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Sergi Bruguera : « Quand Gasquet passe deux tours, il fait la une de l’Equipe »

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 Sergi Bruguera est un expert du circuit, et l’un des ténors du sénior tour. Il revient sur l’année 2007 et donne quelques clés (enfin presque) pour comprendre le jeu de Nadal, et les pistes possibles pour gêner son compatriote.

Quels sont les moments les plus importants de l’année ?

Je crois qu’il y a d’abord le troisième titre de Nadal à Roland Garros, après la finale contre Federer à Wimbledon et un nouveau joueur qui peut les battre, c’est Djokovic.

Sur la 3ème victoire de Nadal, qui’est-ce qui a changé entre la finale de 2006 et celle de 2007 ?

Je crois que Federer a mieux joué mais qu’il se trompe dans le sens tactique contre Rafa.

Qu’est-ce qu’il faudrait qu’il fasse ?

Ca, je ne peux pas te le dire. (Rires) Pour que je te le dise, il faudrait que tu me payes (Rires)

Mais en quoi il se trompe ?

Il me semble que je viens de te répondre. (Sourires)

Un mois plus tard, ils se rencontrent à nouveau à Wimbledon, est-ce que tu as été surpris par la résistance de Nadal ?

Non, j’ai été surpris par la réduction de la différence entre la surface à Roland-Garros et la surface à Wimbledon.

Tu veux dire qu’aujourd’hui tu pourrais gagner Wimbledon.

(Rires) Non mais la différence, c’est qu’avant quand tu jouais un match sur terre, sur gazon et sur ciment, c’était trois matches différents même face au même joueur. Mais là c’est presque pareil. Personne ne monte à la volée.

Mais pourquoi ?

Parce que les balles sont très lourdes, parce que les gens qui décident le tennis, ce ne sont pas les joueurs. Les gens qui décident, ils ne connaissent pas très bien le tennis. Ils font des balles plus lourdes et ça fait donc des balles plus lentes. Mais ça réduit le talent et la chose la plus importante à ce moment-là, ça devient la force.

Mais qui prend les décisions ?

Je ne sais pas mais en tout cas pas les joueurs. Moi quand j’étais sur le circuit, on ne m’a jamais rien demandé. Par contre d’avoir ralenti les courts c’est bien parce qu’il y a beaucoup de court indoor ou de courts en gazon qui étaient injouables, surtout quand tu jouais Sampras, Ivanisevic ou Becker.

Donc c’était pas bien ?

Non, c’était pas bien. Mais grossir les balles pour ralentir encore, là c’est trop.

Il y a trois volées en finale de Roland, trois en finale de Wimnledon, trois en finale de l’Us Open ?

Oui, je crois que c’est beaucoup trop difficile de déborder les gens avec les balles actuelles. Et comme les gens n’osent pas aller au filet, tu n’utilises plus la volée donc tu n’es pas en confiance et il y a de moins en moins de gens qui font service volée, ça c’est clair.

Troisième chose, tu regardes Djokovic jouer, à quel détail tu comprends pourquoi il est devenu numéro 3 mondial et pourquoi Gasquet va certainement mettre plus de temps ?

Le plus important aujourd’hui c’est d’avoir un bon mental. Tout le monde a du bon tennis, mais si tu ne rentres sur le court qu’avec ça, tu vas vite rentrer à la maison. Si tu n’essayes pas de te battre, de remettre un coup droit de plus dans le court, de lutter, si tu ne sais pas souffrir, tu ne peux pas y arriver. Il y a des gens qui ne savent pas souffrir. L’espace d’un match, d’un tournoi peut-être mais toute l’année, non. Si tu as un bon mental, tu vas très haut même avec un tennis qui n’est pas aussi fort.

Est-ce que c’est lié au fait que l’Espagne est un pays jeune qui a beaucoup à montrer, arrive dans l’Europe, qui a faim ? Est-ce que c’est une question de société ?

C’est difficile d’aller jusqu’à parler d’un problème de société. Ce que je sais, c’est qu’en Espagne, si tu arrives jusqu’en quart ou demi-finales, la presse ne te donnera pas beaucoup de notoriété. Alors que le Français qui fait deux tours à Roland-Garros, il est en première page de l’Equipe. En Espagne, tu fais deux tours, personne n’entendra parler de toi. Gasquet n’a encore rien fait d’important à Paris, mais il y a un moment où on va tout le temps parler de lui.

Dans le GrandChelem numéro 5, on a fait un petit hommage à Aranxta Sanchez, est-ce que c’est la mère du tennis espagnol ?

Ah non, Aranxta, c’est certainement pas ma mère ! (Sourire narquois)

Mais quelle est son importance dans l’histoire du tennis espagnol ?

C’est la meilleure joueuse de toute l’histoire espagnole et…voilà.

Mais elle n’a pas d’héritière aujourd’hui, comment ça se fait ?

Parce que je trouve que le tennis féminin a fait un changement radical sur le plan physique. Toutes les filles font 1,80 et frappent très fort. Et en Espagne, les filles ne sont pas si fortes, elles sont techniques et résistantes mais pas assez costaud physiquement pour lutter.

