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Apolline pose sa question septennale sur Gasquet

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Il fait partie de la légende de GrandChelem et de Welovetennis de faire croire qu’Apolline ne parle plus de Gasquet depuis son forfait à Roland Garros 2008. En fait Apolline n’a que très rare­ment parlé de Gasquet pour la raison très simple qu’elle avait déjà tout dit dès son premier papier inti­tulé « Ainsi parlait le futur numéro 1 mondial », texte rédigé en septembre 2002 alors que le jeune espoir était en train de gagner l’US Open juniors devant toute une presse fran­çaise en posi­tion déjà alignée de lèche‐génie – posi­tion dont elle a fina­le­ment peu évolué, confère la une de l’Equipe Magazine la semaine dernière. Pour le détail, la rédac­tion de cette parodie nietz­schéenne avait été faite après avoir vu la demi‐finale du jeune Richard. Il y avait aligné aces, revers croisés et tennis à la main pour clore son match en deux sets sans vrai­ment frémir. Pourtant il avait laissé cette impres­sion d’avoir envie d’abandonner après chaque point, et même les points qu’il gagnait en deux coups. Se retour­nant vers son camp, l’air las, les joues qui font « Pfff»… à la Gasquet, il parlait à son camp, signi­fiant qu’il avait mal ici et mal là, et au milieu de la tribune Eric Winogradsky, son entraî­neur à l’époque, lui répé­tait le plus genti­ment du monde « Allez mon garçon, accroche toi ». Une fois, deux fois, dix fois. C’était surréa­liste. Apolline qui n’a jamais peur de rien, ni de personne, avait donc écrit ce qu’elle inter­pré­tait dans cette atti­tude : un talent indé­niable mais un compor­te­ment de « p’tit con ». Le « p’tit con » étant une expres­sion qui traduit un moment parti­cu­lier de l’adolescence amené à dispa­raître avec l’arrivée de la matu­rité. Cette expres­sion recou­pait fina­le­ment la thèse d’un des premiers mentors de Gasquet, Pierre Barthes : « Richard deviendra un tennisman quand il deviendra un homme ». Le temps que le texte soit publié sur Sport24 et fasse le tour des rédac­tions pari­siennes pour revenir dans les oreilles de Gasquet et de Wino, Apolline avait été convo­quée par ce dernier via une requête très offi­cielle du bureau de l’ATP, un bureau visi­ble­ment embar­rassé par une polé­mique franco‐française dont il ne saisis­sait pas bien l’essence, surtout aux Etats‐Unis où la liberté de la presse ne se discute pas. Apolline ne s’était évidem­ment pas rendue à la convocation.

Nous voilà, 7 ans après. Apolline a regardé le match de Richard Gasquet face à Fernando Gonzalez. Pour un spec­ta­teur amou­reux de tennis, c’était tout ce qu’on attend de ce jeu, un match hale­tant, passion­nant, plein de rebon­dis­se­ments. Pendant deux sets Richard Gasquet y a joué « comme Superman », pour reprendre le mot de Gonzalez, puis quand ce dernier a serré la partie, le Français a sorti un grand tie‐break au 3ème set et deux immenses 5ème et 6ème sets, sets tous perdus mais lais­sant une impres­sion de joueur compact, combatif, coura­geux. Pour ne pas mettre de bémol à cet éloge, on évitera de se demander pour­quoi Richard Gasquet continue 7 ans plus tard d’avoir toujours un peu mal ici à l’épaule, et là au pied, surtout après trois semaines de reprise. C’est une bonne ques­tion, mais ce n’est pas LA ques­tion. Car celle‐là aucun de nos lecteurs ne se la pose.

La ques­tion, c’est de savoir quel joueur a donné pendant 5 sets l’impression qu’il allait gagner la partie malgré tout. La réponse c’est Fernando Gonzalez. La ques­tion inversée, c’est de savoir qu’elle joueur n’a jamais donné l’impression qu’il allait gagner la partie même après avoir mené 2 sets 0, et même avec une balle de match. Et la réponse c’est Richard Gasquet. 

