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Lionel Roux : un entretien exclusif signé WLT ! (1/3)

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Chose promise, chose due ! Le 13 décembre dernier, Lionel Roux, entraîneur de l’équipe de France de Coupe Davis, nous a rendu visite dans nos locaux. L’occasion, pour lui, de revenir sur la défaite en finale, à peine cicatrisée, une sorte d’exclusivité qu’il offre à GrandChelem/WeLoveTennis puisque c’est sa première sortie médiatique depuis ce fameux week-end. Un entretien divisé en trois parties : les deux premières, discussion entre Lionel Roux et Laurent Trupiano, qui a essayé, autant que faire se peut, de reprendre une partie de vos interrogations ; la dernière, avec les réponses de Lionel aux questions des internautes sélectionnées par la Rédaction – vu le nombre de questions posées et le temps qui nous était imparti, 20 minutes, nous avons été contraint d’effectuer un choix. Veuillez-nous en excuser et apprécier, tout de même, cet intéressant entretien. Bonne dégustation !

Bonjour Lionel. Tout d’abord, merci de cette visite dans nos locaux. On va tout de suite rentrer dans le vif du sujet. Une semaine après cette finale de Coupe Davis, il y a une petite polémique née d’un papier de L’Equipe : pourquoi Gilles Simon n’est-il pas allé avec Mika dans les vestiaires durant le match Monfils-Djokovic ? Les Serbes ont pu savoir, à l’avance, lequel des deux serait aligné pour le dernier match. Tu culpabilises vis-à-vis de ce que certains nomment une erreur stratégique ?

Oui, évidemment, je culpabilise, oui, je suis déçu. D’ailleurs, je m’en remets tout juste aujourd’hui (NDLR : l’entretien a été réalisé le 13/12). J’ai eu une semaine très compliquée, plein de flashes qui revenaient… Mettre Simon dans les vestiaires, oui, et même, pourquoi pas, Arnaud Clément, puisqu’il avait fait une très bonne semaine au niveau des entraînements. Après, il y a deux paramètres très importants : Gilles est un joueur très bavard, il commente tous les points. C’est un peu notre Eugène Saccomano à nous ! (Rires) Dans certains cas, c’est le genre de choses qui peuvent être embêtantes. Or, vu l’état de nervosité de Mika à ce moment-là, je me suis dit que c’était mieux de laisser Gilles dans les tribunes. En plus, il sert souvent de soutien à Gaël. Ils se connaissent très bien et, généralement, Gaël le cherche du regard pendant ses matches. A Toulon, contre Kohlschreiber, il paniquait un peu, notamment au service, et Gilles avait su lui donner des indications qui l’avaient remis en selle. Donc, bon, c’était aussi important qu’il reste au bord du court. De toute façon, ça n’aurait pas changé grand-chose qu’il rejoigne Mika. Niki Pilic, un ancien très grand joueur et un super coach (NDLR : membre du staff de l’équipe serbe) a expliqué qu’ils avaient décidé d’aligner Troicki pour le dernier match dès le samedi soir. Ca les a peut-être rassuré de voir Gilles sur le banc avec nous, mais ça me paraissait quand même impossible qu’ils aient décidé de mettre Troicki au dernier moment. Il y a tellement de pression, tellement d’enjeu… On ne peut pas préparer un joueur comme ça, à la dernière minute. Donc, Gilles dans les vestiaires, je pense que ça n’aurait rien changé.

La victoire en double, au finale, c’était un bien ou un mal ? Comment tu l’analyses ?

Non, non, c’était un bien évidemment ! C’est quasiment le point le plus important d’une finale. Les pourcentages n’ont pas été pour nous cette fois-ci, mais je crois que 85 % des équipes qui gagnent le double remportent la rencontre. Si on l’avait perdu, imagine la suite, avec Djokovic, dans son état de forme, le niveau qu’il avait… Je le vois mal flancher au moment de conclure.

« On est reparti de là-bas gonflés à bloc »


Que penses-tu des propos de Thierry Tulasne sur une possible explosion du groupe ? Comment vit-on le moment du retour aux vestiaires, après la défaite ?

Alors, déjà, à propos des mots de Thierry… Je pense qu’il a été maladroit. Il m’a d’ailleurs appelé mardi en me disant que ses paroles avaient été mal interprétées, qu’il s’était fait un peu avoir par les médias, qu’il s’était laissé embarquer sur un terrain glissant. Il était aussi sous le coup de la déception, parce que son joueur n’avait pas joué le deuxième match. Dans un coin de sa tête, je pense qu’il ne peut pas s’empêcher de nous le reprocher un peu, de se dire que Gilles aurait peut-être fait mieux que Mika… Après, dans les vestiaires, il y a eu beaucoup de larmes. La tristesse des joueurs, bien évidemment, mais aussi de Christophe Fagniez, le responsable de l’équipe, qui s’occupe de nous toute l’année. Guy a aussi pris la parole. Il nous a dit : « Voilà, les gars, on a perdu cette finale, mais il faut rester digne, on a une coupe à aller chercher sur le court. On a fait une belle saison, on a gagné contre le double tenant du titre, l’Espagne, on a passé l’Argentine… Il faut vraiment rester digne dans cette défaite. » Les joueurs ont applaudi et sont repartis. Et, le soir, on s’est encore fait un débrief, un très beau débrief, même. Tous les joueurs se sont exprimés, beaucoup de positif en est ressorti. J’ai encore l’image de Jo, les larmes aux yeux, des sanglots dans la gorge… Mais cette discussion a fait du bien et, finalement, on est reparti de là-bas gonflés à bloc.

Justement, on peut parler de Jo-Wilfried Tsonga. Beaucoup de gens ont émis l’idée qu’avec un Jo dans l’équipe, on serait allé au bout. Même Guy Forget ! Est-ce que ce n’est pas un mauvais calcul de parler de ça maintenant ?

Tu vois, je parlais de terrain glissant, tout à l’heure… En voilà le parfait exemple ! J’étais en conférence de presse avec Guy, j’ai entendu les questions que les médias lui ont posé. Notamment celle-là : « Est-ce que vous pensez que Jo vous a manqué dans cette finale ? » Mais que veux-tu qu’il réponde ? Il y a Jo à deux mètres, tous les joueurs à côté… Ce n’est franchement pas facile, il faut prendre beaucoup de pincettes. Et Guy a expliqué les choses, en toute honnêteté. « Oui, je pense que Jo nous a manqué, un joueur comme lui est fait pour ce genre de rendez-vous. » En tout cas, ce qui est vrai, c’est que je culpabilise, moi, énormément par rapport à son absence. Quand Jo a décidé de reprendre sa saison après sa blessure, Guy et moi, on aurait vraiment dû discuter de son programme avec son coach et lui. Voir si son programme n’était pas un peu trop lourd, lui rappeler que son objectif numéro un pouvait aussi être cette finale de Coupe Davis… Mais Jo, c’est un gars qui veut prouver sur le terrain qu’il mérite sa place en équipe de France. Il ne voulait pas la prendre à quelqu’un qui l’aurait méritée plus que lui de par ses résultats. C’est par son jeu et par ses victoires qu’il désirait légitimement prétendre à une place de numéro un. Du coup, il a enchainé les tournois et, malheureusement, sa blessure au genou s’est réveillée.

La suite, demain !

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