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John McEnroe : « Federer et Nadal n’ont pas besoin de mes conseils »

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Voici l’in­ter­view que nous a accordé à Roland Garros, John McEnroe, elle a été publiée dans cette version dans le numéro 14 de Grand Chelem.
.John, est‐ce qu’on peut faire l’interview pendant le stret­ching ?

Oui, vous avez raison. Plus on vieillit, plus le stret­ching est impor­tant. (Sourires)

On a écrit un long article pour fêter vos 50 ans qui s’intitulait « McEnroe, 50 ans et tous ses tour­ments ». Alors êtes‐vous toujours autant tourmenté ?

Oui, au fond, je le reste…. mais je crois que mon atti­tude est meilleure. Pendant des années, ça m’a un peu dérouté, mais je suis arrivé à une sorte de… en fait je suis heureux de la posi­tion dans laquelle se trouve ma vie aujourd’hui.

Quand je vous ai rencontré il y a 7 ans, vous aviez l’air de cher­cher quelque chose de plus mais en dehors du tennis

Oui, peut‐être. En fait, je crois toujours qu’à un certain stade, quelque chose en dehors du tennis va m’arriver.

Ah oui ?

Oui, je crois qu’à un moment, il faut être prêt à faire autre chose, et je pense que dans quelques temps, je vais me lancer dans un projet avec les plus jeunes. 


Est‐ce que vous jouez au tennis tous les jours ?


Non, pas tous les jours, mais j’essaye d’aller à la gym au moins trois fois par semaine et de jouer les trois autres jours. Mais si j’ai une académie, je pense que je serais beau­coup plus souvent sur le terrain. 

Est‐ce que vous pensez comme certains de vos fans qu’un mec de 50 ans qui continue de botter le cul de certains gars de 35 ans mérite le titre de meilleur joueur de tous les temps ? 

(Sourires) Non mais moi je suis bon pour les cinquan­te­naires. (Rires) Et j’étais très bon quand j’avais 25 ans. Mais bon il y a des gars qui sont telle­ment forts que j’étais déjà content d’être dans le top 5, alors main­te­nant je serai heureux d’être dans le top 10 des meilleurs joueurs de toute l’histoire.

Est‐ce que vous pensez que vous seriez un meilleur joueur avec cette raquette (la Maxply) et non avec celle‐là (sa Maxply remasterisé).

(McEnroe prend les deux raquettes dans la main et fait silence pour les inspecter)

Ca, c’est une bonne raquette (en montrant la nouvelle Maxply)

Oh oui, ça c’est une bonne raquette, mais c’est celle‐là que j’aime parce qu’elle est liée à de tels souve­nirs, à de tels moments, et puis c’était une période très spéciale du tennis.

Oui, mais vous avez écrit dans votre biogra­phie qu’il fallait revenir à la raquette en bois sur le même prin­cipe que le base‐ball.

Oui, mais c’est trop tard. Ceci dit, par simple esprit de compa­raison, ce serait très beau que tous les grands joueurs que nous admi­rons aujourd’hui puissent voir ce que c’est de jouer avec ça. C’était vrai­ment diffi­cile à notre époque. Maintenant c’est un nouveau jeu, un jeu de puis­sance depuis la ligne de fond, et quelque chose a changé. 

Mais vous le regrettez ?

Non, non, non. D’une certaine façon, j’aime bien ça. (Réflexion) Pour Wimbledon, c’est mieux par exemple. 


Oui, mais à part ça


Non, ici à Paris aussi, c’est mieux. Il se passe juste que tout le monde a un peu le même style de jeu, mais je pense que c’est une belle période pour le tennis… chez les hommes. Il y a de jeunes joueurs qui sont en train de chasser des records. Franchement c’est une belle période. 


Avez‐vous été si surpris par la défaite de Nadal à Roland Garros ?

