AccueilInterviewsToni Nadal : « Je pense que Federer a pris la bonne décision »

Toni Nadal : « Je pense que Federer a pris la bonne décision »

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La pluie tombant toujours sur le rocher, une petite distrac­tion est de mise avec cette belle inter­view de l’oncle/coach Toni Nadal. Un entre­tien réalisé pour notre dossier de GrandChelem 12.

Premier témoin de ce dossier « Tous coachs ? », Toni Nadal présente la parti­cu­la­rité d’être non seule­ment l’oncle de l’actuel numéro 1 mondial,
mais un éduca­teur sensible cher­chant à trans­mettre des valeurs qui dépassent le cadre du tennis. Pour GrandChelem, il nous a donné quelques
clefs de son fonc­tion­ne­ment avec son neveu Rafael, et rebondit sur la polé­mique qui entoure Roger Federer, et son absence d’entraîneur.

Toni, qu’est- ce que c’est pour toi un
coach ? A quoi cela sert ?

Aujourd’hui, tout est plus diffi­cile, il me
semble que le monde est devenu plus
compliqué et tout doit être parfait. Tous
les petits détails nous aident à nous
améliorer selon nos objec­tifs et je crois
que cette idée est la fonc­tion d’un coach.
C’est quelqu’un qui t’aide à t’améliorer,
mais, bien sûr j’ai une menta­lité à l’ancienne
et je pense que l’importance d’un
coach est relative.


En tant que coach, as‐tu une méthode
pour préparer Rafa ?

Je ne sais pas s’il y a une méthode spéciale,
mais en tout cas, je ne la connais
pas. Je crois que le plus impor­tant est de
croire au travail, croire à ce qu’on fait. A
la fin, si on travaille bien, on réussit et les
choses marchent bien. C’est fondamental,
c’est la seule chose importante.

Mais, Toni, quelles qualités faut‐il avoir
pour être un bon coach ? Quelles sont
les clés ?

Pour moi, il y a une ques­tion mentale.
J’aime l’aspect psycho­lo­gique et je travaille
beau­coup avec ça.


Alors, parlons de cette clé mentale.
Cette idée t’accompagne toujours…

Depuis mon enfance, j’ai travaillé d’une
manière concrète, j’ai essayé toujours de
rendre les choses simples et de ne pas
me compli­quer la vie. Je pense que j’ai
été récom­pensé. Pour moi, c’est le plus
impor­tant. Je crois que c’est diffi­cile de
spéci­fier et de déli­miter tout le travail
qu’on a fait, mais je peux juste dire que le
travail psycho­lo­gique a été très, très important.
C’est compliqué d’en dire plus.

Pourrait‐on dire que tu es quelqu’un
de spiri­tuel qui a peut‐être une force
d’inspiration extraordinaire ?

La seule chose qui m’a inspiré dans ma
vie est de faire du bon travail. Premièrement,
il faut comprendre et savoir ce
qu’on veut faire : comprendre le jeu. A
partir de ce moment‐là, le deuxième
point est de trouver ce qui peut nous
amener à comprendre ce jeu. Dans ce
cas, on parle du tennis, mais on pourrait
tout autant extra­poler cette approche à
toutes les autres acti­vités. Moi, en tant
qu’entraîneur-professeur, ce qui m’intéresse
est de faire comprendre le jeu à Rafael.

Peut‐on parler des prin­cipes que tu as
transmis à ton neveu ou pas ?

Oui, on peut dire que je me suis basé sur
les prin­cipes que je viens de t’expliquer.
En fait, je lui ai enseigné à comprendre le
jeu. Ensuite, je lui ai marqué un chemin : des
objec­tifs à court et à long terme. Si on
joue au tennis pour gagner le championnat
des îles Baléares, ce n’est pas pareil
que si on joue au tennis pour devenir le
numéro un du tennis mondial. C’est ce
que j’ai toujours voulu lui faire comprendre.

En tant que coach de Rafa, comment
décrirais‐tu votre relation ?

Notre rela­tion n’est pas comme celle
des autres coachs avec leurs joueurs. On
n’a pas une rela­tion typique car on est
parents. J’ai une vision de la vie particulière
et c’est cette vision que j’ai essayé
de lui montrer et de lui faire comprendre.
Bien sur, des fois on a été d’accord et des
fois non mais c’est évident que l’on n’a
pas une rela­tion normale en tant qu’entraîneur
et joueur. Je suis inter­venu dans
la vie profes­sion­nelle et person­nelle de
Rafael d’une façon diffé­rente de celle des
autres coachs avec leurs sportifs.
Avec une vision de la vie…
C’est long… On pour­rait en parler plus de
vingt minutes, c’est sur ! Mais, je pense
qu’en tant qu’oncle, je m’efforcerai de
toujours donner le meilleur à Rafa et pas
seule­ment au niveau sportif mais aussi
personnel. Rafa est une personne normale.
Comme tout le monde, il a une copine,
il a ses parents, ses amis, il souffre, il est
content. J’ai lui ai inculqué ma vision des
rela­tions humaines.

La valeur la plus impor­tante que tu lui
aies transmises ?

Au niveau du tennis, le plus important
que j’ai lui aie appris c’est de croire au travail,
avoir du respect pour tout : les gens,
le maté­riel qu’il utilise, les autres joueurs.
Il faut être recon­nais­sant de la vie, ça c’est
fondamental.

Tu consi­dères toujours que Federer est
le numéro un mais que penses‐tu du
fait qu’il n’ait pas de coach ?

C’est parfait ! Je pense que c’est important
d’avoir un coach pendant le processus
de forma­tion du joueur mais s’il est
déjà perfor­mant, je ne crois pas que ce
soit fonda­mental. Je suis prag­ma­tique et
je pense que Federer s’est toujours bien
débrouillé comme cela. Il a pris la bonne
décision.

Pour finir, Toni, as‐tu un coach ?

(Il rit beau­coup) Non ! Pas du tout ! Ça ne
serait pas trop logique (Il rit encore plus).


Entretien réalisé par Maria Osuna Carrasco

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