au mini‐tennis à 8h tous les mercredis, je finissais mes soirées avec les cours adultes jusqu’à 22h30 et, le week‐end, je réglais les problèmes d’adhérents mécontents… Bref, la vie associative. C’est ta motivation, tes objectifs et les moyens que tu vas décider de te donner qui te feront devenir un « spécialiste » ici ou là. Passer un diplôme, ce n’est pas le plus dur. Emmagasiner de l’expérience pour obtenir des résultats qui prouveront tes qualités et tes compétences dans le domaine que tu choisiras, ça, c’est un travail de longue haleine. Est‐ce que le système de formation actuel donne leur chance à ceux qui aspirent au haut‐niveau autant qu’elle la donne aux futurs enseignants de clubs associatifs ? Ça, c’est une bonne question. Et, peut‐être, le fond du débat. »
Ce que tu as appris en club te sert encore au quotidien ? On imagine que le cadre d’une académie modifie quelques curseurs…
« Euh… Est‐ce que mes anciens formateurs du Brevet d’Etat lisent ton magazine ? Je dirais oui et non. Indirectement, tout ce que je pense aujourd’hui est lié à tout ce que j’ai pu vivre en club ou ailleurs. Mais, il y a 10 ans, je n’étais pas un coach, j’étais un enseignant débutant, donc je faisais énormément d’erreurs, même si je ne m’en rendais pas compte. Aujourd’hui, dans une structure comme celle de Patrick Mouratoglou, je ne dis pas qu’on ne fait plus d’erreurs, mais on sait très vite les rattraper pour que cela n’ait aucun impact sur la progression du joueur. Encore une fois, c’est l’expérience. »
Qu’est‐ce qui t’a poussé à devenir enseignant ?
« Ce sont des événements personnels qui m’ont naturellement amené à prendre cette direction, plutôt vécue, très tôt, comme une vocation. Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais éprouvé ce désir de devenir professionnel, comme la plupart des enfants. Même en rêve, jamais je ne me suis vraiment vu « joueur ». Par contre, mes entraîneurs m’ont toujours fasciné. La manière dont ils parlaient, se comportaient, s’habillaient ! Je voulais être comme eux. Gamin, je voulais déjà jouer leur rôle, pas le mien. »
Si tu avais un conseil, un seul, à donner à un enseignant qui veut devenir coach chez vous…
« D’abord, qu’il s’en croit capable ! Si ce n’est pas le cas, nous n’y croirons pas non plus. Ensuite, qu’il soit ouvert d’esprit et prêt à travailler dur, très dur. On bosse énormément. Si tu n’es pas passionné et dédié à ton boulot de coach, tu perds vite tes objectifs de vue et, donc, l’envie d’avancer. Mais, honnêtement, le jeu en vaut la chandelle ! »
Vous pouvez retrouver nos précédentes interviews consacrées au dossier sur la réforme du DE :
Bernard Pestre : « On ne monte pas 15⁄2 en deux ans »
Yannick Ferret : « On va être plus sélectifs, c’est une évidence »
=> GrandChelem n°48 en téléchargement gratuit
Retrouvez gratuitement et en intégralité le numéro 48 « L’union fait la force » de notre magazine GrandChelem.. Bonne lecture !
Publié le vendredi 9 octobre 2015 à 19:30



