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Loïc Courteau : « Mathieu gagnerait à s’ouvrir dans les discussions »

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Loïc Courteau a emmené Amélie Mauresmo jusqu’à la place de numéro 1 mondiale avant de finalement passer chez les garçons. Il s’occupe désormais de Paul-Henri Mathieu, meilleur Français sur terre battue il n’y a pas si longtemps que ça. Tour d’horizon de la planète tennis avec un expert qui n’aime pas la langue de bois.

On fête cette année les 50 ans de McEnroe, que représente John pour vous ?

Un artiste, une personnalité, je n’ai jamais eu hélas la chance de le jouer. Cela reste un joueur fantastique, un inventeur, une figure charismatique du tennis.

Aujourd’hui est-ce qu’on est manque de ce type de joueurs sur le circuit ?

Je ne crois pas. On a ce qu’il faut. Federer, Nadal, c’est énorme. Et puis, tous les jeunes derrière ce n’est pas mal non plus. Quelle densité de talents ! C’est assez extraordinaire.

Vous êtes passé du côté des hommes après avoir longtemps coaché Amélie. Y-a-t-il des vraies différences entre ces deux circuits ?

Oui, il y en an. J’ai tendance à penser que l’émotion joue un rôle beaucoup plus important chez les femmes. On le voit notamment avec des scores un peu étranges. Une fille l’emporte 6-0 puis elle perd le second sur le même score pour finalement l’emporter. On voit aussi souvent des filles largement mener au score puis s’effondrer. Enfin, en terme d’ambiance aussi cela n’a rien à voir. Les filles ne se parlent pas. Il y a beaucoup de jalousie, de compétition entre les femmes. Chez les hommes cela existe aussi, mais il y a une vraie camaraderie, ils se chambrent continuellement, se tirent la bourre et plaisantent aisément à ce sujet. D’ailleurs on peut vérifier cet état d’esprit à l’issue de leur duel. Les garçons se congratulent souvent très chaleureusement.

Chez les filles, elles se font la bise.

Ce sont très souvent des bises diplomatiques, des bises forcées. Dans le players lounge féminin, il n’y pas beaucoup de causeries entre les championnes.

Avec ces retournements de situation que tu nous décris mais aussi la valse des numéros 1, le circuit féminin est un peu discrédire ?

Ah bon, moi je pense au contraire que c’est ce qui fait son charme. Ce n’est pas toujours les mêmes, c’est rafraîchissant.

La polémique sur Federer et l’idée d’un coach, tu en penses quoi ?

Je pense que c’est une polémique stérile et que l’on devrait cesser de l’embêter avec ça pour profiter de son talent tout simplement. D’ailleurs qui suis-je par rapport à cet immense champion pour savoir si oui ou non Federer a besoin d’un coach ! En plus aujourd’hui, il faut pas oublier qu’il y un certain Nadal en face. Le propre d’un champion c’est de se remettre en question et de repartir, c’est pour cela que c’est intéressant. Ce que pensent Pierre, Paul ou Jacques cela n’est pas important ! Moi je pense Roger va y arriver mais qu’il ne dominera plus le tennis mondial comme c’était le cas par le passé.

Aujourd’hui tu es le coach de Paul-Henri Mathieu, un joueur qui n’a pas été épargné par l’émotion depuis le début de sa carrière. On a même le sentiment qu’il a été un peu délaissé..

Le champion c’est celui qui a envie d’aller plus haut et ce même s’il y a des obstacles. Amélie a toujours été comme ça, elle a toujours cherché, c’est une chercheuse. Elle s’est toujours donnée des objectifs précis, elle s’est entourée pour y parvenir, elle s’est donnée les moyens de son ambition. Mon challenge avec PHM c’est de parvenir à relancer la machine.

A la même époque, on avait consacré une double page dans GrandChelem à PHM, on en faisait un outsider pour Roland Garros, il était même dans le top 15 mondial…

Oui, et j’ai envie de dire qu’il était près et loin du très haut niveau. Pour aller chercher les plus forts, il faut un supplément d’âme, de folie qui fait que l’on passe la barre. Il faut aussi pouvoir accumuler de la confiance, et la confiance sur le circuit c’est avant tout le fait d’engranger des succès.

PHM a quelques belles perfs quand même ?

Oui, mais il n’a jamais pu enchaîner une série. C’est là toute la différence. Il manque une vraie confiance à Paulo. Elle sera provoquée par une série de victoires, aujourd’hui il y a trop de haut et de bas…

Y-a-t-il des similitudes entre Amélie et Paulo ?

Il y a des joueurs qui sont plus dans l’émotion, plus sensible. Je pense que PHM est un peu comme Amélie. Très fort, quand il a confiance, très fragile quand il est dans une période difficile. Amélie c’est 25 titres qui lui ont amené à prendre confiance, pour PHM ce n’est pas le cas. Il a fait une finale la saison passée, deux titres en 2007. Depuis il n’est jamais resté longtemps au sommet.

Votre challenge est donc d’y parvenir !

Bien sûr, mon rôle est de l’aider, de trouver, de chercher. Pour cela, je m’appuie sur mon expérience mais je me rends compte qu’elle n’est pas toujours suffisante.

Il semble que la dimension mentale joue un rôle très important chez PHM ?

C’est indéniable, un entraîneur c’est aussi par moments un psychothérapeute, il faut sonder son joueur, qu’il se sente le mieux possible. Aujourd’hui j’apprends encore à découvrir la personnalité de Paul-Henri.

C’est difficile de faire ce travail quand son joueur a du mal à vous regarder dans les yeux…

C’est exact, et c’est que ce que je lui ai dit, cela arrive notamment quand il perd.

C’est-à-dire…

Je me rappelle une défaite en Australie où je lui ai dit : « Tu vois, tu ne me regardes pas. On dirait que tu as peur de te faire engueuler. Tu n’es plus un petit garçon ». Je le sentais tellement prisonnier de sa déception. Dans ces moments là, il faut réagir en homme, chercher ce qui a cloché et repartir. Le tennis c’est un sport magique, c’est une vie formidable. Souvent aux adultes, on demande de se remettre en question sur toute une vie. Les joueurs de tennis ont leur demande de faire ce travail sur dix ans. De passer de l’état de gamin à pseudo champion puis champion, star et en même temps d’acquérir le statut d’homme, c’est très difficile.

Est-ce que PHM fait le travail ?

Pas assez, il n’est pas prêt à aller vers d’autres horizons. Il est encore trop attaché à ce qu’il a fait par le passé en étant persuadé qu’avec cela ça va marcher. D’un côté c’est bien car le champion doit avoir un ego mais je pense qu’il gagnerait aussi à s’ouvrir, à aller plus loin dans sa recherche, dans les discussions. En clair, de ne pas avoir peur d’avoir peur en fait !

Est-ce qu’il n’est pas trop tard ?

C’est à lui qu’il faut demander ça. Je ne le connais pas depuis très longtemps mais c’est vrai que c’est difficile car la concurrence est très forte, il ne faut pas se mentir. Si le but c’est de rester tranquille et de gagner quelques matches, faut le dire, faut surtout pas se mentir pour tutoyer les sommets. Il faut être capable d’aller vraiment au bout de soi-même.

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