Tu regardes le tennis féminin ?

Non pas trop.

C’est parce que tu ne trouves pas ça intéressant ?

Non ça dépend de la joueuse, mais je ne suis pas non plus beaucoup le tennis masculin.

Pourquoi, parce que ce n’est pas non plus très intéressant ?

Non, mais parce que toute ma vie j’ai joué au tennis et j’ai regardé des matches de tennis, et maintenant je préfère regarder le foot (Rires)

Où est-ce que Nadal a encore progressé cette année ?

Il domine plus les matches. Avant il défendait beaucoup, là il a développé un jeu d’attaque.

Qu’est-ce qu’il reste encore à travailler ?

Peut-être le service. Mais pour être comme Ljubicic ou Roddick il faut être très haut avec l’extension des jambes.

Est-ce que tu as peur pour son physique ?

Moi je vois que Muster a joué jusqu’à 32 ans avec la même intensité. Il s’est cassé une jambe, il est revenu.

On a interviewé Thomas toute à l’heure, il nous a dit « Oui, moi ça s’est bien passé mais Jim Courier ça s’est passé plus difficilement ».

Attends, Courier, c’est pas un problème physique.

C’est ce que nous a dit Thomas

Non, je crois que c’était un problème mental. Avant de se retirer, il a dit que mentalement il n’y était plus. Il a essayé de changer son jeu, d’attaquer plus, de monter au filet mais il n’est jamais devenu un grand joueur de volée. Il voulait rester numéro 1 mais quand il est redescendu numéro 3, ça ne l’intéressait plus. Non, ça n’est pas physique.

Quel est le Sergi Burguera du tennis actuel ?

Non, il y a beaucoup de différence avec mon époque. Il y avait une part tactique plus importante, des styles de jeu très différents.

C’est triste ?

Non, parce qu’il y a deux joueurs comme Nadal et Federer, mais c’est vrai qu’ils jouent 90 % des finales et qu’ils sont très au-dessus des autres.

Tu as parlé d’un jeu de plus en plus mental

Non de moins en moins mental.

 ? ? ?

C’est un jeu mental mais il y en a très peu justement qui ont le mental aujourd’hui. Tout le monde joue très bien au tennis, mais il manque de mental.

Mais comment ça se fait ?

C’est que tout le monde joue bien, frappe très fort et ça suffit pour être dans le top 10. Mais après en terme d’ambition, très peu de joueurs pensent qu’ils peuvent battre Federer ou Nadal.

Mais qu’est-ce qui bloque la progression d’un joueur ? La peur ?

Non, ce qui bloque la progression d’une joueur, c’est quand tu ne veux pas travailler plus. Si tu continues à travailler, tu es sûr que la progression va arriver : à 100 %.

Mais nous, spectateurs, on peut suivre comme ça la carrière d’un joueur en se disant que s’il progresse c’est qu’il travaille, et s’il ne progresse pas c’est qu’il ne travaille pas. Il y a aussi des gens qui travaillent dans le mauvais sens.

Oui, mais même dans le mauvais sens, tu vas t’améliorer. La différence c’est que si tu travailles dans le bon sens, tu vas beaucoup t’améliorer. Par exemple, j’ai vu travailler Davydenko. Il travaille comme un malade mais c’est seulement coup droit, coup droit, coup droit. 3h30 de coups droits, moi je ne trouve pas que ce soit un bon entraînement. Il pourrait travailler le service, la volée, mais non c’est le coup droit. N’empêche que grâce à ça, il est 4ème mondial. Parce qu’il travaille beaucoup plus que les autres.

D’accord

Et peut-être que s’il travaillait d’une autre manière, il pourrait battre Federer ou Nadal.

C’est le 4ème homme aujourd’hui ?

Ah oui c’est lui. Quand tu vois ce qu’il fait contre Federer à Roland Garros. Le problème c’est qu’il a mouillé

Ah tu connais l’expression « mouillé » !

Oui, c’est pas la bonne expression ? (Rires)

Ah si (Rires)

Moi je pense que s’il reste tranquille, il gagne le match en trois sets. Même dans le 3ème à 5-3, il a de la place pour renverser la partie.

Mais c’est là où le tennis c’est formidable, parce que même 4ème mondial, le gars il mouille

Ah mais même Roger et Rafa, ils mouillent ! Ils arrivent juste à contrôler leurs nerfs mais t’inquiète pas, ils mouillent aussi. Numéro 1 mondial sur le circuit du Senior Tour, Sergi Bruguera est revenu lors du dernier Trophée Lagardère sur les grands moments de la saison 2007. Pendant une demi-heure, le Barcelonais, de fort bonne humeur, en a profité pour mettre un petit coup de louche à tout le monde : une cuillérée pour Federer, des tapas pour Gasquet, un coup de corne pour Aranxta-Sanchez et la paella royale pour Davydenko. Tout ça dans un français impeccable. Décidément ils sont trop forts, ces Espagnols !

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