AccueilInterviewsInterview WLT>Thierry Tulasne : "On est légèrement favori"

Interview WLT>Thierry Tulasne : « On est légèrement favori »

-

Dans le cadre du numéro 20 et afin de préparer au mieux la finale de la Coupe Davis, GrandChelem/WeLoveTennis s’est entre­tenu avec Thierry Tulasne. Le coach de Gilles Simon nous apporte son avis éclairé d’ex-joueur de Coupe Davis, d’ex-membre du staff de l’équipe de France et d’entraîneur d’un joueur sélec­tionné.

On peut parler de Grenoble (NDLR : finale en 1982) ? J’ai vu Jean‐Paul (Loth, Capitaine de l’époque), il m’a dit : « J’ai un regret, c’est celui d’avoir choisi Henri (Leconte) à la place de Thierry (Tulasne). Aujourd’hui, je me dis que j’ai peut‐être eu tort. » Il a tenté un coup de poker qui n’a pas marché…

J’ai toujours eu envie de jouer ce match, c’était une période de ma carrière où j’avais une grosse confiance, notam­ment par rapport à nos adver­saires, les Américains, moins perfor­mants sur terre battue. Mais je n’ai pas joué cette finale. Ca a été super doulou­reux, c’est sûr. En même temps, si, moi, j’avais été Capitaine, j’aurais peut‐être fait ce choix là aussi… Henri était tout feu tout flamme, il avait plus de poten­tiel que moi – il l’a montré par la suite. Jean‐Paul, je lui en ai voulu – j’étais un ado à l’époque. Mais, aujourd’hui, ça m’aide à comprendre la décep­tion d’un joueur, le côté cruel de la sélec­tion, la bles­sure engen­drée par ce type de décep­tion… Quand un joueur que j’entraîne le vit, je suis complè­te­ment à l’écoute. Et comprendre ces situations‐là, ça permet aussi d’y trouver des solu­tions. Là, main­te­nant, j’ai envie de dire à Jean‐Paul : « Je t’adore et je t’ai toujours adoré, malgré cette décep­tion ! » Il a super bien fait son travail.

Tu faisais partie du groupe à l’époque ?

J’étais dans l’équipe, en tant que quatrième homme. Henri avait joué en double avec Yannick et le rempla­çant, c’était Gilles Moretton.

Tu as aussi parti­cipé à la campagne australienne…

Je te coupe, mais tu diras vrai­ment à Jean‐Paul que je l’aime, hein ! C’est quelqu’un qui m’a vrai­ment beau­coup apporté.


(Rires) Pas de soucis. Tu as donc été de cette finale, en Australie (en 2001). Rémi (Barbarin) nous expli­quait que la prépa­ra­tion était longue, qu’il n’avait jamais connu une telle densité dans un groupe et, ce, malgré les tensions… C’est ça, préparer une finale, se retrouver en groupe avant tout ?

Je suis du même avis, oui. Dès le début, ça sentait bon, j’ai senti qu’on était dans le vrai. Il y avait une espèce d’alchimie ; certai­ne­ment grâce aux tensions qu’il y avait dans le groupe, d’ailleurs. Les joueurs en ques­tion ont montré l’exemple, ils ont montré qu’il fallait dépasser ces problèmes. Tout le monde faisait en sorte que la mayon­naise prenne, tout le monde faisait des efforts. Le staff cher­chait à solu­tionner ces problèmes, de manière à ce que les mecs s’entendent bien. Et le fait de partir en Australie, loin, c’était un élément positif. On se complé­tait : moi, je faisais le lien entre les joueurs, il y avait Georges Deniau, Rémi, aussi, qui venait avec son esprit sport co’… On travaillait dans le plaisir, il y avait pas mal de jeux axés là‐dessus et ça plai­sait aux joueurs. Aujourd’hui, par rapport à l’alchimie, c’est la vérité de la rencontre qui compte. Guy a bien fait de venir ici (NDLR : l’entretien a été réalisé au cours de l’Open Sud de France, à Montpellier). Lionel Roux est égale­ment très proche des joueurs, très présent. Avec Gilles, ça se passe super bien et il lui amène même des trucs dans le jeu, dans la vision des choses… C’est un vrai plus et j’ai des discus­sions très inté­res­santes et enri­chis­santes avec lui. De tout ça, Gilles en tire de la confiance. C’est une force pour le groupe ! D’autant qu’aujourd’hui, c’est très compliqué de gérer un groupe avec autant de joueurs diffé­rents, des Gaël, des Jo, des Richard… Même si Jo et Gilles sont peut‐être un peu plus faciles.

