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Richard Gasquet : « Je veux pouvoir me dire, à la fin de ma carrière : voilà, j’ai tout donné » (1/2)

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La dernière appa­ri­tion de Richard Gasquet en compé­ti­tion, c’était à Miami, en mars.

Nous avons rencontré Richard Gasquet il y a quelques semaines pour un entretien fleuve. En plein cœur de la saison sur terre battue, le Biterrois s’est confié sans langue de bois sur des sujets variés, de son rapport à l’ocre, à son revers, en passant par le tennis féminin, la Coupe Davis ou la domination du Big Four. Toujours incertain pour Roland Garros, Gasquet se dévoile tous azimuts.

On est en pleine saison sur terre battue ; malgré ta bles­sure cette année, on a quand même l’im­pres­sion que c’est ta surface préférée, non ?
Je ne sais pas si c’est ma surface préférée… Parce que l’an passé à l’US Open j’ai fait demie, et c’était évidem­ment sur dur. Après, c’est clair que j’aime bien parce que j’ai un jeu lifté, où je joue avec des trajec­toires assez bombées. Donc il est vrai que la terre battue m’aide par rapport à ça. C’est sûr qu’avec mon revers lifté, qui a une trajec­toire assez haute avec du rebond, la surface peut m’aider. Ce n’est pas comme l’indoor où tu fais des services, et en deux coups de raquette ça peut être fini. Sur terre, il faut préparer le point. C’est une surface qui me va bien.

Quels sont les pires adver­saire sur terre battue, en‐dehors de Nadal ?
En‐dehors de Nadal ? C’est Djokovic. Tu te dis « quel joueur peut battre Nadal aujourd’hui sur terre », et le premier qui te vient à l’esprit c’est Djokovic. Donc ça reste quand même lui derrière. Ensuite, tous les Espagnols sont durs à prendre. Quand tu joues Ferrer, Robredo, Almagro, Verdasco… Tous les Espagnols, tu sais que ça va être un combat et qu’il va falloir être là. Par le passé, on a vu que c’est toujours les Espagnols qui ont dominé cette surface. 

On imagine le crève‐cœur si tu ne pouvais pas jouer à Roland Garros, devant le public fran­çais, cette saison… C’est quelque chose qui aide, concrè­te­ment, le public ?
Ca aide, clai­re­ment. Les gens te supportent, tu as le public derrière toi. Cela aide beau­coup. C’est vrai­ment très agréable. Depuis 10 ans que je suis sur le circuit, je peux te dire que je trouve beau­coup plus faci­le­ment de la moti­va­tion à jouer devant mon public plutôt qu’à Tokyo ou à Shanghaï !

Un an après le match contre Wawrinka, tu en gardes quel souvenir ?
Je n’ai pas eu de réussite…

C’est encore douloureux ?
J’ai fait le maximum et j’ai perdu. Oui c’est doulou­reux. Une défaite est toujours doulou­reuse. J’ai eu beau­coup de balles de break au cinquième, il a super bien joué… Franchement, je n’ai pas eu de réus­site. C’était un gros match, cela jouait bien. Physiquement, il était solide… Mais j’ai manqué de chance sur cette affaire.

Quels sont tes grands objec­tifs, d’ici la fin de ta carrière ?
La Coupe Davis, déjà, parce qu’on peut la gagner avec l’équipe qu’on a et parce qu’on a de bonnes sensa­tions. On prend du plaisir tous ensemble. C’est l’objectif vrai­ment le plus impor­tant. Ensuite, le but, c’est d’essayer de rejouer des demi‐finales en Grand Chelem, de donner le maximum, tout ce que je peux. Je le donne tous les jours à l’entraînement, tous les jours en match. Je veux pouvoir me dire, à la fin de ma carrière : « Voilà, j’ai tout donné, j’ai donné le meilleur de moi‐même, au maximum de mes possi­bi­lités. » Tout simplement.

