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Patrick Simon : « Les 9–10 ans français aiment désormais Nadal parce qu’il se bagarre »

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Responsable du pro­gramme Avenir National qui s’oc­cupe de détec­ter les meilleurs fran­çais de moins de 10 ans, Patrick Simon a lan­cé un petit son­dage l’es­pace d’un week‐end sur les meilleurs joueurs de la caté­go­rie : t’es Nadal ou Federer ? Réponses sur l’im­pact télé­vi­suel de l’Espagnol et du Suisse sur nos petites têtes blondes. 
Patrick, quel est ton his­to­rique à la Fédération ? 
J’ai d’a­bord été nom­mé conseiller tech­nique de la Ligue de Picardie et en octobre 1995, je suis ren­tré au giron natio­nal pour m’oc­cu­per d’un groupe de joueuses dont Amélie Mauresmo. On est allé avec Amélie jus­qu’à son titre de cham­pionne du monde junior, on a fait 6 mois de plus et on s’est sépa­ré. Puis j’ai inté­gré la Ligue de Guadeloupe. Enfin aujourd’­hui je m’oc­cupe du pro­gramme Avenir National sur la caté­go­rie des 7–9 ans. 

Alors ces enfants ont entre 7 et 9 ans, qu’est‐ce que tu regardes en pre­mier chez eux ? 
C’est une grande ques­tion qu’on se pose toute la jour­née. Moi, la pre­mière chose c’est la déter­mi­na­tion sur un ter­rain. Je suis encore plus pré­cis chez les filles car elles sont cen­sées avoir une matu­ri­té plus pré­coce. Chez les gar­çons, je vais être sen­sible à une qua­li­té de bras, de taille ou à un oeil. 

C’est quoi le com­por­te­ment cen­tral à cet âge‐là ? 
D’abord la base c’est qu’un enfant n’aime pas perdre. Mais moi quand je vois des enfants sur un regrou­pe­ment natio­nal de 32 gamins jouer pour une 28ème place et s’ac­cro­cher comme des fous alors qu’ils viennent de jouer 7 matches, je suis très sen­sible à cela. 

En don­nant la parole aux entrai­neurs des caté­go­ries supé­rieures, on a com­pris que le tra­vail de la fédé­ra­tion était por­té sur le psy­cho­lo­gique. Qu’est‐ce que ça signi­fie chez les plus petits ? 
Ecoute, je trouve qu’on est sur le bon che­min. On sort plein de gamins qui ont des pro­jets très clairs avec les parents der­rière. Mais je crois qu’on peut encore élar­gir la base du ten­nis fran­çais en don­nant une chance à des gamins qui ne seraient pas cen­sés venir à ce jeu. Je prends l’exemple de la Guadeloupe où on va sor­tir 3 joueurs dont les parents n’é­taient pas licen­ciés, ne jouaient pas au ten­nis, mais la Ligue a pris en charge les enfants en leur don­nant une chance. 

Alors le tra­vail de détec­tion tourne autour d’une évo­lu­tion majeure qui est le mini‐tennis, est‐ce qu’on peut faire un petit historique ? 
Oui, ça a été mon­té par Jean‐Claude Marchon qui a lan­cé ça avec suc­cès et dans sa fou­lée, on a fait évo­luer le mini‐tennis en le concen­trant plus sur le jeu que sur la coor­di­na­tion. Parce que le mini‐tennis pou­vait prendre des allures de stade d’ath­lé­tisme ouvert à plein d’ac­ti­vi­té diverses et variées

Du plein air quoi…
Oui, c’est ça, du plein air. Nous vou­lons que les enfants se recentrent sur le jeu, tapent beau­coup dans la balle. Richard Gasquet, quand il avait 6 ans, tapait déjà dans la balle avec son père. 

Parlons de ça, est‐ce qu’une car­rière peut mar­cher sans l’am­bi­tion des parents ? 
Bien sûr, c’est d’a­bord un pro­blème d’é­du­ca­tion spor­tive et d’e­du­ca­tion avec un grand E. (Silence) Je ne sais pas si tu vois ce que ça veut dire. (Silence) Je vais prendre l’exemple des parents d’Amélie Mauresmo. Elle vou­lait faire de la com­pé­ti­tion, c’é­tait clair pour sa famille, eh bien les parents n’ont jamais eu d’ex­ces­si­vi­té ni quand elle gagnait ni quand elle per­dait. C’était contrô­lé. Quand il y a ça, on peut avancer. 

