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Tomas Berdych : « Ivan Lendl m’a dit : n’aie pas peur de gagner »

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A l’oc­ca­sion de la sortie de GrandChelem 23, Welovetennis vous propose de décou­vrir, cette semaine, des entre­tiens qui vous permet­tront de préparer, au mieux, le rendez‐vous de la Porte d’Auteuil.

A suivre : GC23 ; Martina Hingis ; Francesca Schiavone ; Sam Sumyk ; Alexandra Fusai ; Patrice Hagelauer ; Jo‐Wilfried Tsonga ; Nicolas Mahut ; Tomas Berdych ; Novak Djokovic ; Roland Garros : leur première fois.

C’est un mara­thon qui commence, pour Tomas Berdych. Le Tchèque, demi‐finaliste à Roland Garros et fina­liste à Wimbledon la saison dernière, risque gros dans les semaines qui viennent. La tâche s’annonce d’autant plus ardue qu’il semble bien loin de sa forme opti­male. Le voilà, néan­moins, serein et posé, qui nous donne l’analyse de ses pers­pec­tives à venir.

Comment appréhendes‐tu la période qui arrive, avec tous ces points à défendre ? On imagine que tu ressens une certaine pression…
J’essaie de laisser ça de côté, de ne pas trop me mettre la pres­sion, juste­ment. La saison est longue et on se fiche de savoir à quel moment on prend les points. L’essentiel, c’est de se concen­trer sur l’instant présent et le match qui arrive. Il ne faut pas laisser son esprit vaga­bonder et se demander ce qu’il va se passer à tel moment, tel endroit ou dans telles conditions. 

Quand tu regardes le top 3 actuel – Rafa, Novak, Roger –, vous vous dites que vous pouvez riva­liser ou ça vous semble impossible ?

Il y a deux choses que je me dis face à cette situa­tion. D’un côté, ça fait plaisir de pouvoir jouer avec de tels cham­pions : Federer et Nadal, qui ont tout gagné, et Djokovic, qui réalise une remar­quable série de victoires. Mais, d’un autre côté, si le top 10 était un peu plus faible, on aurait plus de chances à la fin des Grands Chelems. Aujourd’hui, si vous regardez le palmarès, il n’y a que trois noms qui reviennent, toujours les mêmes. Mais c’est comme ça. Ca nous oblige à faire le maximum pour saisir notre chance et tenter de bous­culer cette hiérarchie.

La vie de top 10 est plus diffi­cile aujourd’hui qu’elle ne l’était pour les géné­ra­tions précédentes ?

Je n’ai jamais vrai­ment regardé comment ça se passait par le passé, à l’époque des Lendl ou des Sampras. De toute façon, les choses sont comme elles sont, point. C’est pareil pour tous les joueurs qui jouent aujourd’hui. Comparer aux géné­ra­tions précé­dentes ne sert à rien, c’est diffi­cile d’en juger et se plaindre en disant « C’était plus facile il y a dix ans » ne change rien au problème. En revanche, j’ai une certi­tude : si on veut rester au top, il faut progresser chaque année. Même pour tenir une posi­tion de 5, 6 ou 7ème mondial. Il faut toujours s’amé­liorer, parce que le niveau de jeu augmente tous les ans. Tous les ans, mais je dirais même que le niveau général augmente tous les six mois. Une chose est sûre, c’est bon pour notre sport !

On approche de Roland Garros, le temple de la terre battue. Quels secteurs dois‐tu prin­ci­pa­le­ment travailler pour améliorer ton jeu sur cette surface ?

La première chose, ce sont mes dépla­ce­ments. Je dois bosser là‐dessus proba­ble­ment beau­coup plus que les autres gars, à cause de ma taille. C’est un peu plus dur pour moi. D’une manière géné­rale, je crois que la terre battue convient bien à mon jeu. J’ai plus d’espace et plus de temps pour jouer agressif. L’année dernière, je me suis prouvé que j’avais la capa­cité de bien jouer sur terre.