Tu parles de la Coupe Davis… C’est l’année ou jamais !
Oui, c’est peut‐être la bonne. Mais c’est peut‐être aussi l’année où il y a le plus d’équipes fortes. Les Tchèques sont toujours là, il y a la Suisse, avec Wawrinka et Federer, les Italiens avec Fognini… On a poten­tiel­le­ment deux rencontres, devant nous, qui vont être très, très, très dures. Mais on a une super équipe et on y croit dur comme fer. C’est l’objectif numéro un de tous les joueurs. Si on me demande de choisir entre une demi‐finale à l’US Open et deux victoires en simple, le week‐end d’après, face aux Tchèques, je choisis direct la Coupe Davis…

Jouer cette demi‐finale en simple, à Roland Garros, j’ima­gine que c’est un truc qui te fait rêver ?
C’est clair ! C’est cela, un truc qui me fait rêver : jouer le simple ou être coéqui­pier en double, n’im­porte. J’étais très déçu de ne pas pouvoir jouer contre l’Allemagne. Cette bles­sure, c’était chiant. Donc j’espère vrai­ment, cette fois, être à 100% de mes moyens, car c’est un match qui va être énorme à jouer.

C’est quoi ta plus grande force, aujourd’hui ?
Je défends… J’ai un bon rev… (Il hésite, se coupe) Non, c’est que je crois plus en moi qu’avant. Je ne lâche pas. Je crois vrai­ment en mes capa­cités. L’an passé, j’ai réussi à battre de très bons joueurs. Ferrer à l’US Open en cinq sets, sur un gros, gros match. Je crois vrai­ment plus en moi que quand j’avais 20 ans et que j’étais déjà septième mondial. Mais croire en soi, c’est quelque chose, reste qu’il ne faut pas se blesser, mais être en bonne forme physique. Là, j’espère que cela va revenir du mieux possible.

Il y a beau­coup de joueurs qui disent de toi que tu as le plus beau revers à une main du circuit. Tu en penses quoi, person­nel­le­ment et sans avoir peur de t’auto-congratuler ?
(Rires) Oh, je ne crois pas avoir un égo surdi­men­sionné, mais, oui, j’es­time avoir le meilleur revers à une main du circuit. Vraiment. Après, il y a Federer qui a un chip complè­te­ment incroyable, meilleur que le mien. C’est là que le revers de Federer est énorme, il arrive à faire des chips, des lifts… Moi, je joue beau­coup en lift, alors que lui parvient à changer le rythme. Mais il y a d’autres joueurs qui ont un très, très beau revers : Wawrinka, Almagro, Haas. Mais bon, moi, j’arrive quand même à trouver des angles, à mettre pas mal de vitesse à plat… Oui, Wawrinka aussi a un super revers. En tout cas, c’est clair je suis plus connu dans le monde entier par rapport à mon revers que pour mes autres coups (sourire) !

Tu le sens toujours bien, ce revers, il n’y a pas un jour où les sensa­tions sont moins bonnes ?
C’est rare. Franchement, c’est rare que je sente mal la balle de ce côté‐là.

Dans quels domaines tu aime­rais encore progresser ?
Essayer d’avancer vers le filet en coup droit. Et puis, de temps en temps, le taper plus à plat. Je voudrais aussi mieux servir, essayer de mieux relancer. Sur seconde balle, la prendre un peu plus tôt. Parce que ce n’est pas facile d’avancer au retour avec un revers à une main. Mais, surtout, essayer de faire plus mal avec le coup droit. C’est un axe de progres­sion fonda­mental. Je ne suis pas dans les meilleurs coups droits du monde, loin de là, donc il faut m’amé­liorer. Et puis le service, égale­ment. Quand tu regardes les 10 premiers mondiaux, à part Ferrer, je suis celui qui sert le moins bien. Tous les mecs servent plus fort que moi.

Tu voudrais gagner quelques kilomètres‐heure, principalement ?
Ouais, quelques‐uns de plus, ce ne serait pas du luxe…

Et pour y arriver, que faut‐il faire ?
Déjà, je ne mesure pas 1m90, tu le vois, je ne suis pas un bison physique (sourire). Et cela me manque un peu de ne pas pouvoir compter sur une bonne première, un ace, de temps en temps…

C’est surtout cela qui peut te permettre de fran­chir le cap supplé­men­taire pour accéder au Top 5 et gagner un Grand Chelem ?
Oui, un meilleur service et un coup droit d’attaque. Même un revers d’attaque un peu plus affirmé, parfois… Parce qu’il m’ar­rive de jouer trop croisé, trop lifté en revers. Non, il n’y a aucun doute, j’ai encore beau­coup de progrès à faire.

DEUXIEME PARTIE DE L’ENTRETIEN, CE SOIR.

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