Parlons d’Amélie dont tu t’es occu­pé, c’est quoi la clef de sa car­rière, la clef que tu essayes de trans­mettre aux enfants ? 
Ça tombe bien qu’on parle de ça parce que les gens ont ten­dance à être amné­sique. Amélie c’est très simple, elle avait des petites qua­li­tés de coor­di­na­tion, elle n’ai­mait pas perdre mais elle est sur­tout res­tée dans son che­min avec sa famille. Elle a gar­dé sa voie. Elle n’est pas par­tie à droite à gauche. Tu sais, après s’être qua­li­fiée pour les juniors de Roland, elle a per­du neuf fois au pre­mier tour. 

(Surpris)
Oui, neuf pre­miers tours. Trois en Angleterre, cinq aux Etats‐Unis et un au Canada, et elle a quand même main­te­nu son cap. Aujourd’hui, il n’y aurait pas un entrai­neur qui résis­te­rait à ça. L’histoire de Justine Henin, c’est aus­si ça, les moments durs avec Carlos Rodriguez. Moi, je peux dire qu’a­vec Amélie, il n’y a pas eu que des bons moments mais elle res­tait dans son cap. Ceux qui res­tent dans leur cap ont une chance de réussir. . 

Si tu regardes le tra­vail d’une autre famille, la famille Williams, que retiens‐tu ? 
Justement je retiens qu’il n’y a pas qu’une seule voie. Mais par contre il faut choi­sir une voie et s’y tenir. C’est le cas du père Williams, c’est le cas du père Bartoli. Ces gens‐là, bra­vo, super. Nous, on a la même chose avec Tsonga, Mahut. Ils ont gar­dé un cap. Ils ne se sont pas amu­sés à dire « Cet entrai­neur de club ne me va plus, je change ».

Nadal fait la même chose…
Oui, même exemple, regarde son envi­ron­ne­ment, c’est du haut niveau et c’est excep­tion­nel. Maintenant il y a aus­si le talent pour gar­der son cap. Mais puis­qu’on parle de Nadal et comme je savais que c’é­tait le dos­sier de GrandChelem, j’ai fait un petit son­dage auprès des meilleurs fran­çais de 9–10 ans qui se ren­con­traient ce week‐end. Etes‐vous Federer ou Nadal ? Eh bien main­te­nant, ils sont Nadal. Pourquoi ? Parce qu’il se bagarre. Alors est‐ce que c’est cette géné­ra­tion qui est comme ça ou est‐ce que Nadal véhi­cule des valeurs de bagarre ? Ce qui est par contre mar­rant, c’est que tous les gamins qui res­tent Federer sont ceux qui ont un revers à une main. Sur les deux finales, j’a­vais trois revers à une main. Tu vois quand on parle de mini‐tennis et de maté­riel adap­té, ça remet au gout du jour le revers à une main et l’in­fluence de Federer. Pour le reste, je n’en­ten­dais pen­dant ce week‐end que des « Allez, allez » sur tous les courts. Ils nous ont même saou­lé à se remon­ter comme ça en per­ma­nence. J’avais un gamin qui répé­tait « Allez, mon coco, c’est pas fini, tu peux reve­nir ». (Rires)

Alors par­lons de l’a­ve­nir du jeu : est‐ce que c’est le grand retour du revers à une main et du jeu qui va avec ? 
Revers à un main ou à deux, c’est un faux pro­cès. Moi je réflé­chis en terme de laté­ra­li­té. Il y a des enfants dont la laté­ra­li­té main gauche les amène à se sen­tir plus à l’aise à deux mains. D’autres ont une laté­ra­li­té main droite et ils seront avec un revers à une main. Le pro­blème avant, c’est que les raquettes étaient trop lourdes et que tout le monde par­tait en revers à deux mains. Et per­sonne dans les pôles France n’o­saient aller contre ce choix, donc les gamins se retrou­vaient tous avec un revers à deux mains à 18 ans. Maintenant que le maté­riel est adap­té, je demande à mes col­lègues des Pôles de déve­lop­per les deux techniques.

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