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Malaval : « Santoro voyait plus tôt »

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Deuxième entre­tien de notre dossier sur l’oeil. Professeur au Tennis Club des Pyramides, Olivier Malaval a créé une méthode d’apprentissage du tennis basée sur la régu­la­tion du système nerveux, « Tennis et bien‐être ». L’œil et l’attention sont au centre de ses recherches. Il nous explique sa manière d’envisager cet organe bien particulier…

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D’ou vient ton intérêt pour l’œil dans le tennis ?

J’ai assisté, un jour, à une confé­rence sur la rela­tion entre l’œil et la main. Ca a boule­versé mon approche de l’en­sei­gne­ment. Et puis, j’ai toujours trouvé plutôt étrange que des joueurs comme Fabrice Santoro ou Monica Seles, qui avaient une tech­nique de coup droit et revers à deux mains plutôt parti­cu­lière, puissent devenir aussi forts sur le circuit. Même chose pour la tech­nique de John McEnroe, telle­ment inimi­table. Ca m’a incité à étudier le rapport œil‐main et œil‐jambe. Je me suis dit que leurs approches étaient basées sur d’autres critères, alors qu’on enseigne trop souvent le tennis d’un point de vue technique.

Notamment l’idée de prendre la balle tôt ?

J’ai su que Fabrice avait toujours des statis­tiques plus élevées que les autres joueurs. Clairement, il voyait plus tôt. C’est pareil pour Henri Leconte. On m’a expliqué, par exemple, le fameux test qu’il parve­nait à exécuter.

De quoi s’agissait-il ?

En fait, Henri parve­nait à prendre sept balles dans ses deux mains, à les lancer en l’air… et à les rattraper toutes avant qu’elles ne rebon­dissent deux fois. J’ai essayé de le faire, j’ai réussi, avec un peu d’en­traî­ne­ment, à en récu­pérer cinq. Ca implique un calcul, une orga­ni­sa­tion, une vitesse et une atten­tion hors‐normes.

Ca veut dire que nous ne sommes pas tous égaux sur ce plan…

Je pense qu’il y a effec­ti­ve­ment un capital géné­tique. Sans compter que l’acuité de l’œil humain varie égale­ment selon les indi­vidus. Selon moi, tous les joueurs de haut niveau ont une vision perfor­mante. Une vision qui s’af­fine au cours du temps, avec l’ap­pren­tis­sage du haut niveau à travers la lecture des mouve­ments de l’adversaire – ce qui permet d’anticiper –, du place­ment – équi­libre à la frappe –, la qualité du centrage et celle du rythme. 

Il y a un exer­cice que tu mets en place pour améliorer tout ça ?

Selon moi, l’œil n’est pas qu’un organe en rela­tion avec notre cerveau. Il l’est aussi avec notre système nerveux. A mon sens, si on stabi­lise son système nerveux, on voit déjà mieux. Je n’adhère pas du tout à l’idée qu’il faille être tendu pour être effi­cace. J’ai déjà fait l’expérience de ralentir la gestuelle des joueurs débu­tants ou de haut niveau et ils étaient beau­coup plus perfor­mants. J’ai mis au point une méthode, au Club des Pyramides, basée sur le prin­cipe du travail des diffé­rentes visions du tennis et des sensa­tions. Elle permet un appren­tis­sage et une mise en confiance beau­coup plus rapides.

Ils étaient beau­coup plus perfor­mants… Mais en quoi ?

Ils étaient plus centrés sur leurs sensa­tions et, aussi, plus atten­tifs à la qualité de frappe. Donc, plus précis. La confiance est basée sur les sensa­tions, sur les visions. D’ailleurs, vous entendez beau­coup de joueurs profes­sion­nels dire après leurs matchs : « Aujourd’hui, je ne sentais pas mon coup droit » ou « je ne sentais pas mes coups ».

Quel rôle jouait l’œil ?

L’œil, c’est le point de départ, ce qui permet de prendre des infor­ma­tions. Comment la balle va arriver, à quelle vitesse, dans quelle zone… Une fois que tout ça est calculé, il s’agit de la centrer le plus conve­na­ble­ment possible pour avoir le meilleur toucher de balle et le maximum.

C’est là que l’œil a le pouvoir de zoomer ?

