Accueil Interviews

Sam Sumyk : « Parfois, Vera me surprend »

38

Menée 3–1 dans le premier set par Marion Bartoli, la joueuse de Sam Sumyk a déroulé son meilleur tennis pour sortir la Française, qui s’est dit tota­le­ment « impuis­sante » (6−3, 6–0). Interrogé par notre envoyée spéciale à Melbourne, Krystel Roche, le coach fait le point, à quarante‐huit heures d’une demi‐finale face à Safina…

Sam, voici Vera en demi‐finale d’un Grand Chelem pour la première fois de sa carrière. Elle semble monter en puis­sance au fil des tours, et il n’y a pas grand‐chose à lui repro­cher sur le tennis qu’elle a pu produire aujourd’hui…

Je peux toujours trouver deux trois petits trucs (sourire). Elle démarre le tournoi en étant pas forcé­ment très bien, et cela s’améliore au fur et à mesure, donc on verra jusqu’où cela va la mener. Au début, elle ne jouait pas au même niveau qu’aujourd’hui, c’est certain.

Ta joueuse t’a‑t-elle impres­sionné sur ce quart de finale ?

Impressionné ? Non. Je connais son niveau de jeu. Maintenant, je ne cache pas que parfois, Vera me surprend, oui.


L’agressivité a‑t‐elle été travaillée ? Aujourd’hui, Vera n’a tout simple­ment pas laissé respirer Marion…

En effet, on a bien travaillé là‐dessus, regardé pas mal de vidéos, essayé de décor­ti­quer les choses. Et c’est vrai que je lui ai demandé certaines choses qu’elle n’avait pas l’habitude de faire. Le bon côté de la chose, c’est qu’elle a bien adhéré à tout ça, a été d’accord. Je pense qu’elle s’est rendu compte aussi, par elle‐même, que cela pouvait peut‐être être inté­res­sant de déve­lopper cet aspect là dans son jeu, et d’approfondir les choses à ce niveau. Bien lui en a pris, tout le crédit lui revient. Parce que si elle me dit non, on ne peut pas le faire, c’est impossible.

Il y a quelques temps, Vera était souvent nerveuse sur le court, râlait, craquait nerveu­se­ment, « engueu­lait » son coach, etc… Elle montre aujourd’hui un tout autre visage, paraît beau­coup plus sereine, d’humeur plus constante.

Moi, déjà, elle ne m’engueule pas (sourire). Même si elle donne l’impression de me parler, en fait, je ne me fais pas engueuler. C’est interdit… Bon, parfois, elle râle, elle verse une larme. Mais ça, disons que c’était avant. Maintenant, ça a l’air d’aller. Elle a 24 ans, a mûri, se connaît mieux qu’auparavant, et fait des efforts : c’est un tout. Quand on joue de la façon dont elle a joué aujourd’hui, il n’y a pas de quoi pleurer… Enfin si, de joie !

Aujourd’hui, as‐tu eu l’impression de voir sur le terrain une toute autre Marion que celle que tu avais pu voir évoluer au fur et à mesure des précé­dents tours ? Ou bien est‐ce Vera qui a élevé d’un cran son niveau de jeu ?

Un peu des deux. Je pense que Marion a peut‐être eu un petit coup de pompe, je ne sais pas si c’est physique ou moral, je n’en ai aucune idée. En tout cas, ce que je sais et que j’ai vu, c’est qu’elle a démarré le match de façon incroyable. Donc oui, on était inquiets, on avait raison de s’en préoc­cuper. Et à côté de ça, il y a la soli­dité de Vera. Donc peut‐être qu’il y a une baisse d’un côté, une certaine soli­dité de l’autre. C’est ce qui fait que Vera passe aujourd’hui.


Une sorte de vases communicants ?…

Voilà, exac­te­ment.

Et main­te­nant ?

Notre souci, c’est dans 48 heures : Vera peut très bien faire un beau match, comme passer au travers. On n’a aucune garantie. Les statis­tiques concer­nant les précé­dentes confron­ta­tions ne veulent pas dire grand‐chose : c’est très compliqué, très diffi­cile de battre toujours la même joueuse. Chaque match est une histoire diffé­rente. Honnêtement, je n’accorde pas trop d’attention aux face‐à‐face. A mon avis, quand on lance la pièce à pile ou face, on a autant de chances que l’adversaire. C’est du kif‐kif. C’est comme ça que je vois les choses.