On va d’ailleurs expli­quer la chose en prolon­geant le paral­lèle très judi­cieux qui a été fait par un de nos lecteurs entre Gasquet et Matthieu alors même que ces deux joueurs n’ont pas le même jeu et pas la même carrière. Leur approche mentale de la compé­ti­tion est semblable : ce sont des combat­tants, mais ce ne sont toujours pas des gagneurs. On ne dit pas ça parce qu’ils perdent d’un rien les matches tendus, on le dit parce que jamais dans ces matches‐là ils ne donnent une seule fois l’impression au public et surtout au mec d’en face qu’ils vont gagner. Leur rage est réelle, pas fantoche, mais ce n’est pas la rage d’un mec persuadé de son destin, c’est une rage défen­sive, une rage en recu­lant, la rage du mec qui prend des bourre‐pifs et rend les coups, la rage du blessé, pas celle du bles­seur. D’ailleurs le bles­seur n’est jamais rageur, il est juste résolu à avancer et à en finir, froi­de­ment, pour éviter les coups et les rounds inutiles. D’autres affaires l’attendent, plus sérieuses. Rappelons cela pour rela­ti­viser la vraie dimen­sion de ces défaites « rageantes » : Mathieu et Gasquet, c’est la chro­nique de gars à qui toutes ces tragé­dies tennis­tiques arrivent bien avant les quarts de finale de Grand Chelem. Ca fait des histoires sympas à raconter les dimanches matins pendant les matches par équipe, mais ça ne fait pas trem­bler les livres d’or.

C’est quoi le problème ? C’est que Matthieu et Gasquet sont trop gentils. On le répète mais on les croise parfois, on écoute leur confé­rence ou on tombe sur une vidéo et on a compris que rien n’a changé. Ils ont cette gentillesse du gars « trop bon‐trop con ». Vous savez, ces êtres char­mants que vous rencon­trez toujours une ou deux fois dans une vie, qui deviennent d’ailleurs souvent vos amis, vos petits princes roman­tiques, toujours dans la lune, à qui vous passez tout tant ce côté Pierrot vous les rend atta­chants. Ce sont des êtres guidés par le plaisir et le beau geste, inca­pables de perver­sité, inca­pables d’un coup pendable, juste un peu maladroit dans leur senti­ment, et puis très balourds le jour où ils se mettent en tête de s’intéresser à l’autre moitié de l’humanité. S’il y a un groupe « Je drague sur Facebook et ça m’arrive de prendre des gros râteaux même si je suis connu », on sait qui on inscrira en premier. 

Gonzalez, désolé, mais samedi il déga­geait autre chose et dès les premiers jeux. C’était le p’tit maque­reau de Santiago. On l’avait déjà vu faire le margoulin en ne se souve­nant plus si sa raquette avait touché une balle de James Blake et « si t’as entendu quelque chose, c’est ton problème, James, pas le mien ». Samedi c’est encore lui qui faisait le trot­toir et rele­vait les comp­teurs, lui qui a sorti les coups droits insensés de son chapeau aux moments clefs et qui a mené la danse d’un public chilien version Coupe Davis dont la transe perma­nente usa douce­ment les nerfs de Gasquet. Même mené deux sets à zéro, Gonzalez était persuadé qu’il pouvait encore gagner… puisqu’il jouait Gasquet. Ca se voyait, ça se sentait, c’est tout. 

Certes Apolline ne tient pas à encou­rager la putas­serie à tout crin, et elle ne cessera de rappeler que la gentillesse reste une grande qualité humaine. Mais pas sur un terrain de sport. Sur un terrain de sport, il y a un jeu de rôle vivant, une atti­tude morpho­psy­cho­lo­gique à incarner et dont le meilleur acteur du monde, comme par hasard le plus réservé de tous dans la vie, est l’actuel numéro 1 mondial. Charmant dans le civil, Nadal est ce tueur sur le court dont on notera la parfaite compré­hen­sion de cette ques­tion de statut dans le fait même d’avoir remis des manches longues et des couleurs plus discrètes depuis qu’il est numéro 1 mondial. L’habit fait la fonc­tion et la fonc­tion fait le compor­te­ment. Quand on lui demande ce que ça lui fait d’humilier Christophe Rochus 6–0 6–2 6–2, Rafa rappelle sans état d’âme que « le sport, c’est comme ça », c’est accepter de jouer à ce jeu‐là. Quand elle rencontre Simon et Tsonga, Apolline voit tout de suite qu’avec eux, ce sera égale­ment comme ça ; Monfils, déjà un peu moins ; Gasquet, Matthieu (et rajou­tons Clément et Santoro) pas du tout. 

Bref Apolline n’aime pas beau­coup les enfants de chœur, les bénis‐oui‐oui, les puceaux de la vie et les tenants de la morale à quatre sous, et pour saisir que c’est toujours un enfer que ces bisou­nours pavent de leurs bonnes inten­tions, elle conseille de voir le grand film fran­çais : « La vie d’un honnête homme » de Sacha Guitry. Michel Simon y joue Gasquet et Gonzalez dans le même film. On a pour­tant bien compris à la fin (et sur les subtiles paroles du trou­ba­dour Mouloudji filant dans le brouillard) quel destin était le plus enviable.

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