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Wilander : « Le slice est une question, une problématique que vous posez à votre adversaire »

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C’est presque le slice qui a relancé la carrière du Suédois. Une fois que Mats a maîtrisé ce coup, rien ne lui a résisté puis­qu’il a réalisé le petit chelem tout en attei­gnant la place de numéro 1 mondial. Il était donc logique d’aller à sa rencontre pour comprendre le pour­quoi de cette trans­for­ma­tion. Interview réalisée dans le cadre de GrandChelem 47.

Vous avez joué face à Yannick Noah qui était très connu pour la qualité de son revers slicé mais aussi de son coup droit qu’il utili­sait souvent pour faire du chip and charge, est‐ce que c’est cela qui vous a obligé à y venir ?

« Yannick était un expert du slice, je ne peux pas le nier. Cela m’a fait réflé­chir, c’est évident. Donc je m’y suis réel­le­ment mis pour vrai­ment le maîtriser de 1988 à 1989. Cela m’a plutôt bien réussi (rires). Pour moi, c’est un coup essen­tiel. Sur le circuit d’au­jourd’hui, j’ai l’im­pres­sion que personne ne sait vrai­ment comment l’uti­liser. Après, il y a encore des excep­tions comme Roger Federer. C’est pour cela que je reste persuadé que le slice est un coup moderne. »

Si on regarde le nombre de joueurs qui l’uti­lisent souvent il semble bien que ce soit un coup un peu « has been»…

« C’est vrai, il faudrait juste que les joueurs soient persuadés que ce n’est pas seule­ment un coup de défense. Il faut qu’ils s’ins­pirent par exemple d’Andy Murray qui l’uti­lise pour gagner du temps et faire reculer son adversaire. »

À votre époque, vous vous en serviez aussi de cette façon ?

« Je ne faisais pas du slice pour faire des points gagnants ou pour monter au filet, mais je « disais » à mon adver­saire : tiens ce slice…et j’at­ten­dais de voir ce qu’il était capable de me proposer en réponse (rires). En fait, pour moi, le slice est une ques­tion, une problé­ma­tique que vous posez à votre adver­saire. C’est ainsi que je l’avais intégré dans mon jeu. »

Avec le lift ultra présent dans le tennis de nos jours, le slice n’est‐il pas perçu que comme un aveu d’impuissance ?

« Et pour­tant ce n’est pas le cas. Je le répète c’est une problé­ma­tique que l’on pose à son adver­saire surtout, par exemple, quand on le joue presque mou au centre du court. Après, c’est vrai que le slice peut‐être aussi le coup que l’on utilise quand on est débordé, pris de vitesse, et dans ce cas là c’est un coup de défense, il n’y a pas de doute. »

Selon nous, le slice est devenu rare surtout à cause du revers à deux mains…

« J’avais un revers à deux mains et cela ne m’a pas empêché de bien maîtriser le slice. C’est juste un coup qu’il faut apprendre, ou améliorer. Si on veut progresser, il peut devenir essen­tiel. Le slice c’est avant tout de l’équi­libre et du toucher, de la finesse. Et malgré toutes les évolu­tions, le tennis reste un sport de toucher et pas unique­ment de puis­sance. Le slice apporte une autre façon de sentir la balle, de la maîtriser. Le slice apprend à avoir une bonne main. »

Est‐ce qu’une Steffi Graf pour­rait survivre sur le circuit avec son légen­daire revers coupé ?

« Évidemment, et elle pose­rait de gros problèmes surtout parce que beau­coup n’au­raient pas la parade à un slice aussi perfor­mant. Et ce d’au­tant qu’il y a des joueuses qui tentent ce coup à deux mains, ce qui est une hérésie, sauf pour une seule personne que vous connaissez bien : Fabrice Santoro, (rires). D’ailleurs, esthé­ti­que­ment je ne vois pas ce qu’il y a de plus beau qu’un revers slicé en équi­libre tout en maîtrise comme le fait régu­liè­re­ment Roger Federer ou Stanislas Wawrinka (rires). »

Roger Federer n’est‐il pas une excep­tion comme Fabrice Santoro ?

« Roger Federer est excep­tionnel, c’est une certi­tude, et il possède surement le meilleur slice de revers mais Andy Murray n’est pas mal non plus, et chez vous Nicolas Mahut est aussi assez perfor­mant dans ce domaine notam­ment sur gazon. »

Justement le slice n’est‐il pas fait que pour le gazon ?

« Sur l’herbe, il est plus effi­cace mais il est adapté à toutes les surfaces. Après comme on coupe la balle et qu’on lui donne un effet, il y a forcé­ment des revê­te­ments qui ampli­fient le phéno­mène. Mais je le répète cela doit rester une arme que l’on utilise suivant le style de son adver­saire du jour. Si vous affrontez Andy Murray ou Novak Djokovic, et que vous faites du slice sur leur revers, vous gagnerez du temps. Mais si vous le faites sur le revers de Wawrinka ou le coup droit de Nadal, vous serez surement en grande difficulté. »

À quel âge avez vous appris le slice ?

« Très jeune, mais j’avoue que je ne me souviens plus exac­te­ment quand. Et comme je l’ai dit c’est quand j’ai perdu en finale de Roland‐Garros contre Yannick Noah (1983) que j’ai eu un déclic, que j’ai commencé à comprendre pour­quoi le slice de revers était aussi effi­cace. J’ai perdu aussi contre Peter McNamara ou encore Victor Pecci. Avec ces trois joueurs j’ai donc réalisé que le slice de revers était un coup diffi­cile à jouer et que je devais commencer à l’utiliser dans mon jeu. Après le vrai problème est que si vous effec­tuez trop de slice de revers, vous pouvez aussi perdre confiance dans votre revers lifté. Selon moi, il y a un pour­cen­tage à préserver entre le coup dit à plat et le slice. Je reste convaincu qu’il ne faut pas faire du 50–50 mais, mais plutôt rester dans du 70% de lift et 30% de slice. »

Noah c’était plutot du 100% en revers…

« C’est vrai et même s’il ne le jouait pas que pour monter au filet. Regardez bien les images et vous verrez qu’il le faisait aussi pour gagner du temps dans les rallyes, se donner un peu de repos. En effet, si le slice est lent, il n’a pas besoin d’être proche de la ligne. Un revers lifté au milieu du court est un mauvais coup. Un slice sur la ligne de service, il y a fina­le­ment peu de joueurs qui savent quoi en faire, exceptés Rafael Nadal ou peut‐être Stan Wawrinka. »

Pensez‐vous qu’aujourd’hui les jeunes joueurs travaillent vrai­ment le slice ?

« Non, je ne pense pas que les jeunes joueurs s’entraînent au slice. Je pense qu’ils apprennent tout cela quand ils sont haut dans la hiérar­chie mondiale. Et c’est logique car en junior, vous avez le temps de frapper en lift à chaque fois. Quand vous passez chez les pros, tout s’ac­cé­lère et vous devez pouvoir faire du slice pour casser le rythme. »

On fait un paral­lèle entre le slice et le revers à deux mains, pensez‐vous comme d’autres obser­va­teurs que le fait de voir de moins en moins de joueurs avec un revers à une main est un problème pour le tennis ?

« Non pas du tout, je pense que le revers à deux mains est sans doute un meilleur coup. Avec une raquette moderne et un bon cordage, vous pouvez faire tourner la balle beau­coup plus vite à une main qu’à deux mains, c’est une évidence. Après, il ne faut pas être alar­miste, je pense vrai­ment que des revers à une main comme Wawrinka, Federer, Gasquet ou Dimitrov survi­vront, j’en suis certain. »

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