Ah oui très surpris. Bien sûr, il semblait imbat­table. Mais ça vous montre à quel point ce sport est grand. C’est impré­vi­sible. Vous ne savez jamais. Ca vous parait inima­gi­nable que quelqu’un puisse lui prendre trois sets, mais c’est ce qui est fantas­tique. C’était la première fois que je voyais Rafael dans un jour aussi mauvais et l’autre (Soderling) fait la partie de sa vie. 

Vous avez proposé vos services à Roger Federer au début de l’année, est‐ce que vous propo­se­riez désor­mais vos services à Rafael Nadal ?

Non, je n’ai pas proposé mes services à Federer, il n’a besoin de personne pour savoir comment battre tout le monde. Mais j’aime beau­coup discuter, m’entraîner, taper la balle avec Rafael ou Roger. Quelque soit ce qu’ils demandent, ce sont des gens pour qui j’ai beau­coup de respect. Ils ont beau­coup de classe. Ils n’ont visi­ble­ment pas besoin de mon aide, mais s’ils ont besoin de quoi que ce soit, même pour la politique. 


(Rires)


Non, mais je parlais de la poli­tique du tennis. 


Mais pour la poli­tique tout court aussi, non ?

(Rires) Oui, peut‐être pour la poli­tique aussi. En tout cas, je serai là.

J’ai une ques­tion de Richard Evans qui m’a demandé de vous la poser car ça reste un mystère pour lui. Qu’est-ce qu’il s’est passé entre 1984 où vous planiez sur le tennis, et les années 85–86 où vous arrêtez de jouer ?
Eh bien j’avais des enfants, et Roger va vite voir ça. Quand vous avez des enfants, les prio­rités changent. J’ai raté Roland Garros et Wimbledon à cause de ça. 

Mais c’est juste ça, les enfants ?
J’avais besoin de faire une pause, de revenir et d’être un meilleur joueur. Il fallait que je fasse les choses diffé­rem­ment. Je ne faisais jamais de gym, je jouais juste le double, je ne m’étais jamais vrai­ment préparé. 

Dans le dernier numéro, Patrick Flodrops vous intègre dans un cercle de génies qui comprend Arthur Rimbaud, Albert Einstein, Pablo Picasso, Bobby Fischer, Napoléon Bonaparte, qu’en pensez‐vous ?
(Il regarde la photo de lui période un peu enve­loppé) Je n’aime pas cette photo. Ca, c’est un beau groupe, mais la photo de ce mec‐là (en parlant de lui)…. je pense que j’ai été en meilleure forme que ça. (Sourire)

Mais est‐ce que vous trouvez légi­time d’être dans ce groupe ?
Oui, je me sens peut‐être légi­time en ayant une certaine vie d’artiste, dans l’idée que j’ai fait les choses d’une façon un peu diffé­rente des autres. Mais c’est un sacré compli­ment. Patrick, je lui dois un repas s’il a effec­ti­ve­ment écrit des choses si favo­rables sur moi. 

En fait il parlait du charisme
C’est diffi­cile de le dire…. 


Patrick souligne d’autant plus la chose que vous êtes timide, et que tous ces gens étaient égale­ment très timides.

Je ne sais pas, je ne les connais pas person­nel­le­ment (Rires)

(Rires)

Mais ils ont l’air d’être tous des gens très inté­res­sants. Sur la timi­dité, oui il y a un peu de vrai, ça m’échappait, mais avec le temps j’ai appris à avoir un peu plus de contrôle là‐dessus. 

Et vous, quel est votre génie ?

Mon génie serait… Ce serait un peu de gens de cette liste. Picasso a toujours été mon artiste préféré. 

Vous avez encore un tableau de lui ?

J’en ai eu un mais je ne l’ai plus. C’est trop cher (Sourire)

Mais des génies encore vivants

Encore vivants ? (Réflexion) Michael Jordan est un génie. Nelson Mandela est un génie. Un jour, je l’ai rencontré et ça c’était vrai­ment formidable

A propos de l’auteur

Jérémy Alen

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.