Après avoir réin­tégré le Top 10, atteint la finale du Masters à Doha et, cette fois, la demi‐finale de l’Open d’Australie (sa première en Grand Chelem), on peut vrai­ment dire que Vera est en très grande forme. D’un point de vue pure­ment tennis­tique, sur quoi avez‐vous bossé parti­cu­liè­re­ment dernièrement ?
On travaille, car il y a toujours des petites choses à améliorer. Parfois d’un point de vue tech­nique, parfois sur de petits détails qui sont ailleurs. Cela fait trois ans que je travaille avec elle : on a bien évidem­ment travaillé tech­ni­que­ment. Mais cela varie : il y a des tour­nois où on ne touche à rien. Et d’autres fois, il faut s’adapter. Maintenant, le talent, le niveau, on sait qu’elle l’a, puisqu’il y a quelques années, elle était déjà dans le top 10. Le jeu est là, la tête aussi. Il n’y a pas de soucis.


Tu le disais, cela fait trois ans que vous travaillez ensemble. Où Vera a‑t‐elle le plus évolué depuis le début de votre collaboration ?

Je pense que son jeu a évolué, bien sûr, mais je pense que son plus gros a été sur la connais­sance d’elle-même. Elle se connaît bien, arrive bien à se gérer, à trouver les solu­tions à ses soucis, à ses petits démons. Ce type de choses.

Vous parlez beaucoup ?

Elle a son petit côté secret, mais elle partage aussi parfois, c’est sûr.


Quels sont les objec­tifs pour la suite ?

Je pense que l’on ne va pas changer notre façon de fonc­tionner. Depuis que je travaille avec elle, on a un objectif bien précis : être en bonne santé. Vera a eu son lot de mésa­ven­tures, et l’idée prin­ci­pale, aujourd’hui, est vrai­ment de passer l’année en bonne santé. Si l’on y arrive, on aura atteint notre objectif. Alors on a des objec­tifs de travail, bien sûr : on essaye de s’améliorer dans plein de domaines, sur plein de petits détails etc. Mais en termes de résul­tats et de clas­se­ment, on ne s’en fixe jamais.

La saison 2008 s’est achevée de belle manière. Vous démarrez 2009 sur les chapeaux de roue : cela laisse présager de jolies choses pour la suite ?

Ça veut dire qu’ici, pour l’instant, tout se passe bien. Il reste dix mois à faire, et je ne sais abso­lu­ment pas comment ça va se passer. Il y aura des moments diffi­ciles, c’est certain. Mais pour l’instant, ça va ! (sourire)


Vera entame main­te­nant la dernière ligne droite du tournoi. Elle se rapproche donc poten­tiel­le­ment de plus en plus du titre, et il ne reste, dans l’idéal, que deux rencontres à jouer… Paradoxalement, n’est-ce pas le plus dur qui l’attend ?

C’est sûr, ce ne sera pas simple. Depuis un moment, chaque joueuse pense qu’elle a une chance gagner le tournoi. Il n’y a pas une favo­rite qui sort du lot. Donc ça va être assez compliqué. Maintenant, est‐ce que le prochain tour est plus dur que le premier tour ? Je ne sais pas. Si toutes les joueuses encore en course sont à ce stade‐là de la compé­ti­tion, c’est qu’elles jouent pas mal depuis huit ou dix jours. Le niveau de l’adversaire, nous n’avons pas à nous en soucier. Je pense simple­ment que les données sont diffé­rentes. Les problèmes ne sont pas les mêmes main­te­nant qu’au premier tour. A chaque fois, ce n’est pas facile, et à chaque fois, les données, et les problèmes, sont différents. 

Physiquement, comment va Vera ?

Pour l’instant, écoute… la « bretonne atti­tude » quoi ! Pas un pet’, pas de souci, nulle part… Donc on touche du bois, on brûle un cierge, je ne sais pas ce qu’on dit, mais pourvu que ça dure ! (sourire)

As‐tu, comme Marion Bartoli, l’impression que cet Open d’Australie est un peu un tournoi à deux vitesses, avec d’un côté des joueuses « préser­vées », program­mées en night session, au frais, et d’autres mises « sur le grill » en plein après‐midi ?

Je pense qu’il n’y a pas forcé­ment du faux dans ce que dit Marion. C’est inté­res­sant et elle a sûre­ment raison. Le problème, c’est que nous n’avons pas les moyens de changer quoi que ce soit, on est obligés de s’adapter. Grosso modo, s’il y a un petit avan­tage pour certaines, déjà, ce sont des non‐dits. Et l’on ne fait pas partie de ce groupe pas. D’un autre côté, Dinara Safina, la prochaine adver­saire de Vera, joue en night‐session et par consé­quent aura quelques heures de moins pour récu­pérer… En clair, on ne va pas trop se tracasser pour les autres, mais plutôt prendre soin de nous‐mêmes.


Pour terminer, peux‐tu nous dire quelques mots sur Dinara Safina, vain­queur ce soir de Jelena Dokic (6−4 ; 4–6 ; 6–4) et prochaine adver­saire de Vera ?

Ce sera très dur, de toute façon. Dinara Safina est vrai­ment solide depuis plus d’un an, donc nous ne sommes pas surpris de la voir à ce stade de la compétition…

A propos de l’auteur

Thomas Cisonni

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.