Suite de notre série d’interviews et de portraits sur les capitaines. Et pour évoquer le rôle du Capitaine, il paraissait assez logique d’aller à la rencontre du Directeur Technique National. En effet, Patrice Hagelauer, entraîneur de l’équipe de France pendant 20 ans, a côtoyé les plus grands. Il est, en outre, au cœur du calendrier qui a désigné Arnaud Clément comme nouveau Capitaine. Entretien.
Comment s’est passée la désignation des Capitaines, Amélie Mauresmo en Fed Cup et Arnaud Clément en Coupe Davis ?
Pour les filles, ça a été plutôt facile ! Il n’y avait qu’une seule candidature et elle semblait plutôt légitime, voire évidente (rires)… Chez les garçons, on a voulu prendre notre temps, recevoir tous les prétendants. L’objectif, c’était de vérifier qu’ils respectent toutes les valeurs de la Fédération. Et c’était vraiment le cas. L’autre point important, c’était qu’ils soient crédibles et qu’ils puissent insuffler un sentiment de confiance chez les joueurs. Pendant ces discussions, Arnaud Di Pasquale est allé à la rencontre des membres de l’équipe de France en leur expliquant notre démarche et en fixant un moment pour qu’ils se prononcent sur l’ensemble des candidats.
Ca s’est fait comment ?
Tout simplement par une conférence téléphonique et, très vite, il y a eu un consensus autour de la candidature d’Arnaud Clément, un vrai mouvement autour de lui.
Vous parliez d’être crédible et d’avoir un parcours de joueur. Avec Arnaud Clément, vous avez été servis !
C’est évident et c’est une vraie chance de profiter de candidats de cette qualité. La carrière d’Arnaud est exemplaire en termes de générosité et de résultats, sur le plan individuel ou en équipe de France. En plus, il a connu la victoire et c’est déterminant, puisque nos équipes de France sont engagées pour viser la gagne et non faire de la figuration.
La gagne, on l’atteint comment ? Quel est le rôle du Capitaine ?
Chaque Capitaine possède ses propres formules et ses manières de fonctionner. J’en ai connus plusieurs et ce que j’en ressors, c’est qu’il lui faut avant tout être lui‐même. Arnaud va devoir faire du Arnaud, c’est pour ça qu’il a été désigné. Il ne s’agit pas de copier ses prédécesseurs, même s’il faut s’en inspirer. L’expérience d’Arnaud et sa formidable générosité vont permettre de mettre en place un autre mode de fonctionnement que celui de Guy Forget. Et c’est tout à fait logique ! Logique, voire primordial et déterminant.
Arnaud part quand même un peu dans l’inconnu…
Il faut bien commencer ! Vous savez, au cours d’une carrière de joueur, on emmagasine des informations, on gère des situations… On apprend le métier, en somme !
Vous avez mis en place une structure d’accompagnement ou une formation s’appuyant sur les compétences du CNE pour l’aider dans ses premiers pas ?
Les portes sont ouvertes et Arnaud est ici chez lui. Il n’y a pas de formation pour être Capitaine (rires). En revanche, il a beaucoup échangé avec Guy, avec les joueurs, avec toutes les personnes qui pouvaient lui permettre de collecter des informations. Il ne faut pas oublier qu’il a été joueur et qu’il a connu presque toutes les situations possibles, les ambiances hostiles comme les moments de grande joie. Tout ça va l’aider à appréhender son nouveau job. Amélie a eu la même démarche. Elle a beaucoup consulté, en allant même chercher des infos dans d’autres disciplines. Bon évidemment, les enjeux sportifs sont différents pour Amélie, car elle ne peut pas, pour l’instant, s’appuyer sur le même réservoir de talents.
On a souvent parlé de problèmes générationnels entre Guy et les joueurs. C’était une vue de l’esprit ? Comment ça se gère ?
On a dit beaucoup de choses là‐dessus, mais, moi, je n’ai pas eu cette impression. Une équipe, on le sait tous, c’est un ensemble de personnalités et il faut savoir trouver les mots pour chacun, tout en créant un esprit de groupe. Jo, Gilles, Richard, Gaël, ils ont tous des chemins différents et, à mon sens, Guy a su trouver les mots. Il était formidablement respecté. Pour moi, il n’y pas eu de soucis de générations, bien au contraire. Avec Arnaud, c’est une nouvelle période qui s’annonce. Et je suis sûr qu’il va rapidement mettre sa patte sur cette équipe de France !
