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Federer et Apolline, dans l’attente de la fenêtre météo

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Elle n’a pas beau­coup pris la parole pendant cette quin­zaine, votre Apolline. Pour ainsi dire, on ne l’a pas entendu. Non, pas qu’elle n’avait pas grand‐chose à dire, mais que tout en n’ayant pas raté un match de la première semaine, depuis la fosse du Lenglen, du Central ou du numéro 1 (le meilleur endroit pour comprendre le tennis), l’esprit d’Apolline n’était pas complè­te­ment là. Pas de hasard à cela. Apolline est arrivée cette année à Roland dans un certain état de tension. Une grosse pres­sion pesait sur elle. Elle bouclait en effet le week‐end dernier le tour­nage de son dernier film entamé, souvenez‐vous, pile le jour de la finale Nadal‐Federer à Roland 2008. Tout se concluait enfin après douze mois de rebon­dis­se­ments dont huit passés dans une ambiance de conflit larvé avec la chaine diffu­seuse sur ce qui devait consti­tuer la scène centrale et une partie de l’originalité du film. De guerre lasse, et au bord du préci­pice – l’arrêt défi­nitif du projet – la chaine et le produc­teur avaient donné l’autorisation, du bout des lèvres, de « payer pour voir ». Apolline était donc dans sa semaine fatale, celle où elle n’avait pas intérêt à se déchirer, d’autant plus que la scène en ques­tion, tech­ni­que­ment compli­quée, devait se tourner sur un bateau et qu’elle avait déjà été annulée deux fois à cause du mauvais temps. 

La météo. Drôle de truc, la météo. Nous venons d’un monde qui pendant des millions d’années n’a pu conce­voir la sortie de caverne et l’appréhension de la vie qui se trouve dehors sans jeter un premier regard sur le ciel et essayer d’y trouver un sens à la journée qui s’ouvre. Fait‐il beau ? Sourire. Fera‐t‐il beau cet après‐midi ? Soucis. Pleuvrait‐il ? Tristesse. Après la pluie, le beau temps ? Espoir et la sensa­tion de bien‐être qui monte en soi. Le soleil est là et tout devient possible, l’énergie est à dispo­si­tion. Il pleut et c’est la déprime, on n’a rien envie de faire. Tout change si vite. Tout tourne site vite. « Ca tourne très vite », grande phrase de 2009 et des années à venir. De l’homo sapiens à l’homo meteos, la prévi­sion du temps s’est passa­ble­ment sophis­ti­quée. Elle a remplacé la grenouille ou le genou plein d’arthrite par l’animation satel­lite, elle a essayé de ratio­na­liser tout ça, de rassurer les hommes sortant des cavernes modernes. Il fait de plus en plus souvent beau quand Météo France a prévu qu’il le fasse. Il vente souvent à la minute à laquelle Windguru l’avait prédit. Ca colle à foison. Mais pas toujours. Les deux fois où Apolline a annulé le tour­nage pour cause de fenêtre météo annoncée comme étant catas­tro­phique, il a évidem­ment fait superbe. La chute, vous la voyez venir. 

Apolline arrive samedi dernier au bord de la Méditerranée. C’est annoncé grand beau temps pour tout le week‐end sur l’ensemble des sites Internet. Le soleil est très impor­tant car la scène est sensée se passer aux Antilles. Le soleil est égale­ment impor­tant parce qu’il doit incarner par sa seule présence la fenêtre d’oxygénation et même la porte de sortie d’un film qui parle de narcis­sisme à la sauce digi­tale. Mais l’astre jaune, le grand et beau dieu Râ, Apolline va passer son week‐end à le cher­cher entre deux masses nuageuses, sombres, têtues, donnant l’impression de n’être là que pour foutre en l’air un an de travail. Voilà même, dimanche midi, le petit lot d’ondées qui rafrai­chit encore sévè­re­ment l’ambiance sur le bateau‐plateau et tend les deux sour­cils d’Apolline en accent circon­flexe pour le reste de la journée. Ces deux yeux ne vont plus quitter le ciel maugréant la « pute borgne » de n’avoir aucune commi­sé­ra­tion pour les réali­sa­teurs navi­ga­teurs. Que dire ? Que faire ? Eh bien Apolline a fait ce que n’importe quel numéro 1 mondial aurait fait dans la même circons­tance. Elle a fait comme elle pouvait, elle a fait avec ce qu’elle avait dans ses cordes. Elle a fait le truc minimum qui permet, peut‐être, peut‐être, de s’en sortir, et on verra bien ce que ça donne devant le ban de montage. Quand la scène était enfin mise dans la boite avec toutes les incer­ti­tudes qui planaient sur le rendu visuel de la chose, Apolline pouvait revenir à terre, rebran­cher son portable et décou­vrir que pendant ces deux jours passés au milieu de la mer, un cata­clysme avait eu lieu. Un cata­clysme qu’aucun météo­ro­logue, ni sismo­logue, ni tenni­so­logue n’avait non plus prévu et ne pouvait prévoir. Pas même ceux qui l’avaient annoncé… sans y croire complè­te­ment. Rafael Nadal, quadruple vain­queur de Roland Garros, invaincu en ce lieu, s’était fait sortir par Robin Soderling au quatrième tour du tournoi. Le séisme. 

