AccueilInterviewsYouznhy : « Rafa a un figh­ting spirit extraordinaire »

Youznhy : « Rafa a un fighting spirit extraordinaire »

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Pour notre dossier consacré aux secrets de la réus­site, nous avons inter­rogé 4 témoins, voici le premier d’entre‐eux, Mikhaïl Youzhny…

Mikhaïl, tu as battu Rafa à quatre reprises en onze confron­ta­tions : deux fois à Dubaï (2004, 2007), une fois à l’US Open (2006) et deux fois à Chennaï (2008). Rares sont les joueurs à avoir un tel ratio face à l’actuel n°1 mondial. Quelles sont les clés pour le battre ? As‐tu une tactique parti­cu­lière pour le dominer ?
Je ne peux pas dire que j’ai une tactique spéciale pour le battre. Tous les matches sont diffé­rents. Peut‐être que j’étais en forme (sourire)… Notre première rencontre remonte à 2004, Rafa était encore très jeune. Lorsque je l’ai battu à Chennaï (6–0 ; 6–1), il avait disputé la veille un match extrê­me­ment éprou­vant face à Carlos Moya (6–7 (3) ; 7–6(8) ; 7–6(1), pour 3 heures et 55 minutes de jeu, ndlr). Mais je ne peux pas dire que j’ai un « plan anti‐Nadal ». Rafa a beau­coup progressé cette année, ou plutôt ces dernières années. Dans ce contexte, diffi­cile de dire qu’il existe un « plan » pour le battre. On ne peut pas dire « Voilà, il faut que tu joues comme ci, comme ça, et tu vas le battre, c’est sûr ». Je pense sincè­re­ment que pour n’importe quel joueur, il est très dur de l’affronter.

Qu’apprécies-tu le plus dans le tennis qu’il produit ?

C’est vrai­ment un battant incroyable sur le court. Peu importe le score, peu importe sa forme du moment, il n’abandonne sur aucune balle. Rafa a un figh­ting spirit extra­or­di­naire. J’aime sa façon de se battre sur le terrain. Même s’il a mal quelque part, tu ne le vois pas, pour la simple et bonne raison qu’il ne montre rien en match. Impossible de savoir s’il n’est pas en forme, s’il est fatigué ou quoi que ce soit. Personne ne peut déceler ça chez lui. Il ne montre rien à personne quand il a un problème.

Qu’est-ce que tu te dis en sortant du court après l’avoir joué ?

Mikhaïl Youzhny : Quand tu joues face à lui, c’est toujours diffi­cile. Aucun joueur n’aime le jouer… Quand tu le vois dans le tableau, tu espères juste que ton nom va être loin du sien, pour pouvoir le jouer le plus tard possible, peut‐être en demi‐finale ou en finale (sourire). Mais le tableau est ce qu’il est, il faut faire avec. Je peux simple­ment dire qu’il est toujours extrê­me­ment diffi­cile de jouer face à Rafa.

L’éducation que Rafa a reçue : un des facteurs de sa réussite ?

C’est dur à dire. Tout le monde le connaît en tant que Nadal « top player ». Pour bien répondre à cette ques­tion, il faudrait savoir exac­te­ment comment cela se passait avant, quand il était en juniors par exemple, quand il débu­tait tout juste sa carrière. Déjà, lorsqu’il était top 50, il était déjà très fort, et l’on pouvait voir que c’était un joueur excep­tionnel. Mais l’on ne pouvait pas encore imaginer jusqu’où il pour­rait aller… Je pense qu’à l’heure actuelle, personne ne peut vrai­ment d’évaluer jusqu’où Rafa peut aller, à quel point il peut encore progresser, où il s’arrêtera. Aujourd’hui, il est n°1 mondial, mais il est encore jeune. Il a déjà remporté quatre fois de suite Roland Garros, quatre fois Monte Carlo, il a remporté un nombre incroyable de matches sur terre battue la saison passée… Il joue incroyable, mais, à son âge, il a déjà des problèmes avec son genou… Personne ne sait ce qui peut arriver dans le futur. Il peut très bien se blesser grave­ment et arrêter sa carrière, ou rester n°1 mondial encore très long­temps, comme Roger (Federer), et gagner encore plein de tour­nois du Grand Chelem, comme ont pu le faire Roger ou Pete (Sampras). Rafa a prouvé à tout le monde qu’il était capable de s’imposer sur tous les tour­nois, et remporter des Grands Chelems sur n’importe quelle surface. Il a disputé trois finales consé­cu­tives à Wimbledon, et a remporté la dernière. Il a égale­ment gagné le Queens. Plus personne ne peut dire que Rafa n’est qu’un simple joueur de terre. Son jeu a changé, évolué. Au début de sa carrière, il domi­nait prin­ci­pa­le­ment sur terre battue, c’est vrai. Mais aujourd’hui, c’est diffé­rent, il peut gagner partout. 


