AccueilInterviewsSumyk et "l'oeil du cyclope" !

Sumyk et « l’oeil du cyclope » !

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Sam Sumyk, le coach de Victoria Azarenka, qui est aussi l’am­bas­sa­deur de nos Tennis Box, est revenu sur la problématique de l’Å“il avec son franc‐parler, son exper­tise et sa gouaille habi­tuelle. Un doux plaisir pour clore notre dossier, à lire sans modération. Et avec humour !

Au tennis, ça veut dire quoi « avoir un bon Å“il Â » ?

Je suppose qu’il vaut mieux avoir 10 sur 10… 1 sur 10, tu ne joues pas au tennis ! (Rires) Pour moi, c’est un organe. A moins qu’on considère qu’avoir un mauvais Å“il porte… la poisse. Y voit‐on plus clair ? Pas sûr. Que peut faire l’Å“il seul sans cannes pour courir ou sans vitesse de bras ? Il est, pour moi, complément des autres organes permet­tant de lancer la balle.

Tu fais des exer­cices spécifiques sur l’œil dans tes entraînements ?

Ouais, souvent, par le biais des kleenex quand ça perd… et par des gouttes ophtal­mo­lo­giques quand c’est nécessaire ! (Rires) Non, je plai­sante, bien sûr, en la faisant pleurer de rire. En fait, je travaille l’Å“il surtout quand je suis en vacances. L’Å“il n’est rien sans ses compléments : Å“il-lecture, Å“il-analyse, vitesse de réflexion, neuro­nes… En fait, c’est le cerveau, le moteur. Il implique la rapidité des trans­mis­sions, si je puis dire. Et c’est l’as­so­cia­tion de tous ces éléments qui font le champion…

Brice Guyart nous a parlé d’un troisième Å“il à l’escrime : celui d’une prévisualisation de la zone visée a priori et instinc­tive, avant de frapper, avant de regarder spécifiquement… Ca marche aussi pour le tennis ?

Oulah ! Le tennis n’est pas métaphysique… Une prévisualisation de la zone visée ? A‑t‐on le temps de réfléchir à tous ces éléments au cours d’un match ? Je ne le pense pas. En fait, je crois qu’il y a de la mécanique : mécanique gestuelle, ritualisée, mécanique de raison­ne­ment, aussi. Certes, certains joueurs harmo­nisent tout ça plus rapi­de­ment que les autres. D’où les meilleurs. Partons de l’Å“il, sujet du jour : l’Å“il voit, amène l’in­for­ma­tion au cerveau qui, lui, dicte au bras ce qu’il doit faire. Restons simple.

Chez Federer, chez Nalbandian ou encore chez Safin, on constate, comme au golf, une capacité excep­tion­nelle à rester sur l’im­pact, avec un port de tête toujours très droit. En gros, les yeux ne quittent la balle véritablement que bien après l’im­pact. C’est une particularité des grands champions ?

Comparer le tennis avec le golf… Je ne sais pas. 18 trous d’affilée, ne chipo­tons pas. Environ 70 coups à jouer avec, à chaque fois, un port de tête droit. Un, deux, trois sets au tennis… Faudrait jouer avec une minerve (rires) ! Non, le Roger suisse est une icône en la matière, l’Å“il voit juste. Si juste que son regard n’a pas besoin de suivre la balle en la frap­pant. C’est le seul, c’est l’unique. Un cerveau hypertrophié, que du beau. Cette tête qui ne bouge pas, ou si peu, à l’im­pact, c’est le signe d’une grande maîtrise tech­nique. Quant aux yeux, je crois plus à une vision périphérique au moment de la frappe. Des yeux qui visua­lisent la zone d’im­pact, plutôt que le fameux : « Regarde la balle. Â »

Des cher­cheurs nous ont expliqué qu’on pouvait travailler spécifiquement cette capacité à se concen­trer au moment de l’im­pact. Est‐ce que tu bosses cet aspect‐là avec Vika ?

On ne cherche pas à se concen­trer au moment de l’im­pact. On est plus préoccupés par le feeling, la tendresse, la caresse, dans ce moment délicat de l’amour tennis­tique. Renvoyer la boule dans les meilleures condi­tions pour soi et les pires pour son adver­saire. Fracasser la baballe ou, pire, réaliser l’amortie triom­phale ne procèdent pas d’une concen­tra­tion, mais d’une réflexion… Le cerveau, toujours. Mais, pour répondre à ta ques­tion, non, on ne travaille pas cette spécificité-là au moment de l’im­pact, avec Victoria.

Plus on travaille et on progresse, plus on améliorer sa trans­mis­sion Å“il-cerveau… Tu as cette impression ?

C’est on ne peut plus vrai. L’Å“il organe, le cerveau roi de la planète tennis. Je reste opiniâtrement un cher­cheur, du moins j’es­saie. La marque des grands, c’est la qualité de leur tête… Pas leurs jambes, ni leurs coups forts. C’est leur capacité à s’adapter à tout et son contraire. C’est leur capacité à prendre une décision rapide dans l’ac­tion. Encore une pensée à l’Å“il…

Dans ce cas précis, tu sais que le gaucher possède un avan­tage, car le chemin vers l’hémisphère du cerveau corres­pon­dant est plus court ?

Je ne sais pas si les gauchers sont avantagés. Ce que je sais et que j’ob­serve, par contre, c’est ce qui suit : dans les 10 meilleurs mondiaux, chez les hommes, neuf sont droi­tiers. Chez les 10 meilleures joueuses, huit sont droitières… Alors je ne vois pas en quoi cette trans­mis­sion plus rapide Å“il-cerveau donne­rait un quel­conque avan­tage. Et c’est un pur gaucher qui l’af­firme. Merde, je n’ai pas eu de pot. Il faudrait opérer, disséquer, analyser et éclater tous les orbites de la terre, mettre des lunettes à tous les droi­tiers, des lentilles à bouffer à tous les repas… Nous serions alors une poignée de médiocres à s’en­tre­tuer pour être les meilleurs connards de la terre… Mais je m’emporte, là. Le bonheur, c’est comme l’Å“il, c’est fait de larmes.

Selon toi, qui a le meilleur Å“il sur les circuits masculin et féminin ? Et, plus dur, le meilleur de l’his­toire du tennis ?

Qui a le meilleur Å“il… Un cyclope. Avec un seul Å“il, au moins, il n’est pas emmerdé… A moins que. Un seul Å“il, en commu­nion totale avec un cerveau, un seul… Le bonheur… Simple, je vous dis. Quant à clôturer, à savoir qui possède le meilleur Å“il sur le circuit masculin, je ne saurais répondre. Je ne regarde jamais les hommes dans les yeux. Pour ces Dames, ce n’est pas un Å“il… mais les deux, de Gabriela Sabatini.

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