AccueilInterviewsGilles Simon : "Je pense avoir le meilleur coach du circuit" (2/2)

Gilles Simon : « Je pense avoir le meilleur coach du circuit » (2/2)

-

Relax, tranquille et sûr de lui, Gilles Simon, que nous avons rencontré dans le cadre de la rencontre de Coupe Davis France‐Australie, nous dévoile sa science du coaching. Attention… ça déménage !


Gilles Simon, première partie de l’entretien.
Gilles Simon, deuxième partie de l’entretien.

Fort de ta science tactique, tu te vois coach plus tard ?

Euh, non… Malheureusement, un coach ce n’est pas que ça. C’est aussi beau­coup de voyages.

Oui, mais cela change : Magnus Norman n’est pas souvent sur le circuit…

C’est faux, il est évident que le coach doit être un minimum sur le circuit pour imprimer un rythme, diriger, suivre de près ce qui se fait. Alors, oui Magnus Norman n’est pas aussi présent que Toni Nadal, c’est certain. Mais il faut forcé­ment suivre son joueur pour avoir une vision globale.

Il y a des courants dans le coaching. L’un d’entre eux consiste à dire qu’il faut souf­frir pour réussir. Un autre, initié par Ronan Lafaix, prône le plaisir avant tout. Où est‐ce que tu te situes ?

Entre les deux. J’ai beau­coup discuté avec Ronan. Cela a été très dur pour lui, car, en France, on a un discours très figé sur ces sujets. J’ai l’im­pres­sion qu’on n’a pas le droit de sortir des lignes. A une époque, Ronan était consi­déré comme un illu­miné. Or, dans son domaine de prédi­lec­tion, il est dans le vrai. Je connais bien ses recherches et je sais qu’il faut prendre en consi­dé­ra­tion tout ce qu’il a étudié. Sur l’as­pect mental, il a vrai­ment su trouver des clefs. Et, ce, parce qu’en tant que passionné, il s’est dit : « Mais, punaise, rien de ce qu’on me propose ne fonc­tionne ! » En plus, comme il n’a pas été joueur de haut niveau, il n’a pas été pollué et a cherché lui‐même d’autres solutions. 

Ronan explique que, dans un match, le temps de jeu est infé­rieur au temps d’at­tente et de concentration…

Oui, quand le point est fini, il est fini. Si tu restes en mode alerte pendant quatre heures, tu ne tiens pas.

Toi aussi, tu cherches, tu étudies…

Non, pas du tout, je t’ar­rête tout de suite, je ne suis pas en étude de quoi que ce soit, car je sais. En revanche, je m’in­té­resse à tous les courants. J’ai une vision globale, mais aussi un vécu sur le court ; c’est peut‐être ce que je pourrai apporter, plus tard, si j’ai un rôle dans le tennis fran­çais. Je ne parle pas de tech­nique, car en France, là‐dessus, on a des spécia­listes qui sont parmi les meilleurs du monde. Ni de forma­tion où l’on est entraî­neur et non coach. D’ailleurs, ce que j’ai remarqué, c’est que la bascule entre l’en­traî­neur et le coach se passe fina­le­ment vers 18 ans.

« Je ne suis pas en étude de quoi que ce soit, je sais. »

C’est‐à‐dire ?

En fait, quand tu es junior, tu appliques ce qu’on te dit et, en général, c’est celui qui y parvient le mieux et de façon constante qui l’emporte. Sauf que, sur le circuit, ça ne suffit plus. En face de toi, il y a des joueurs qui te proposent beau­coup d’autres choses. C’est là que les réponses de l’entraîneur‐coach deviennent souvent insuf­fi­santes, car c’est à toi de trouver des solu­tions sur le court. 

Quand tu as fonc­tionné sans coach sur le circuit, c’était un choix ?