S’entraîne-t-il plus que les autres ? A‑t‐il le même niveau d’exigence / se met‐il la même pres­sion à l’entraînement qu’en match ?

Je ne sais pas comment il s’entraîne « à la maison ». Ce n’est pas pareil quand tu t’entraînes chez toi, que tu prépares un gros tournoi ou que tu prépares la saison, ou quand tu t’entraînes seule­ment une ou deux heures par jour en tournoi. Après, quand tu t’entraînes avec lui, je dirais qu’il s’entraîne… très bien ! (sourire). Mais ce n’est pas évident de dire qu’il s’entraîne plus, ou mieux, que les autres joueurs.

Insulaire : est ce que ça joue ?

On voyage toute l’année, et parfois, on a besoin de revenir à la maison. De profiter, tout simple­ment, des moments avec notre famille, nos amis. Certains joueurs supportent plus ou moins bien de voyager, de rester éloi­gnés de leurs proches. Rafa rentre peut‐être chez lui seule­ment deux, trois jours, voire une semaine par‐ci, par‐là, mais en tout cas, après ça, il est de nouveau prêt à repartir et remporter quelques tour­nois du Grand Chelem ! (rires)

Quel est le rôle de Toni ?

Mikhaïl Youzhny : Question diffi­cile… Difficile de juger à quel point la rela­tion joueur‐ coach peut influencer les résul­tats. Pour pouvoir se faire un avis sur la ques­tion, on doit connaître toute l’histoire, depuis le début. Savoir comment ils fonc­tionnent. Toni a aidé Rafa à obtenir de si bons résul­tats, l’a amené à ce niveau, cela ne fait aucun doute. Rafa continue à progresser, améliore constam­ment son jeu. Alors Ok, on peut se dire que Rafael progresse tout seul, mais je reste persuadé qu’avoir Toni à ses côtés l’aide énor­mé­ment, lui apporte beau­coup. Si Rafa chan­geait de coach, on pour­rait peut‐être voir la diffé­rence. Ça pour­rait, peut‐être, être mieux… Ou tout l’inverse.

Pourrais‐tu t’entraîner avec ton oncle ?…
Et bien… Il faudrait essayer… (sourire)

Etre gaucher : un avantage ?
Pas forcé­ment. Etre gaucher présente des avan­tages, mais égale­ment des incon­vé­nients. Quand un mec joue, il ne se dit pas « Tiens, untel est gaucher, je n’aime pas jouer contre lui » ou bien « Je n’ai jamais réussi à jouer contre un gaucher ». Tu peux te dire « Je n’ai jamais réussi à battre Nadal ». Ça, oui. Mais pas « Je n’ai jamais réussi à battre un gaucher » (sourire). Je pense que l’on peut faire un blocage sur le nom de son adver­saire plutôt que sur le fait qu’il soit gaucher, ou pas.

Est‐ce que la riva­lité avec Federer l’a aidé ?

Mikhaïl Youzhny : C’est bien, car ils s’aident tous les deux, ils se font progresser mutuel­le­ment. Auparavant, c’était Roger qui occu­pait la place de n°1. Aujourd’hui, Rafa est n°1 mondial, mais ne s’arrête pas là, il progresse toujours. Regarde : il vient de gagner l’open d’Australie… Maintenant, la ques­tion est : est‐ce que Roger est capable de concur­rencer Rafa cette saison ? On verra ce qu’il se passe (sourire)…

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