Quand elle lisait pour­tant dans le ciel de Rafael Nadal il y a quasi­ment un mois de cela, à la sortie de sa victoire au tournoi de Rome, Apolline s’était demandée tout haut et de concert avec Manolo Santana jusqu’où l’Espagnol pouvait progresser comme ça. Sa lune était en bélier, et son verseau ascen­dant de la mer. L’avenir semblait ouvert. Tout en ayant néan­moins rappelé en quoi la diffé­rence entre la domi­na­tion de Nadal et celle de Federer s’incarnait par la vulné­ra­bi­lité imma­nente du premier là où le deuxième avait lors de sa grande période d’hégémonie assuré des semaines et des mois « d’injouabilité », elle ne voyait pas comment un joueur de l’ATP pouvait lui prendre trois sets dans le même match à Roland Garros, Federer inclus. 

La météo allait changer très vite. 

C’est que votre Apolline ne savait pas encore – nul ne le saurait avant son arrivée à Paris – que Rafael Nadal commen­çait déjà à souf­frir de son genou, plus parti­cu­liè­re­ment depuis Madrid au point d’arriver à la Porte d’Auteuil avec un masque que la seule pres­sion du record des cinq Roland d’affilée ne pouvait expli­quer. Pour avoir un peu mieux saisi la vie et la psycho­logie du person­nage par la colla­bo­ra­tion au livre Le Monde de Nadal, le masque sur le visage de Rafa en confé­rence de presse à l’issue des trois premiers matches, masque se creu­sant au fil des tours, nous rame­nait au seul autre moment où l’Espagnol avait laissé trans­pirer un « face language » trahis­sant sa profonde inquié­tude. C’était à la fin 2005, quand suite à une première alerte au pied, sa famille et lui se deman­daient déjà sérieu­se­ment s’il pour­rait conti­nuer sa carrière. Pendant des semaines, le Majorquin avait tourné dans sa chambre comme un lion en cage, trans­por­tant chaque matin sur son visage sa peine de ne pas pouvoir prati­quer serei­ne­ment sa passion. Jamais sa famille ne l’avait vu à ce point abattu. Tout le clan Nadal était désolé pour lui. Rien ne venait réchauffer son cœur. 

Dès le premier match et plus encore lors du deuxième tour contre Gabashvili qu’Apolline a regardé dans les plus infimes détails en ne quit­tant pas Nadal une seule seconde des yeux, on était en mesure de véri­fier ce que Patrick Mouratoglou répé­tait depuis quelques jours, vrai­sem­bla­ble­ment après avoir vu le match de Rafa contre Djokovic à Madrid : Nadal jouait au centre, très court, ouvrait très peu les angles, se conten­tait d’un jeu de contre‐attaque et en gros de gérer avec son statut d’ogre mangeur d’enfants les coups de stress et les baisses de régime de ses adver­saires. Patrick situait là les causes d’un abais­se­ment relatif de son niveau. Si on allait encore plus loin en suivant Nadal à la trace : de ses entrai­ne­ments à la Tyson jusqu’à ses confé­rences de presse d’ex-agent du KGB, on compre­nait qu’il s’agissait en fait des effets. Si Nadal n’attaquait pas, si Nadal n’ouvrait pas les angles, c’est qu’il n’avait pas ses appuis pour le faire, ses fameux appuis qui sont le ther­mo­mètre de sa confiance et lui ont permis pendant les cinq premiers mois du circuit de raccourcir de plus en plus les échanges, de s’économiser, manière de rappeler au passage que le tennis est un jeu de jambes avant d’être un jeu de bras. Sans son ancrage au sol, et déjà pris de vitesse sur la terre battue ultra rapide de Madrid, celle légè­re­ment accé­lérée de Roland – sans parler des balles, très vivaces, Apolline a mis une bonne grosse minute pour régler son curseur avant de jouer avec McEnroe -, Nadal avait repiqué les vieux réflexes de reculer, ceux qui lui permet­taient de se sortir au mental des griffes d’un Serbe en chaleur, mais pas d’un Federer de retour au premier service. Météo chan­geante, l’inquiétude née à Madrid avait été effacée par un moment de grâce, cet instant magique où ses fans s’étaient mis à ses pieds pour se pros­terner devant sa capa­cité de résis­tance. « Rafaaaa, Rafaaa » faisait le peuple nada­lien en bais­sant les bras en signe d’adoration. On avait l’image de l’année… hors Grand Chelem. Rien que pour cette raison, Nadal devait évidem­ment aller jouer Madrid. Oui c’était trop, mais Madrid sans Nadal en première année de la nouvelle formule et de l’inauguration de la Boite magique, ce n’était tout simple­ment pas possible. On rajoute au passage la chose suivante. Nadal à Rotterdam, ça fait aussi partie du person­nage, de sa gran­deur et de son sens de l’engagement. Il l’avait promis à Krajicek après le petit raté de l’année précé­dente, il l’a fait. Qu’on ne voit jamais ici des ques­tions d’argent ou d’agent véreux qui l’exploiterait comme une femme à barbe. Rafael Nadal n’a pas besoin d’argent, sa famille est une des plus riches de l’ile de Majorque, et son entou­rage n’a cessé depuis le début de sa carrière de refuser des offres miro­bo­lantes au nom de la conduite intel­li­gente de la carrière du petit prodige. Qu’on cesse égale­ment avec cette histoire de fils du président ouzbèke, tout cela ne mènera à rien. 