Une question bête, mais il faut bien les poser (rires) : le Capitaine est vraiment libre dans le choix de sa sélection ?
Il propose son équipe à la Fédération. Et c’est son comité directeur qui la valide. C’est tout à fait logique. L’équipe de France, c’est l’essence‐même de la Fédération. Elle représente nos valeurs, elle se doit d’être exemplaire. La sélection doit donc aller dans ce sens.
Vous avez le souvenir d’une sélection non acceptée par le comité directeur ?
Non, jamais ! En revanche, il y a eu des discussions pour que le Capitaine soit en mesure de justifier ses choix. C’est normal.
Vous pensez qu’un Capitaine peut, à lui tout seul, faire basculer une rencontre ?
C’est évident ! Je dirai même qu’il est là pour ça. C’est la seule personne qui est vraiment dans l’événement tout en pouvant prendre du recul. C’est une place tout à fait privilégiée qui lui permet de jouer un rôle fondamental. Quelques fois, il suffit d’un mot, d’une attitude, d’un élément technique ou tactique… Il peut créer un électrochoc, pousser un joueur ou le maintenir dans un état d’euphorie. Il doit savoir s’adapter au garçon qu’il a en face, le connaître… C’est un poste où il faut avoir un sens psychologique plutôt pointu.
Vous avez une anecdote qui illustrerait le rôle fondamental du Capitaine ?
Oui, tout à fait ! Dans le double, lors de la finale face à la Serbie, à Belgrade. Llodra et Clément étaient menés d’un set et un break. Ils n’étaient pas vraiment dans le coup. Au changement de côté, à 2–1, Guy Forget est monté dans les tours. Je n’étais pas tout près, mais j’ai quand même tout compris. J’avoue que c’était plutôt fort et intense ! Et ça a eu des effets immédiats…
Par le passé, il y avait une grosse interruption après le troisième set avec un retour aux vestiaires. Vous regrettez cette période ? Le Capitaine pouvait alors jouer un rôle encore plus important !
J’ai connu les deux périodes. Et je pense que non. Aujourd’hui, le Capitaine a largement assez de temps pour intervenir. Même s’il le fait sur le banc, dans l’ambiance de la salle, il peut tout à fait créer une forme d’intimité avec ses joueurs. Sincèrement, je ne suis pas nostalgique de l’ancienne formule.
On vous sent porté par les valeurs des épreuves par équipes…
C’est logique ! (Sourire) Notre sport, à l’origine individuel, passe dans une autre dimension. On le sait tous, dans un match en équipe, ce n’est pas la somme des individualités qui crée la différence, mais plutôt l’esprit de groupe, la solidarité, la notion de partage. C’est pour ça qu’il faut protéger ces épreuves. En revanche, je comprends tout à fait que certains joueurs fassent, de temps en temps, l’impasse. Les cadences sont vraiment élevées, il faut le reconnaître. C’est pour ça que je préconise, par exemple, que les deux équipes ayant été finalistes l’année d’avant soient exemptées de premier tour celle d’après.
Il y a un Capitaine qui vous a marqué, en‐dehors de ceux que vous avez côtoyé ?
Neale Fraser, sans aucun doute. Pour moi, c’est un exemple de longévité, de performance et d’une vraie classe. Arthur Ashe n’était pas mal non plus, mais il a eu plus de mal à s’imposer au sein de son équipe. Il faut dire qu’avec John McEnroe, la tâche était ardue… (Rires)
Et Tarpischev ?
Même s’il a eu des résultats plutôt remarquables, pour moi, ce n’est pas un Capitaine au sens pur du terme. D’ailleurs et je vais être radical, il n’y a pas de notion de groupe ou d’équipe avec les Russes. En général, ils se font un repas commun et c’est tout. Chacun fait son match de son côté. On est bien loin de la notion de Capitaine telle que je l’entends !
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Publié le dimanche 10 février 2013 à 15:00



