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WLT rencontre… Maxime Teixeira

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Maxime Teixeira avait trusté l’attention des médias, à Roland Garros, durant les premiers jours de l’édition 2011. Inconnu 181ème mondial, à l’époque, il avait passé un tour face à Vincent Millot, avant de défier le Maître, Roger Federer. Pour GrandChelem/Welovetennis, à l’oc­ca­sion de notre dossier spécial Roland Garros dans le numéro 28, il revient sur les coulisses média­tiques de cet épisode : que se passe‐t‐il, Porte d’Auteuil, lorsqu’on sort de nulle part pour affronter une légende vivante ? La réponse avec Maxime.

L’année dernière, à Roland Garros, tu bats Vincent Millot au premier tour. A quel moment tu sais que tu vas affronter Roger Federer au deuxième ?

En fait, ce qui s’est passé est assez drôle. J’étais sur la terrasse de France Télévisions pour un plateau télé en direct. Dans le même temps, Federer finit son match sans que je sois prévenu au préa­lable. On me passe un micro pour lui parler à sa sortie du court et un jour­na­liste me dit : « Alors, Maxime, que voulez‐vous dire à Roger avant votre match ? » Là, dans ma tête, c’est un peu la panique… Je suis perdu, mais je lui demande quand même s’il est en forme (rires) ! Roger esquisse un sourire, puis enchaîne : « Oui, Max, ça va super ! » C’était surréaliste !

Quand est‐ce que la petite folie média­tique autour de votre rencontre prend forme ?

Avant que je gagne contre Vincent Millot, il ne s’est rien passé. Seulement un article pour mon club. Après ma victoire, là, ça a commencé à bouger. En revanche, comme tous mes amis m’envoyaient des messages, mon télé­phone s’est éteint. Il buggait, c’était dingue ! Puis, entre dimanche et mercredi, il n’a fait que sonner. Ca n’a pas arrêté, c’était incroyable… Le lundi, un peu comme une rock star, j’ai passé toute la journée à Roland. J’ai fait le Moscato Show (sur RMC), la terrasse, la radio de Roland Garros, Orange, Eurosport… Je passais de salles de maquillage en salles de maquillage pour les directs, c’était assez inso­lite, presque du n’importe quoi (rires). Le mardi, j’ai décidé de couper, car ce type de solli­ci­ta­tion, ça puise beau­coup d’énergie. Il fallait me plonger dans le match contre Roger, me préparer et rentrer dans ma bulle. 


Tout coupé, vraiment ?

Oui, je n’ai plus pris un seul appel. D’ailleurs, c’est vrai­ment drôle de passer du tout au rien. Du brou­haha au silence.

Pour revenir dans le détail, le dimanche, au début, tu réponds direc­te­ment, tu prends tous les appels ?

Au début, oui, pour­quoi pas. Mais, à partir du 10ème appel, j’ai commencé à filtrer, car je n’en pouvais plus. Le télé­phone sonnait toutes les deux minutes…

Quelles sont les attentes des médias à ce moment‐là ?

Ils voulaient me rencon­trer. Mais ce sont souvent les mêmes ques­tions qui reviennent… « Quelles sont vos impres­sions ? » « Ca fait quoi de jouer contre Roger ? » « Comment vous allez préparer votre match ? » ou « Bonjour, c’est France 3 Poitou‐Charentes, la région de votre ancien club »…

Tu as opéré une sélection ?

En réalité, j’ai fait tout ce qui se passait à Roland. Pour ce qui est de la presse écrite, j’ai privi­légié le Sud‐Ouest et, bien sûr, L’Equipe. 

« C’est vraiment drôle de passer du tout au rien. Du brouhaha au silence. »


Tu as refusé une demande trop intru­sive ?

Une chaîne de télé voulait m’accompagner à Roland Garros depuis mon hôtel, le matin, et me suivre pas à pas. Comme j’avais le match à 11h, qu’il y avait mes parents, ma copine, tout le monde dans la voiture, j’ai trouvé que c’était too much. Ce moment nous appar­te­nait. Je voulais aussi me sentir tran­quille, me concen­trer sur la rencontre, ne pas penser que Roger serait en face de moi sur le court. Si je commen­çais à faire venir le mec à la maison à 8h30 du matin, ça allait vite devenir compliqué…

Les plateaux télé, ça ne doit pas être évident ?

J’étais tendu, grave, mais j’ai eu de bons retours… On m’a dit que j’étais assez naturel, car je parlais vite et assez faci­le­ment. En revanche, j’ai refusé tous les médias anglais. Je ne maîtrise pas assez la langue de Shakespeare. Il va falloir que j’amé­liore ça (rires) ! Pour une première, je pense avoir bien géré, même si j’ai fait une petite gaffe. 

Laquelle ?

On m’a beau­coup inter­rogé sur les à‑côtés du tournoi, alors que je ne les connais­sais pas – le Player’s Lounge, les vestiaires, etc. Du coup, les médias ne m’ont pas raté (rires). Dès le lende­main, ça titrait : « Un touriste à Roland Garros. »

Il y a un moment média­tique qui t’a embêté ?

Oui, c’est anec­do­tique, mais un photo­graphe m’a shooté dans les vestiaires quand je me chan­geais. On m’a averti ensuite que ces photos avaient été prises pour un site gay ! Je l’ai contacté par la suite, il m’a expliqué qu’il avait tout à fait le droit, je n’ai pas insisté. 

Au final, ce tour­billon a été enrichissant ?

Ce n’est pas vrai­ment le mot. Mais, encore une fois, je pense avoir bien géré tout ça. J’ai le souvenir d’une bonne séance d’en­traî­ne­ment le mardi, tran­quille, dans mon club, au calme. Je me rends compte alors qu’on peut très vite sortir de l’ombre et très vite y revenir. La puis­sance des médias, c’est un truc de fou ! Ma photo en grand dans L’Equipe, c’est aussi un vrai bon souvenir. Même si je ne recherche pas spécia­le­ment la recon­nais­sance, ça fait du bien au moral. Il ne faut pas le nier, ni faire la fine bouche.

Tu as encore des vidéos ou des enre­gis­tre­ments des émis­sions télés ?

Oui, j’en ai déjà revus plein ! Mais je ne passe pas non plus mon temps dessus… En revanche, j’ai récu­péré mon match contre Federer en entier et, là, c’est beau­coup plus instructif (rires) ! Notamment sur les progrès que je dois encore faire. 


De ce duel, tu gardes un moment précis en tête ?

En fait, il y a deux moments impor­tants. L’entraînement du matin, sur le Lenglen, à ses côtés. Là, je constate qu’il est déjà dans son match. Il n’a pas un regard, un sourire. Il n’est pas hautain non plus. Pour lui, le match a déjà commencé. L’autre moment qui reste, c’est la poignée de main. Voilà, c’est fini. Roger me dit : « Bien joué, bonne chance pour la fin de ta saison. » Après, il y a la tradi­tion­nelle confé­rence de presse. Puis, le silence. Le repos. (Rires)

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Le livre « Grand Chelem, mon amour » est dispo­nible. Retrouvez les 40 matches de légendes de la décennie 2001–2011. Un livre de la rédac­tion de GrandChelem/Welovetennis.