A l’occasion des tournois de Montréal et de Toronto, nous avons jugé logique de vous proposer une interview de Frédéric Fontang, actuel entraîneur de Vasek Pospisil. A l’heure où le Canada connaît un véritable essor sous l’impulsion de Milos Raonic et avec une toute première qualification en demi‐finale de la Coupe Davis, l’encadrement du tennis français peut se targuer d’être à la base de cette nouvelle place sur l’échiquier tennistique mondial.
Après avoir entraîné Jérémy Chardy et Caroline Garcia, Frédéric Fontang a décidé de s’exporter en Amérique du Nord. Il est, depuis décembre, le coach de Vasek Pospisil, Canadien de 23 ans, 103ème joueur mondial. Pour GrandChelem, il évoque cette expérience qui passe obligatoirement par les grandes étapes du circuit, Roland Garros et Wimbledon. Un carnet de route au cœur du circuit mondial.
Fin 2012 : les débuts de la collaboration… enfin, presque !
« Après mon expérience avec Caroline Garcia, j’ai pris le temps de me poser un peu. C’est alors que Louis Borfiga, DTN au Canada, m’a contacté à la fin de l’été. Il m’a proposé de coacher Vasek Pospisil. Ce challenge m’a tout de suite plu, car Vasek possède un profil intéressant. Il a un vrai potentiel. Le seul souci, c’est qu’au moment de commencer à travailler, Vasek s’est plaint d’un manque d’énergie. Très vite, une mononucléose a été diagnostiquée et il a été contraint de se reposer. Une fois guéri, il a participé aux championnats de France avec le Tennis Club de Paris. Donc, en vérité, notre collaboration a réellement débuté en 2013. »
L’entraînement et la Coupe Davis
« Quand Vasek s’est senti mieux, l’opportunité de jouer le double en Coupe Davis a été une vraie chance. Il a su la saisir. Par la suite, on a enfin pu mettre en place un programme, même si la difficulté restait d’arriver à mêler travail technique et compétition. C’est d’ailleurs cela qui est le plus périlleux quand on doit coacher un joueur qui a besoin de points sur le circuit. Je me suis attaché à mettre en place un plan pour que Vasek exploite encore davantage ses qualités d’attaquant. Très vite, la mayonnaise a pris et les résultats ont suivi avec une qualification pour Indian Wells. »
Roland Garros, une étape importante
« Dès le départ, Vasek m’a expliqué que la terre ce n’était pas son truc. Je lui ai expliqué qu’au contraire, son jeu pouvait être performant et qu’on ne devait pas faire l’impasse sur cette partie de la saison. Une fois qu’il a accepté le challenge, il s’est engagé à fond. Vasek est un grand bosseur, cela a été un vrai plaisir. Un plaisir récompensé avec une qualification pour le grand tableau de Roland Garros. Mieux, face à Zeballos, il mène dans la cinquième manche avant de perdre pied. »
Wimbledon, un moment spécial
« Automatiquement, quand on est un bon serveur, on part à Londres avec de l’ambition. Et Vasek en avait. Il est vraiment passé tout près face à Sam Querrey. Cette édition a été très spéciale, même si, au final, ses résultats ne m’étonnent pas. Avant, il fallait être top 100 ou top 50 pour pouvoir faire vaciller les meilleurs. Aujourd’hui, le niveau est tellement élevé que ces critères ne comptent plus. Un joueur classé 120ème mondial est entraîné, affuté, prêt à réaliser un exploit. Cette tendance va perdurer. C’est pour cela que je ne suis pas tant surpris par les défaites des têtes de série à Londres. Le jeu sur gazon garde réellement certaines spécificités et on ne peut pas dire que le calendrier permette d’avoir le temps de s’adapter. »
Les défaites de Roger Federer et Rafael Nadal
« Rafa et Federer, ce n’est pas la même chose. Roger est entré sur le court sans réelle confiance en son jeu, quand son adversaire, lui, s’était défini un vrai plan : pilonner son revers et monter dès qu’il en avait l’occasion. Rafa, lui, est tombé sur un gars qui n’avait peur de rien. En première semaine, sur un gazon tout neuf… Ce ne sont pas des circonstances très favorables pour l’Espagnol ! »
Caroline Garcia et Jérémy Chardy
« Je suis parti en très bon termes avec Caroline Garcia. Son père m’avait même invité à venir dans la player’s box pour le match face à Serena Williams, mais je ne pouvais pas, car Vasek jouait en double. Caroline a passé un cap en entrant dans le top 100. Je pense qu’elle sera de plus en plus performante face à des adversaires de qualité. Elle jouera des matches où elle pourra exploiter tout son potentiel. Quant à Jérémy, qu’il soit à ce niveau ne m’étonne pas. Il a été bien formé et garde des qualités de bras assez exceptionnelles. »
L’avenir avec Vasek Pospisil
« L’objectif, c’est d’abord de se stabiliser dans le top 100 et de jouer les grands tournois. Là, on sait déjà qu’on participera à l’US Open, c’est une bonne nouvelle. J’ai toujours cru aux projets individuels plutôt qu’aux structures collectives. Vasek a une vraie ambition, notre duo va être performant. Et il ne faut pas croire que notre collaboration se résume aux 30 semaines que je dois faire avec lui sur le circuit. Coach, c’est un métier qui nécessite une implication de tous les jours, à observer, écrire, préparer les programmes. En plus, aujourd’hui, la technologie nous aide, car on peut voir tous les matches n’importe où sur le globe. C’est un vrai plus : au moment du débriefing, le coach détient de vraies informations. »
Le Canada, version bleu‐blanc‐rouge
Un DTN, Louis Borfiga, qui a formé Gaël Monfils, Jo‐Wilfried Tsonga et Gilles Simon à l’INSEP ; un responsable des moins de 18 ans venu tout droit d’Alsace, Guillaume Marx ; Nathalie Tauziat qui s’occupe d’Eugénie Bouchard, 19 ans, 66ème mondiale et numéro un nationale : le staff technique est bien bleu‐blanc‐rouge au pays du sirop d’érable. « La formation à la Française est l’une des plus efficaces au monde, tout le monde le sait. Il n’est pas étonnant que certains de nos cadres s’exportent. Au Canada, le hockey est roi ! Néanmoins, le parcours de l’équipe nationale en Coupe Davis et les performances de Milos Raonic confirment que le travail de fonds mis en place commence à porter ses fruits. Raonic est maintenant bien épaulé, même s’il reste la locomotive. Je pense qu’Eugénie Bouchard va aussi continuer à progresser sous la houlette de Nathalie Tauziat. »
La raquette de Tomas Berdych, ici !
Publié le mardi 6 août 2013 à 14:39