Tu as peur d’aller en Serbie ? Tu penses que c’est un avan­tage de jouer à l’extérieur ?

Non, mais de toute façon, ce qui compte, c’est que les joueurs soient super contents d’être en groupe, entre eux. Si on avait été en France, il aurait fallu cloi­sonner un peu plus, c’est clair. Mais, en même temps, jouer devant 10 000 personnes acquises à votre cause, c’est un vrai plus. 

Et l’inverse, ça ne peut pas être positif ?

Peut‐être, mais quand on voit comme Jo, Gaël ou Gilles sont à l’aise quand ils jouent sur le Central de Roland, devant 15 000 personnes acquises à leur cause, ça aurait été un vrai plus. Aller en Serbie, c’est une inconnue. On a des infor­ma­tions – les Tchèques nous en ont donné, ils disent que le public est en fait assez mort. Si tu ne l’énerves pas, si tu ne vas pas le cher­cher, il regarde le match, il se fait un peu chier. Je pense que Djoko va essayer de le réveiller. Moi, j’ai dit à Guy qu’il vaut peut‐être mieux que nos gars n’en fassent pas trop. Après, Guy, avec toute son expé­rience – et c’est toute sa force –, il sait préparer jusqu’à l’imprévisible, il sait faire en sorte que les joueurs soient prêt à affronter un climat diffi­cile, il sait les orienter dans leur concentration.

Toi, tu as le souvenir d’un envi­ron­ne­ment hostile ?

Je n’étais pas là au Paraguay, mais j’ai eu peur en Argentine, en 82. C’était l’Argentine de Vilas, sur un court où il n’avait jamais perdu. J’avais gagné assez faci­le­ment mon match contre le numéro deux. Mais, Yannick quand il avait joué Vilas, c’était… Les gens lui envoyait des pièces, il y avait des gardes du corps de partout pour nous, on avait été à deux doigts de péter les plombs… Quand je regar­dais Yannick, du bord du court, on était entouré par les gardes du corps et on se sentait mal. Un envi­ron­ne­ment vrai­ment très hostile, quoi. Moi, je n’avais jamais vécu ça avant… Mais, à l’époque, aussi, en Argentine, il y avait plus des suppor­ters de foot. Après, c’est la seule fois de ma carrière que j’ai été confronté à une situa­tion de ce type. Généralement, les gens qui vont voir les matches de Coupe Davis, ce sont des gens qui aiment le sport et qui viennent voir du tennis.

Il faut s’isoler de cette idée des excités serbes qui mettent le feu ou il faut plutôt s’y préparer ?

Non, il faut s’y préparer. Tu peux n’avoir que dix personnes qui foutent le bordel, ce sera quand même très, très pertur­bant. D’autant que parmi 18 000 spec­ta­teurs, tu vas avoir du mal à les localiser…

Un pronostic ?

A mon sens, on est légè­re­ment favoris dans la mesure où on est un tout petit peu au‐dessus en double et favori sur les deux matches du numéro deux. Djoko, il est très impres­sion­nant, c’est sûr, et, si on le bat, ce sera une super perf ‘. Mais, le match d’inflexion, c’est celui du samedi, le double. A moins d’un exploit contre Djoko.

Dernière ques­tion : il y a quelques temps, Gilles me disait qu’il ne savait vrai­ment pas faire une volée… C’est quelque chose sur laquelle vous avez travaillé ?

Oui, il a fait des progrès remar­quables. D’ailleurs, j’ai rare­ment vu un joueur aussi peu à l’aise sur un coup faire de tels progrès au même âge. 

De là à jouer le double…

Non, non, aujourd’hui, je crois qu’il a acquis une volée de simple. Il est à l’aise quand il part de loin et qu’il claque une volée sur le coup d’après. Mais, en double, quand il faut jouer sur les réflexes… Il a peur, il a très peur, au filet, peur de se faire allumer… En revanche, en simple, il a plus du tout peur de monter. Il a encore beau­coup de travail, oui, notam­ment sur la présence – il est encore trop facile à lobber … Mais on avance !