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Jérôme Potier : « Nadal est un phénomène avant d’être un gaucher »

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Gaucher plus que doué pendant sa carrière professionnel, Jérôme Potier est aujourd’hui un formateur respecté au sein du Centre National d’Entraînement de la Fédération. Il est surtout l’expert de GrandChelem qui a remis les pendules à l’heure sur la question Nadal : l’Espagnol a une main, une vraie.
.Jérôme, qui es-tu ?
Je suis d’abord un joueur professionnel qui a eu sa carrière entre 1979 et 1995 où j’ai fini par le Critérium. J’ai alors décidé de commencer ma carrière d’entraîneur en entrant à la Fédération. Au début je m’occupais d’un groupe de joueurs de 1ère série avec Eric Deblicker et Patrice Hagelauer, et au fur et à mesure on a gardé ce système et le nombre de joueurs s’est rétréci.

Est-ce qu’on ne va pas d’ailleurs vers un système de plus individualisant pour les coaches ?
Non, je ne travaille pas comme ça. Je l’ai fait au début de ma carrière d’entraîneur dans le privé. A la Fédé, on est trois entraîneurs avec six joueurs, et je trouve ça bien parce que quand on est deux, on fait deux fois moins d’erreur, et quand on est trois, trois fois moins (Rires).

Ca fait 13 ans que tu fais ce métier, qu’est-ce qui a changé ?
En 13 ans, j’ai appris que l’éducation des joueurs avait beaucoup changé (Rires) Alors on fait avec.

Ca veut dire quoi ?
Je parle de certaines valeurs qui ont changé, mais je ne saurais pas vraiment comment expliquer cela. Ce n’est pas péjoratif, c’est juste une différence de génération qui crée un décalage. Par exemple je sais me servir d’un portable et d’un ordi mais ce n’est pas une habitude de ma génération. C’est tout.

Toi, Jérôme, tu es gaucher comme un certain numéro 1 mondial, est-ce que tu peux nous expliquer le problème que pose un gaucher ?
Si on veut parler de Nadal et de Federer, le problème c’est le coup droit de Nadal sur le revers à une main de Federer. Il ne lui fait faire que ça pendant cinq sets. Par contre Nadal sera plus gêné par des revers à deux mains comme Simon ou Murray, il va avoir plus de mal à les manipuler.

A part cette séquence-là, quels autres problèmes posent le gaucher ?
En fait, je te dirais que ce n’est pas le gaucher en général mais Nadal qui pose un problème, parce que les autres gauchers ne posent pas toujours tous ces problèmes-là aux droitiers. On parle du fameux service slicé sur le revers sur les points d’avantage mais de leur côté, les droitiers ont la même chose face aux gauchers sur les points d’égalité. Et puis Federer ne perd que contre Nadal, il ne perd pas contre les autres gauchers. Je pense que c’est plus le phénomène Nadal que le phénomène gaucher. C’est certain qu’un gaucher est différent mais c’est surtout Nadal qui est différent !

Qu’est-ce qu’il a de différent ?
Bah il joue mieux que les autres ! (Rires). Il est plus fort que les autres. Physiquement. Il frappe plus fort. Il a encore progressé dans tous les secteurs du jeu. Il volleye, il fait des amorties et quoi qu’on en dise, il a une super main. Moi je l’ai vu à ses débuts jouer contre Thierry Ascione en simple et en double, il était hyper adroit.

Mais personne ne le dit ça !
Oui, je sais, parce qu’on se focalise sur tout le reste. Nadal est hyper adroit. Je l’ai vu faire avec Robredo contre Ascione et Lisnard à Chennai, putain, le mec était super adroit ! En simple, il était un peu faible en revers parce que c’était le début et tout le monde lui pilonnait le revers. Mais à force de lui pilonner le revers, et comme il s’arrache dans tous ces matches, son revers a progressé. Et son coup droit reste une arme terrible. Donc moi je pense que c’est le joueur qui est très fort, ce n’est pas le fait qu’il soit gaucher.

Mentalement, même son oncle Toni pense qu’il a quelque chose de plus
Oui, mais quand on est très fort physiquement, on pense que plus le match dure, plus ça va tourner de son côté. Quand on est convaincu de ça, ça aide beaucoup.

Alors deux Français ont quand même signé des exploits face à lui en 2008. D’abord peut-être l’exploit le plus sous-estimé, Gilles Simon le bat devant son public à Madrid.
C’est un peu différent parce c’est en deux sets, c’est en indoor et Gilles Simon a un très bon revers à hauteur d’épaule. Quand Gilles le rejoue à Melbourne en outdoor et en cinq sets, il ne le bat pas. Mais il est vrai que Simon a cette arme du revers qui peut planter Nadal en long de ligne. Murray fait pareil et c’est comme ça qu’il l’a battu en 4 sets à l’US Open, même si le match était particulier puisqu’il avait été interrompu. Maintenant je pense que sur terre battue, tout ça ne sera pas suffisant. Je peux me tromper, mais ce sera dur pour tout le monde sur terre.

Mais si je t’écoute bien, si tu as un revers à une main face à Nadal…
… c’est pas gagné (Rires)

Alors comment faire ?

Ah, il faut l’empêcher de jouer sur ton revers. Soit tu le fais monter, soit toi tu montes, mais c’est vrai qu’il passe bien.

Justement c’est ce qu’a fait Tsonga qui a signé l’autre exploit de l’année à Melbourne
Oui, il l’a empêché de jouer, il l’a étouffé, mais Tsonga c’est une belle bête physique, c’est un bel athlète. Federer est un athlète fluide, mais pour moi ce n’est pas une bête physique. Tsonga l’est.

Nadal le sent d’ailleurs.

Oui, Federer, à Roland il capitule et ça c’est pas bon du tout.

Alors que Tsonga l’impressionne.
Oui et puis dans le jeu, il peut rivaliser avec Nadal et même lui passer devant avec son jeu de volées.

Justement en parlant de volée, est-ce que Federer ne devrait pas jouer plus de doubles quand on voit ce qu’il a fait au Jeux avec Wavrinka ?

C’est délicat parce que ça pompe un peu d’énergie sur les tournois. Moi j’ai surtout l’impression qu’au moment où Tony Roche l’entraînait, Federer faisait plus de volées et que là il s’est focalisé sur son duel avec Nadal et sur le problème du gaucher au lieu de se concentrer sur ses forces.

Dernière question, tu regardes beaucoup le tennis à la télévision ?
Non, très peu. Moi je regarde les séries télé. (Rire) J’aime beaucoup les Experts et les séries de ma jeunesse : Mission Impossible et Les Envahisseurs. (Rires) Non sérieusement j’ai du mal à regarder le tennis à la télé. Je trouve que ça ne rend pas bien. Ca enlève une dimension au jeu. Je n’aime pas ça. Par contre il y a un truc que je ne regardais pas avant mais que je regarde désormais, c’est les doubles.

Pourquoi ?
Parce qu’avec le no-ad et le super tie-break, c’est vraiment devenu intéressant et assez marrant. Il y a des joueurs français très agréables à regarder : c’est Clément, Gasquet, Tsonga, Llodra.

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