La piste plus sérieuse, c’est que le grand serpent de mer nada­lien du genou qui grince ressor­tait. Il était pris très au sérieux, telle­ment au sérieux par la famille qu’on compre­nait fina­le­ment et rétros­pec­ti­ve­ment le pour­quoi de l’attitude de Rafael et de son entou­rage à Paris, l’oncle Toni, mâchoire aussi serrée que son neveu. Si on inté­grait à la fois la réalité des problèmes physiques du numéro 1 mondial, et de l’autre l’omerta absolue sur le sujet, à l’inverse totale de Gaël Monfils racon­tant au bout de dix secondes qu’il ne pouvait pas tenir plus d’une heure et demi (ce qui se révéla vrai dès que Federer lui fit dépasser le quota prévu), on compre­nait que le clan Nadal était venu faire un beau petit coup de bluff à Paris, faire la passe de cinq sur une jambe sans moufter. Le gamin avait serré les dents à l’Open d’Australie, il pouvait bien les serrer une fois de plus pour le grand chelem suivant. 

D’ailleurs la météo chan­geait encore. Annonce d’une embellie. Oui, Nadal jouait vrai­ment mal mais ne gagnait‐il pas et sur les scores habi­tuels ? Et n’avait-il pas par le passé démarré aussi labo­rieu­se­ment son tournoi ? La gifle passée à Hewitt ne rassurait‐elle pas tous ses fans ? Apolline avait quitté Roland pour la Méditerranée en se disant que tout de même on était en présence d’un drôle de Rafa, pas vrai­ment dans son assiette, avec dans l’œil une noir­ceur jamais entrevue jusqu’à présent. Mais quand il fait soleil, il faut tourner. Silence, moteur, ça tourne. La scène est bonne. Apolline joue bien pendant deux minutes. Toujours son petit passing en bout de ligne qui la sauve. Apolline s’en sort toujours, s’en sortira toujours. Espoir. Foi en soi. Miracle possible. 

N’est-ce pas fina­le­ment ça qui s’est passé pendant le match contre Soderling (qu’Apolline a évidem­ment revu en inté­gra­lité dès son retour au bercail). Pendant quatre sets, un public dont on dira un peu plus tard ce qu’on en pense, a poussé pour que le petit bouffe le gros, tout en se disant que le gros avait telle­ment de fois retourné la situa­tion qu’il s’en sorti­rait bien à un moment. Comme d’hab. Tiens, 6–5 40 égalité dans le 4ème set, avec un peu de chance, une éclaircie pouvait passer au‐dessus de Roland. Mais non, pas dimanche, on vous l’a dit : ce putain de nuage sur la tête qui squatte à la journée et un Söderling en mission pour le Seigneur. Et le scénario de l’improbable qui devient possible tout en préser­vant sa part d’incrédulité. Réécoutez bien la respi­ra­tion du public à 3–1, 4–1, 5–1 dans le dernier tie‐break. Il pousse le Suédois mais il n’arrive toujours pas à y croire. Même quand Rafa sort un nouveau coup de magi­cien à 6–2, il se dit « C’est pas possible, il va revenir ». Quand il saisit enfin que le Majorquin est vrai­ment en train de se faire black­bouler, quand il saisit enfin ce que ça va vouloir dire pour le tournoi et pour le joueur, il est déjà trop tard, Rafa a quitté le court sans demander son reste. 

Une indis­cré­tion d’un chauf­feur à notre précieux collègue Christian Despont parle d’un Rafael cachant ses larmes derrière des lunettes noires pendant tout le trajet de l’hôtel à l’aéroport. Qui cela surpren­drait encore ? Qui sur ce site est encore assez stupide pour être étonné par ça ? Qui est même assez bête à bouffer du foin pour parler de faiblesse ? Qui dans le cadre des duels Nadal‐Federer a pleuré le premier (et Apolline ne dit pas ça pour dire que Federer pleure moins que Nadal parce que c’est vrai­sem­bla­ble­ment le contraire et c’est là toute leur gran­deur, auquel Apolline, lacry­male de première, avait rendu hommage à l’Open d’Australie) ?