Cette période avait été excel­lente, pour toi, l’an passé, avec Roland Garros (demi‐finale) et Wimbledon (finale)…
Oui, c’est vrai. Ca avait même commencé à Miami. J’étais arrivé sur terre avec beau­coup de confiance, je jouais bien… Ca aide !

Autre sujet : aujourd’hui, Jo‐Wilfried Tsonga a décidé d’évoluer sans coach. Qu’est-ce que tu en penses ? Qu’est-ce que tu attends, toi, de la part d’un coach ?

Question diffi­cile ! C’est d’ailleurs l’une des choses les plus dures : trouver le meilleur coach possible. Ca n’est pas seule­ment une ques­tion d’expérience, de compé­tences tactiques ou tech­niques. Non, sinon, on trou­ve­rait assez faci­le­ment. C’est bien plus une ques­tion de person­na­lité. Le coach, c’est la personne avec qui l’on passe le plus de temps dans l’année. On voyage avec lui, on est avec lui sur le court, on s’entraîne avec lui sur les tour­nois… On passe énor­mé­ment de temps ensemble. Il faut donc trouver la bonne personne, avec qui tu passes du bon temps et des bons moments sur et en‐dehors du court et qui peut, égale­ment, t’aider à progresser dans ton jeu. C’est très diffi­cile. D’autant qu’on est dans le domaine du milli­métré. Tous les joueurs savent comment faire un coup droit ou un revers. Le coach ne peut apporter que de tous petits détails à un joueur du top 10. De tous petits détails qui doivent pouvoir faire la diffé­rence. Il lui faut trouver le petit plus qui va t’amener plus haut. C’est impor­tant, notam­ment côté mental. Moi, par exemple, je sais que j’ai beau­coup progressé sur ce plan‐là ces deux dernières années, même si les gens ne le voient pas forcément. 

Tu as discuté avec certains de tes aînés, de grands cham­pions qui ont l’expérience de victoires en Grand Chelem , pour passer un palier ?

Oui, je l’ai fait. Notamment l’année dernière, après mes résul­tats à Paris et à Londres. J’ai rencontré aux Ivan aux Etats‐Unis. Martina Navratilova également.

Qu’est ce qu’ils t’ont dit ?

Le meilleur conseil est venu d’Ivan Lendl. Il m’a dit une chose très simple, mais très impor­tante et qui va certai­ne­ment m’aider : « N’aie pas peur de gagner. » Ca prend tout son sens quand on connait sa carrière. Ivan a perdu quatre finales en Grand Chelem, puis il a commencé à gagner. Ca prouve que tout peut aller très, très vite. Un déclic peut se produire à n’im­porte quel moment, si l’on fait tout pour le rendre possible, si on réunit toutes ses condi­tions d’éclosion. Et, sincè­re­ment, je suis en recherche de ce type de boule­ver­se­ments. Toujours est‐il que c’est très sympa de pouvoir profiter de l’expérience de cham­pions de ce niveau. Ca m’avait apporté beau­coup de récon­fort après ma défaite à Wimbledon.

Tu penses qu’Ivan Lendl pour­rait faire un bon coach ?

Oui, pour­quoi pas. C’est quelqu’un de… diffé­rent. Non, ce n’est pas le bon mot. En fait, il a son propre style. Il faudrait voir comment il peut trans­mettre ça à un joueur. Il y a diffé­rents types de joueurs, chacun diffé­rent à coacher. Mais Ivan pour­rait utiliser son expé­rience, ses réali­sa­tions posi­tives, pour trouver les bons mots, adaptés à chacun. Oui, je pense qu’Ivan Lendl pour­rait faire un bon coach de tennis. 

L’engagerais-tu ?

Pour l’instant, je ne pense pas à ce genre de choses. Je pour­rais plutôt envi­sager de l’avoir dans mon équipe dans un rôle de consul­tant supplémentaire.

A propos de l’auteur

Rémi Cap‐Vert

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.