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D’accord Apolline est jetlagée mais il y a un truc qu’elle n’a pas compris

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Roland Garros est terminé ? Nadal a gagné ? Combien ? 3 sets secs ? 6–0 au dernier ? Et main­te­nant c’est Wimbledon ? Et tout le monde en parle comme si rien ne s’était passé ? Les gens parlent encore de Federer comme plus grand joueur de l’his­toire du tennis ? Ils osent encore ça ? Ils sont marrants, les gens. 

De passage rapide à Paris dans le cadre du tour du monde 2.0 qui lui sert d’étude sur le type de rela­tions sociales que nous dessi­nons à passer nos jour­nées à branler du clavier sur portable ou sur PC, votre Apolline a pris connais­sance de ce que la planète était tout de même parvenue à dérouler comme soubre­sauts trépi­dants en son absence. Alors comme ça, la France a été très vite éliminée de l’Euro ? Ah oui mais ça, Apolline avait déjà annoncé le truc sur d’autres ondes et dès les matchs amicaux : quand on n’a pas de numéro 10, tout le monde se met à jouer à cette place, même Toulalan. Ah bon Carla Bruni a chanté qu’elle avait 30 amants ? C’est un bon début mais c’est un peu léger au regard du tableau de chasse de votre Apolline qui n’a d’ailleurs nul besoin de le cheinter dans le poste ou chez Libé, pudeur oblige. Quoi encore ? Il y a Wimbledon en ce moment ? Ah ça par contre Apolline est au courant, elle vient de voir les deux hiboux Murray et Gasquet faire croire qu’ils avaient fait un grand match parce que leur petit hulu­le­ment avait fait mouiller la londo­nienne post­pu­bère entre deux fautes directes qui si elles étaient évitées raccour­ci­raient le match de 3 sets et leur permet­traient de finir l’af­faire sans lampe fron­tale (notons une fois de plus la préci­pi­ta­tion avec laquelle le jeune Richard a encore essayé d’écourter les débats en allant chiouner dès les premières notes du crépus­cule). Heureusement tout ça sera très oublié dans deux jours, quand Nadal et Federer auront rappelé ce que c’est le tennis, joué sérieu­se­ment, toute l’année, de janvier à décembre. 

Et reve­nons une fois de plus, toujours une fois de plus sur nos deux lascars, car dans quelques heures, votre Apolline repart en vadrouille pour sa chasse à l’élé­phant africano‐geek. Elle ne peut pas s’au­to­riser la paren­thèse trop longue. Pas le genre à se relâ­cher en début de 3ème set, votre copine, alors elle enchaîne. 

Il s’est quand même passé un truc énorme il y a 3 semaines, non ? Le fameux « plus grand joueur de tous les temps », il s’est pris un genre de plus grande branlée de tous les temps, non ? Et alors colos­sale la branlée, dantesque la branlée, extra­ter­restre la branlée. Un truc où même le pauvre Nadal il était gêné. Et quoi ? C’est normal ? C’est pas sa meilleure surface à Roger ? C’est la malé­dic­tion de Paris et de Pierre Barthes combinés ? C’est drôle parce que tous ces gens qui depuis 5 ans sont si promptes à sortir les tablettes quand ils parlent du Suisse, ils ont oublié de ressortir leur petit Wikipedia illus­trée après cette avoinée. Pourtant en googli­sant sur les bonnes stats, pensent‐ils qu’ils vont en trouver beau­coup des plus grands joueurs de tous les temps qui ont pris une dérouillée comme ça en finale de Grand Chelem ? Laver ? Borg ? McEnroe ? Vous rigolez ? Même Sampras, on l’a vu se faire breaker et rebreaker sans chignoler par Safin à l’US Open, et un peu plus tard par Hewitt, mais regardez quand même le score, c’est resté décent et on n’a jamais atteint les signes exté­rieurs du camou­flet qu’a du essuyer Roger Federer il y a trois semaines : l’at­ti­tude, l’énergie que le mec a fait passer là en direct, la sensa­tion qu’il a procuré à la foule pari­sienne par le simple fait de marcher, de bouger, de courir, de jouer au tennis, de parler, de serrer la main de son adver­saire. Enfin c’était l’en­cé­pha­lo­gramme plat, platis­sime, creux, vide de tout, plein de rien. A l’exact opposé de ce qu’Apolline appe­lait de ses vœux avant le match. Le mec ne nous a rien donné. Même dans la branlée, même humilié, Federer a encore réussi l’ex­ploit de ne rien nous donner. 

Mais qui a envie d’être Federien après ça ? Qui ça peut faire rêver d’être Federer ? Qui et à quelle heure ? « Se rassurer », ah ça oui, ça « se rassurer » on a compris que c’était le credo des derniers fede­riens et des mères de famille. Federer rassure. Le mec rentre à Wimbledon avec sa veste blanche et tout le monde respire : la tradi­tion est là et Hrbaty, pauvre spar­ring partner, peut faire tourner le premier tour du Suisse à une exhi­bi­tion. Il y a plus qu’à se faire servir le thé le long du court et c’est back to Bombay du temps d’Amritraj. Mais « rêver », qui a envie de rêver, de s’iden­ti­fier, de sauter sur sa chaise, d’écrire quoi que ce soit d’ins­piré sur Federer après ça ? Et votre Apolline, elle a été gentille parce que pendant 6 mois elle n’a jamais attaqué le Bâlois, elle a attendu qu’il puisse jouer à armes égales avec ses adver­saires. Mais là c’est bon, stop, on ferme, et ne croyez pas qu’une victoire dimanche chan­gera quoi que ce soit à ce que ce mec trans­pire et trans­fi­gure à travers son tennis ? Vous croyez que désor­mais il va nous faire oublier un Hoad, un McEnroe ou même de simples joueurs moins fournis en palmarés comme Noah ou Leconte ? Du fond des mille joies vers lesquels ces gens nous ont trans­posé ? L’ivresse, vous souvenez‐vous encore de l’or brûlant que fait couler en soi cet état : l’ivresse ? Vous croyez qu’un jour Apolline aura envie de faire un docu­men­taire sur Roger Federer ? Pour parler de quelle ivresse ? Pour montrer quoi ? Quoi de mieux que les petites compils de jolis coups sur Youtube ? La plus value, elle sera où, dites‐moi ? Dans quel trai­te­ment ? Dans quel angle original ? Il faut tirer sur quel fil de quelle pelote de Federer pour arra­cher quelle peluche de mémoire et de momentum cinématographique ? 

Pour la petite anec­dote et en prévi­sion de dimanche, Apolline a de toute façon déjà préparé sa revanche person­nelle et perfide. Souvenez‐vous, c’était il y a deux ans : le dénommé David Foster Wallace avait signé dans le New York Times un article inti­tulé « Federer as a reli­gious expe­rience », le papier type de l’es­sayiste pour qui Rodge c’est Wolfgang Amadeus avec une raquette. Pour ça on avait déjà Serge Daney dans les années 80. Ce que vous savez peut‐être moins c’est que David Foster Wallace est un roman­cier très branché sur le futur des idées et sur celui l’Internet, le genre de mec assez incon­tour­nable quand vous êtes censé faire un film plané­taire sur l’Internet. Surtout quand comme votre Apolline, dès lors que vous avez décidé de tous les voir, vous les voyez tous. Mais vrai­ment tous. 

Mais un mec qui parle aussi mal de tennis, c’est le passe­port certain pour le diesel affectif, et ça n’a rien à faire ni dans le prochain film d’Apolline, ni dans un site qui s’ap­pelle Welovetennis.