Bref si vous vous demandez encore pour­quoi Apolline est nada­lienne alors qu’elle joue comme Federer, ça reste toujours pour la même raison, pour faire passer un certain nombre de messages complé­men­taires auprès d’un public fran­çais légi­ti­me­ment transi devant le Suisse mais large­ment à côté de ses pompes concer­nant l’Espagnol, et ce depuis son premier match contre Grosjean et cet inci­dent tour­nant au tollé démago, où déjà Rafael avait fait preuve d’une sobriété et d’une matu­rité admi­rables vu le contexte. Pendant les trois ans passés à être numéro 2, conti­nuant d’entrainer cette litanie de critiques et de bémols indi­gents de la part de spécia­listes qu’on ne nommera plus, Nadal l’a fermé et a fini de faire le reste du chemin tout seul. Ce chemin qui met tout le monde d’accord, celui qui met des actes sur les prévi­sions portées à bout de bras par de rares connais­seuses comme Apolline. Il est désor­mais le numéro 1 mondial, un cham­pion immense, un virtuose à sa façon, qui reste dans la vie de tous les jours un garçon poli, intel­li­gent, sensible, atta­chant car inquiet, et terri­ble­ment coura­geux à la mesure de cette inquié­tude et des peurs d’enfant qu’elle fait remonter à la surface. Ce garçon a remis Roland Garros au cœur de l’année calen­daire en lui donnant avec Roger Federer une conti­nuité et une lisi­bi­lité plus entrevue depuis les années 80 et dans un autre genre l’épopée Kuerten. Ils consti­tuent à eux deux l’attraction perma­nente du tournoi, l’entrainement le plus couru, auquel tout le monde veut assister, la séance d’autographes la plus longue pour les enfants. Et voilà comment Roland traite un de ses deux « cham­pions ». Eh bah …. bravo, big up pour le public pari­sien. La seule bonne nouvelle, c’est qu’après ça, Apolline en a repris pour deux ans à sortir son bâton de pèlerin pour botter quelques derrières d’ânes bâtés. 

Mais Nadal et Djokovic désor­mais sortis, la fenêtre météo s’ouvre enfin pour Roger. Un peu de soleil annoncé pour dimanche prochain, on ne crache pas là‐dessus. Reste qu’une semaine, c’est long, très long. Beaucoup de choses peuvent se passer entre temps. Le tennis, le temps, ça tourne très vite. Apolline l’a déjà dit ? Pas grave, elle répète inlas­sa­ble­ment. Cela tourne très vite. Patience, patience. Attendre la fenêtre météo, c’est la stra­tégie que le Suisse avouera avoir toujours eu en tête. « Nadal tombe­rait bien un jour » dira Roger au micro de France Télévision. Ce jour‐là, lui aurait intérêt à être encore dans le tournoi. De la chance, Federer ? Oh non, surtout pas. Chaque année, ce billet de présence, il l’a payé et chère­ment concer­nant le dernier ticket acheté en 2008. Chaque année, Federer est reparti la queue basse avec une veste taillée sur mesure, la dernière cintrée au niveau de la taille, doublée en peau de poule. Non, non, son titre à Roland, sa joie, ses larmes, l’hymne de la Suisse libre, Federer les a mérités 2000 fois. 

Et le débat de la place de Federer dans l’histoire du jeu de se reposer à nouveau. Fatalement. Dans son texte fonda­teur, écrit à la sortie du titre de Roger à l’Open d’Australie contre le Chilien Gonzalez en janvier 2007, « Non, Federer n’est pas encore le plus grand joueur de tous les temps », Apolline avait posé trois condi­tions incon­tour­nables. 1) Gagner Roland Garros, le tournoi le plus diffi­cile du monde, 2) Battre plus souvent Nadal que Nadal ne le battait, 3) Rentrer en transe. 