En fait, avec Thierry Tulasne, j’au­rais dû arrêter un an plus tôt, mais ce n’est pas toujours évident de prendre ce genre de déci­sions. Grâce à lui, j’ai progressé extrê­me­ment vite. Sauf qu’à un moment donné, j’ai été bloqué et il m’a fallu faire un choix. Par ailleurs, le fait d’être tout seul m’at­ti­rait vrai­ment. Dans le fond, je pense que j’ai perdu un an, car rien n’avait changé au cours de ces 12 mois. Et tu ne peux pas te contenter de l’im­mo­bi­lisme quand tout a bougé régu­liè­re­ment les années d’avant. Tu veux toujours faire mieux. Avec Thierry, je sentais qu’on ne pouvait plus progresser, alors qu’on avait super bien bossé ensemble jusqu’ici. Et puis, j’avais aussi besoin de jouer plus relâché, sans la pres­sion d’un coach qui me donne des direc­tives et des conseils. 

Le coach peut mettre la pres­sion en étant simple­ment présent au bord du court ?

C’est tout à fait ça. J’avais aussi envie de tout assumer, la super perfor­mance, comme le match de merde où je n’avais pas envie de me battre. Au moins, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi même… Cela a été une période assez spéciale mais très, très enri­chis­sante. Quand tu es seul, tout seul, tu sais vrai­ment pour­quoi tu es motivé. Pour moi, cela s’est traduit aussi par plus de relâ­che­ment. C’est aussi ce que je recher­chais parce que, par le passé, étant constam­ment tendu, je me bles­sais énormément.

« Quand tu es seul, tout seul, tu sais vraiment pourquoi tu es motivé. Pour moi, cela s’est traduit aussi par plus de relâchement. »

C’est aussi à ce moment‐là que tu as décidé de pousser un peu plus le travail de kiné ?

Oui, c’était essen­tiel. Pour faire ce que je voulais sur le court, il fallait que mon corps soit au top. J’ai accompli un boulot assez poussé là‐dessus afin d’at­teindre ce fameux relâ­che­ment. Le souci, c’est que tu as beau être bien physi­que­ment, relax, ça ne suffit pas, car, seul, tu bosses mal ta tech­nique. Et, avec le temps, tu deviens moins perfor­mant. Je me souviens d’un match face à Tommy Haas la saison dernière, à Miami, où je prends 3 et 1. Même si je me sentais bien sur le court, tech­ni­que­ment, j’étais à des années‐lumière de pouvoir lutter. En Argentine, face à Carlos Berlocq, je tiens la route physi­que­ment, mais je ne joue pas bien et je n’ai plus de coups qui font mal. 

Tu a alors choisi de travaillé avec Jan de Witt. Comment en es‐tu arrivé là ?

En fait, c’était un choix évident, car Jan connaît le tennis comme très peu de monde. Avant même qu’on bosse ensemble, il m’avait donné quelques conseils et, très vite, j’ai vu que ça fonc­tion­nait sur le court. Donc, par la suite, quand il a fallu choisir, je n’ai pas eu de mal à prendre ma décision.

Cela veut dire qu’un coach possède de véri­tables clefs…

Heureusement, c’est ce que je me tue à te dire depuis le début de cette inter­view (rires) ! Quand j’ai un doute, je demande à Jan, j’ai une réponse et des expli­ca­tions. Car si un coach ne justifie pas le pour­quoi du comment, ça ne fonc­tionne pas. Le joueur doit pouvoir et vouloir comprendre ce que le coach met en place. 

Beaucoup de coaches disent qu’il est dur de bosser pendant l’année, sur les tournois…

Je ne pense pas, au contraire. D’ailleurs, je suis persuadé que je vais faire une grosse année pour ces raisons‐là, car je sais qu’on a bien bossé et qu’on va encore pouvoir le faire. Il faut juste que j’ar­rête de me tordre le pied avant un match ou de choper un virus… Le travail avec Jan me permet de savoir, à chaque fois, pour­quoi j’en­tre­prends quelque chose sur le court. Et, surtout, de ne pas ruminer ou me poser conti­nuel­le­ment des ques­tions sur ce que j’au­rais dû faire. C’est une force qui t’amène pas mal de certitudes.

Si tu avais un chèque en blanc pour choisir le meilleur coach possible (rires)…

Je choi­si­rais le mien ! Je pense avoir le meilleur coach du circuit… mais c’est diffi­cile à dire car je ne connais pas tous les autres (sourire).

Même pas Magnus Norman ?

Là, oui, je peux être intrigué, même si je pense que Jan serait aussi parvenu à faire progresser Stanislas… j’en suis même persuadé.