Oui, c’est ce qu’on appelle l’accommodation de l’œil (NDLR : l’accommodation est la capa­cité de l’œil à s’adapter à diffé­rentes distances, afin d’ob­tenir la meilleure vision possible). Et c’est véri­fiable, notam­ment, avec des supers ralentis, des vidéos en slow‐motion. Federer constitue un parfait exemple. L’attention est à son maximum. Comme on dit, on ne quitte pas la balle des yeux. Mais ce qu’il y a de plus hallu­ci­nant chez Roger, c’est son isolé de tête au moment de l’im­pact. C’est aussi le cas avec Safin ou Nalbandian. Au golf, on insiste beau­coup là‐dessus pour que l’attention soit totale et, surtout, que le golfeur ne soit pas obnu­bilé par la zone à atteindre. Et le tennis est une tech­nique en mouve­ment, par rapport au golf. Le nombre de fautes provo­quées par ce mouve­ment de tête, attiré par le fait de vouloir regarder la zone de l’autre côté du filet ou l’adversaire, est beau­coup plus impor­tant qu’on ne croit. 

On nous a aussi expliqué que Federer semblait en avance pour sa percep­tion des mouvements…

C’est aussi ce qu’on m’a rapporté du circuit pro. En fait, le test était plutôt simple. Des balles avaient été marquées avec des pastilles de couleur. Il fallait pouvoir les détecter le plus rapi­de­ment possible pour les rattraper dans un ordre annoncé par une personne. Federer a été le plus effi­cace, loin devant les autres cham­pions. Je pense qu’il a une sorte de sixième sens, basé sur les proba­bi­lités, les prises d’information visuelles, avec une mise en action rapide de son corps (NDLR : appelé temps de latence), grâce à une physio­logie plus relâ­chée que les autres. 


On sent que l’at­ten­tion est omni­pré­sente dans ton approche…

Pour moi, c’est une évidence. Sans parler forcé­ment de la gestion des émotions, le tennis est un sport de nerfs et de cerveaux. Savoir réguler son système nerveux, c’est se permettre de mieux voir et de mieux jouer. Je prends le pari des sensa­tions, du ressenti. Pour parvenir à cet état, il faut utiliser tous ses sens et celui, primor­dial, de la vue. La méthode que j’ai mise au point amène les personnes de tous les niveaux à un relâ­che­ment muscu­laire, ce qui provoque une plus grande vitesse de balle. Vous avez dans votre corps un méca­nisme d’autorégulation du système nerveux qui a été décou­vert récem­ment en neuroscience.

Ton approche est, pour le coup, assez originale ?

Je ne sais pas si c’est le bon mot ! (Rires) Ce que j’ob­serve, c’est qu’on peut très vite obtenir des résul­tats impres­sion­nants en corri­geant simple­ment le rythme et en amélio­rant la prise d’in­for­ma­tion – sans négliger, bien sûr, la partie tech­nique et bio‐mécanique. Pour revenir à cette idée de zoom au moment de l’im­pact – impact que l’œil ne peut pas voir pas voir, vu que le cerveau ne peut pas traiter plus de 30 images par seconde –, j’ai un petit exer­cice tout simple s’améliorer. Je propose de tenir une balle bras tendu et de la rappro­cher douce­ment, comme pour la réédu­ca­tion. C’est ce que les neuro­logues appellent la percep­tion passive ou active de l’œil. Quand vous regardez globa­le­ment votre adver­saire de l’autre côté du filet, vous êtes en percep­tion passive de l’œil. Quand vous commencez à fixer la balle qui se déplace dans l’espace, vous passez en percep­tion active de l’œil. C’est ce mouve­ment qu’on produit quand on veut zoomer sur la balle au moment de la frappe. Vous verrez, au bout d’une minute, on est extrê­me­ment fatigué, car ça demande une vraie concen­tra­tion visuelle et nerveuse. Vous pouvez auto­ré­guler votre système nerveux avec cet exer­cice et perfec­tionner votre accom­mo­da­tion visuelle. C’est pour ça que je consi­dère les cham­pions de tennis comme des personnes à part. Ils sont le résultat d’une alchimie complexe et, quelques fois, je me dis que le tennis est défi­ni­ti­ve­ment un sport de barjots…