La première condi­tion est désor­mais remplie. Roger Federer a gagné Roland Garros et c’est l’occasion pour Apolline de dire tout ce qu’elle a fran­che­ment aimé dans son jeu pour y parvenir. Dans l’ordre : la qualité de première balle profon­dé­ment retra­vaillée à l’entrainement avec une forme de perfec­tion atteinte sur les quatre aces du tie‐break de la finale, le service slicé long comme on n’avait plus vu de slice de cette qualité depuis au moins Michael Stich, le service kické fort côté gauche pour enchainer avec le déca­lage coup droit et l’attaque décroisée, le coup droit qui fait encore plus mal quand il peut se trans­former en une amortie soudaine, écœu­rante, tuante à la répé­ti­tion (Apolline a dit qu’elle pouvait faire un docu­men­taire entier sur les penaltys de Maradona, elle peut désor­mais faire une cassette sur les amor­ties de Federer, incluses 26 minutes sur celles tirées de derrière la ligne de fond), la variété de revers liftés, chopés, courts croisés ou amortis (un petit point de désac­cord avec Patrick Mouratoglou mais dont nous repar­le­rons longue­ment en septembre sur la ques­tion des revers à une main et à deux mains), la qualité du petit place­ment de Federer (même si on le dit, Roger ne bouge et ne couvre toujours pas aussi parfai­te­ment sur terre qu’un vrai spécia­liste comme Kuerten ou Nadal), l’endurance physique impec­cable pour pouvoir tenir tous les renver­se­ments de partie et attendre son heure sans pani­quer, enfin un truc qu’on a retrouvé et qui est la vraie marque du génie de Federer : cette créa­ti­vité dans le jeu et cette tech­nique d’école qui lui permet de « cacher la balle ». Cette sensa­tion fut encore plus prégnante depuis qu’Apolline a joué avec le maitre de la dissi­mu­la­tion, John McEnroe, et discuté de ça avec lui. Avec John, Roger est le seul joueur dont, personne ne sait où la balle va partir. Le nombre de fois où Söderling fut pris lors de cette finale, le nombre de fois où on le retrouva sur les talons ou planté à contre‐pied, fébrile ou en retard sur sa reprise d’appui, par le simple fait de ne pas savoir où ça allait atterrir, situent la vraie capa­cité d’illusionniste de Federer, et pour avoir vécu la situa­tion avec McEnroe vendredi dernier, c’est un senti­ment qui vous fragi­lise tota­le­ment dans votre couver­ture du terrain.

Concernant la deuxième condi­tion, battre Nadal plus souvent qu’il ne le bat, les lecteurs de GrandChelem‐Welovetennis n’auront pas oublié que depuis que le score est passé de 6–3 à 12–6, et au regard d’une nouvelle ère qui démarre quand le numéro 1 mondial change de casaque, Apolline a décidé de remettre les comp­teurs à zéro en début de saison. Depuis, Federer a perdu un match sur surface rapide, il a pris sa revanche sur terre battue. Ironie de ce duel, le débat sur les surfaces de prédi­lec­tion s’est inversé et on l’a bien compris, si Federer veut empê­cher Nadal de le dépasser prochai­ne­ment par la simple ques­tion du déca­lage de l’âge, c’est en ce moment qu’il va devoir lui mettre un petit coup sur le carafon pour freiner sa progres­sion dans les tablettes. Plus que jamais et par le fait même du poids de son absence, ce petit fantôme errant sur l’édition 2009 (tu te souviens, c’était l’année où Nadal s’était fait sortir par l’autre Suédois là, comment il s’appelait déjà…), Federer a bien compris qu’on ne lui lâchera jamais la grappe sur sa riva­lité et sur ses problé­ma­tiques spéci­fiques face à son frère ennemi. Si Nadal remet­tait la main sur le jeu dès Wimbledon, à l’Us Open, en Australie ou à Roland l’an prochain, aucun des obser­va­teurs ne manque­rait de rappeler à Federer ses derniers titres empo­chés… dès que Rafa n’est pas là. Mais une donnée a changé dans leur duel, c’est l’image des deux joueurs. Avec l’année de semi‐purgatoire qu’il a traversée, Federer est sorti de sa période « mons­trueuse », ce qui a redonné du suspense, du cachet et un grand élan popu­laire à sa quête d’absolu. De son côté, Nadal a récu­péré le mistigri de la place de numéro 1, atteint le sommet de son impe­rium à Rome et fina­le­ment connu sa première forme de chute brutale avec sa défaite à Roland. A l’heure où il déclare forfait au Queens et où tout le monde s’inquiète de l’état de ses genoux, il ne serait pas éton­nant qu’il soit vite l’objet d’une vague de sympa­thie et d’encouragements pour un retour prochain, afin qu’il vienne nous régaler de sa présence. Le circuit a tant besoin de lui. S’il déclare forfait à Wimbledon, son absence pour près d’un mois exal­tera plus encore la volonté de réha­bi­li­ta­tion de son œuvre, l’amour de ses fans et le respect de ses détrac­teurs à son endroit. La popu­la­rité est une chose ambiguë que se nourrit de grands moments de domi­na­tion mais aussi de vrais accès de faiblesse. En moins d’un an, Nadal et Federer nous sont rede­venus humains. Nous pouvons appré­cier plus encore la majesté de leur perfor­mance. Pour Federer, il s’incarnera dans le record qui tue, une stat à la Lendl : 20 demi‐finales de suite en grand chelem. On parle bien de Lendl et pas d’un autre au regard de deux réfé­rences peu connues mais saisis­santes : huit finales de suite à l’US Open, trois victoires d’affilée en trois semaines sur trois surfaces diffé­rentes. Ca vous pose un gaillard et il est effec­ti­ve­ment bon de rappeler que Lendl s’est taillé ce genre de statis­tiques à l’in­té­rieur de la plus grosse adver­sité de l’histoire du tennis, de Borg à Agassi. 

Concernant la troi­sième condi­tion, la moins palpable, la plus subjec­tive, et pour­tant quelque part la plus impor­tante pour Apolline, la ques­tion de l’impression réti­nienne sur notre mémoire de petits et des grands enfants, il faut là aussi faire un petit flash‐back avant de lâcher la scène du happy ending sous une pluie fine. Votre Apolline, elle lui en a bien mis dans la pipe au père Federer depuis trois ans. Là encore on ne pourra pas l’accuser d’avoir hurlé avec les loups, elle a balancé lorsque le Suisse était à son firma­ment, elle a balancé même quand il sauvait le coup avec ses tours de pres­ti­di­gi­ta­teur, elle a balancé quand il donnait l’impression de gérer à sa main les droits de sortie accordés dans le vestiaire, et elle a encore plus balancé quand Nadal, puis Djokovic, et derniè­re­ment Murray ont fini de faire ressortir les insuf­fi­sances tennis­tiques de la géné­ra­tion précé­dente et les diffi­cultés du Suisse dès qu’on lui propose une résis­tance mentale et tech­nique vrai­ment tenace. Pour le reste, Apolline n’a cessé de répéter que ce mec‐là joue pour les Grands Chelems, que sa ques­tion c’est celle des cinq sets (voir le dernier dossier du GrandChelem 13), et que jusqu’au dernier grand chelem joué, Federer, comme Sampras, sera toujours en mesure de l’emporter.

Mais c’est quoi la transe ? La transe en tennis, c’est le moment où vous commencez vrai­ment à avoir les miquettes, que vous n’arrivez plus du tout à le cacher et là se déclenche une espèce de réac­tion irra­tion­nelle, pas contrôlée, où vous sortez l’espace de quelques secondes de votre programme de rinçage pour vous révéler à vous‐même… ou vous écrouler. Prenons des cas très précis. En 1984, lors de sa finale contre Lendl, il y a un moment où McEnroe rentre en transe, c’est‐à‐dire dépasse ses limites physiques et mentales pour arra­cher un break à Lendl dans le 5ème set. Sur son visage, on lit un mec qui pour la première fois de sa carrière ne sait plus à quel saint se vouer. En rega­gnant sa chaise, il lève les yeux et les bras au ciel pour implorer le tout Grand de l’aider à prendre les trois derniers petits jeux qui lui manquent. McEnroe et Dieu, un mec de trop dans la salle, me direz‐vous ? Non, pas là, pas à ce moment‐là, Mac a besoin qu’on l’aide et pour la première fois de sa carrière, il fait ce geste. Dieu n’a pas répondu à son incan­ta­tion, mais le mouve­ment d’imploration restera pour l’éternité. Autre exemple désor­mais connu, il y a quatre mois en Australie, Nadal comprend qu’il est en train de se faire dégager par Verdasco. Comme nous l’a expliqué Claude Onesta, il est en train de sortir de son programme, déjà en train de se cher­cher des excuses, et là il saute sur un akène de pissenlit, le serre contre son cœur, fait son vœu et revient dans le jeu, prend ses respon­sa­bi­lités pour arra­cher la victoire, puis le titre dans la foulée. C’est un autre moment de transe. 

Qu’on soit bien clair, ce type de réaction‐là, non seule­ment Federer n’en est pas un grand habitué mais il est vrai­sem­blable qu’il n’y croit pas telle­ment. C’est un cerveau rationnel, qui raisonne longue­ment avant de se décider mais qui ne revient plus sur sa déci­sion une fois le choix fait, et qui en cela reven­dique depuis le début de sa carrière la « belle soli­tude » du joueur de tennis. Sur un court, on est seul avec ses armes, c’est par la tactique, la tech­nique et l’expérience qu’on doit s’en sortir. Halte là les coachs et autres donneurs de conseils aux premiers chan­ge­ments de côté ! Restez en dehors du terrain ! Le tennis c’est une situa­tion à la demerde your­self devant un problème qui réunit deux parties : soi et soi.

Il a néan­moins un peu changé depuis un an notre ami Rodg’. Toujours très soutenu par le public pari­sien, on ne pouvait pas dire qu’il s’était jusqu’à présent appuyé là‐dessus pour créer une vague porteuse. Apolline s’en était attristée l’an dernier. Federer restait dans son monde, faisait son petit geste d’applaudissement de sa main droite dans la raquette, alors que tout le monde était prêt à s’enflammer pour lui. Cette année, le Suisse a enfin accepté de capter tout ce qu’on lui renvoyait en direct. Bien sûr, encore aujourd’hui on aurait du mal à définir le poids de ce soutien popu­laire dans le dessin de la victoire, mais il suffit de l’écouter à la sortie de son triomphe pour comprendre sa sensi­bi­lité sur le sujet. Il suffit surtout de penser à l’amour dont a juste­ment manqué Rafael Nadal, de penser à son départ en larmes et aux missiles envoyés le lende­main par Toni sur le public de Roland pour comprendre qu’aucun joueur ne peut l’emporter dura­ble­ment sans un peu d’adhésion collec­tive à l’homme et au projet de jeu. Même McEnroe – et on fait souvent cette erreur en pensant qu’il adorait allumer les spec­ta­teurs pour se remonter le bour­ri­chon – recon­nait avoir été désta­bi­lisé de voir le public se retourner contre lui et prendre la défense de Lendl juste pour voir un peu plus de tennis. On ne sera d’ailleurs pas étonné que Johnny Mac déclare avoir pris la victoire de Federer à Paris pour l’aboutissement tant attendu de ce qu’il n’avait pas pu atteindre 25 ans avant. On aurait aimé voir plus de volées lors de cette finale pour que la boucle fut vrai­ment bouclée mais le tennis a changé et on a bien compris l’essentiel dans l’hom­mage de John. 

Federer a égale­ment géré avec beau­coup de force mentale la pres­sion qui est immé­dia­te­ment montée de trois crans après l’élimination de Nadal. Il ne faut pas se la raconter. Il a telle­ment fait sentir à son entou­rage qu’il ne fallait pas lui parler de ça que cette circu­laire du silence trahis­sait sa nervo­sité devant des attentes qu’il savait expo­nen­tielles, en premier lieu les siennes. Le plus grand adver­saire de sa deuxième semaine était donc Federer lui‐même. Au troi­sième set de son match contre Soderling, il ne pensait déjà plus qu’à ça, ce qu’il avouait en confé­rence de presse : « Pendant le match. Mon esprit était toujours en train de me dire « Que va‐t‐il se passer si je gagne ? Qu’est‐ce que cela va vouloir dire ? Qu’est‐ce que je vais dire ? ». On est en mesure de comprendre là combien Federer est un être qui mouline dur au premier étage. Sur ces deux ques­tions : celle du public et celle de la pres­sion de l’histoire, il a démontré une faculté à dépasser son programme. 

Mais, car il y a toujours un mais – celui que vous avez attendu depuis le début de ce texte – Roger Federer a‑t‐il eu une seule fois vrai­ment peur pendant ces deux semaines ? Mais peur au point d’avoir cette réac­tion irra­tion­nelle appelée trans­cen­dance ? Contre Acasuso ? Non, il conve­nait lui‐même, avec un air très confor­table, qu’un double break dans le troi­sième set ce n’était pas un double break dans le quatrième. Contre Mathieu et contre Monfils ? Le premier set, Federer peut toujours le lâcher que ça ne change pas grand‐chose à la suite. Del Potro ? Un vrai choc mais l’Argentin explose physi­que­ment au 4ème set et son jeu baisse immé­dia­te­ment d’un cran jusqu’à la fin du match, Federer en a la certi­tude peinte sur le visage. Söderling ? Il lâche d’entrée un set qu’il ne faut jamais donner au Suisse, il court tout le long derrière le score, un scénario qu’adore Federer. Enfin le cas Haas, le match qu’il juge lui‐même comme le moment clef de la quin­zaine, d’autant plus quand pendant deux sets il révèle le vrai flot­te­ment du Suisse le lende­main de la bombe Rafa et ses petits problèmes de réveil quand il joue le matin. Question : les plus grands fans du joueur et le joueur lui‐même ont‐ils vrai­ment tremblé en direct ? Pour la petite histoire, le produc­teur d’Apolline, fede­rien en diable, était au télé­phone depuis Rotterdam pour faire le bilan de la scène du bateau, pile au moment où Federer s’apprêtait à jouer son fameux coup droit à 4–3 dans le 3ème set. Avant même ce coup droit, dans l’attitude même de Roger, Apolline lui a dit que Federer allait revenir et s’il ne reve­nait pas tout de suite, c’est que Tommy Haas se ferait sur la liquette au jeu suivant, au moment de conclure. Il suffi­sait de voir la volée d’après vendangée par l’Allemand pour comprendre que la route était encore bien longue pour lui. 

C’est quoi donc le seul petit bémol de toute l’affaire Federer à Roland 2009 ? C’est que Roger a joué les meilleurs joueurs du moment dans leur meilleure forme du moment, mais ce ne sont pas des adver­saires qu’il craint et cela s’est senti dans tous les moments chauds de sa quin­zaine. Et pour cause. 3–0 contre Acasuso. 3–0 contre Mathieu. 8–2 contre Tommy Haas. 4–0 contre Monfils. 5–0 contre Del Potro. 9–0 contre Söderling. Sorti de la pres­sion de cette aven­ture, qu’est-ce qui aurait pu faire pani­quer Federer ? Bien sûr les autres n’avaient qu’à être là, c’est leur problème, pas celui de Federer. Bien sûr les joueurs déjà battus l’ont été une fois de plus le jour exact où il ne fallait pas se trouer, et dans des condi­tions vrai­ment nouvelles, à un moment où ils ont vrai­sem­bla­ble­ment été les plus dange­reux pour Roger et lui le plus vulné­rable devant eux. Mais c’est juste­ment parce qu’il n’a jamais autant lâché de sets en quinze jours, jamais été aussi ébran­lable qu’une conclu­sion s’impose en creux de ses hauts et bas : il y a bien un top 3 contre lequel Federer « mouille » au point de ne pas trouver de solu­tions et de parfois ne pas s’en sortir, et tout le reste du tennis mondial face à qui la peur de perdre ne le rattrape jamais sérieu­se­ment. Parce que l’ADN de Federer sur ce Roland Garros, c’est qu’il y a 32 à 2 dans les confron­ta­tions directes avec ces six coupeurs de tête, et 38–2 après les avoir recroisés. Rideau. 

En découle une petite frus­tra­tion qui peut paraitre assez éton­nante parce qu’au fil de la carrière du Suisse, elle a changé de nature mais pas d’ori­gine. Pendant des années Apolline ne compre­nait pas comment Federer pouvait jouer aussi bien aussi long­temps. Aujourd’hui elle ne comprend pas plus pour­quoi il joue aussi mal aussi long­temps puis tout à coup aussi bien pendant trois sets, parfois en un seul point de tran­si­tion comme ce fameux coup droit contre Haas à l’issue duquel il nous déclara en confé­rence de presse : « Après ce coup droit, je savais que je pouvais gagner la partie ». En enten­dant ça, surtout de la façon dont il nous l’a dit, on en ressor­tait à la fois épous­touflé et défi­ni­ti­ve­ment décon­te­nancé, tout en gardant quand même en tête des situa­tions beau­coup plus compli­quées dès que Federer rencontre Nadal, Djokovic, Murray et, le joker du jour pour lui montrer notre atta­che­ment, Nalbandian. Contre ces gens‐là, un seul coup ne suffit pas et c’est juste­ment ce que craint toujours Federer, ce qui le rend tout de suite beau­coup plus nerveux dès qu’il rencontre cette caté­gorie de joueurs. Au‐delà même de leur qualité tennis­tique, ceux‐là ne lâchent pas, ceux‐là vont porter le fer sur plusieurs points, plusieurs jeux, plusieurs sets. Le calme du Bâlois, cette zen atti­tude dont on ne peut que louer l’imperméabilité au terme de cette quin­zaine se trans­forme alors en un senti­ment d’apathie, l’impression que le Suisse n’a rien tenté, et avec ça l’irritation de le voir arrivé en confé­rence de presse en lâchant « Il a bien joué, mais c’est surtout moi qui ai raté mon dernier set » comme il le fit après l’Australie. Pas de transe, mais alors là pas du tout, pas de moment où on le voit dépassé sa trouille de se faire véri­ta­ble­ment éjecter, et pour l’observateur une diffi­culté à raconter l’histoire intime des matches de Federer, leur méca­nique interne. Roger Federer se trompe un tantinet quand il compare son aven­ture à celle d’André Agassi en 1999. Sur Agassi, on peut raconter deux mille histoires sur les moments où il comprend que c’est pas loin d’être fini, de sa réac­tion insensée contre Moya à 6–4 4–1 jusqu’à la finale contre Medvedev qui souligne un sauve­tage lent, point par point, coup par coup, et dans notre mémoire brumeuse les flashs de ce visage barré d’inquiétude du Kid le soir où Dominik Hrbaty se met à marcher sur l’eau. Avec Federer, on n’aura pas ces souve­nirs en tête. Juste cette impres­sion de jeu en courant alter­natif. Vert, ça marche et c’est brillan­tis­sime. Rouge, ça marche pas et même pas du tout, mais enfin même dans le rouge, l’autre se fera suffi­sam­ment dessus pour que je repasse au vert quand il le faut. On peut appeler ça le génie, on peut appeler ça le talent, on peut appeler ça l’expérience, on peut appeler ça le travail, le tout nour­ris­sant un complexe de supé­rio­rité légi­time et qui en impose de lui‐même. On n’empêchera pas Apolline de mettre encore un ris de doute sur le voile anes­thé­siant dont Federer se pare quand il est bous­culé par quelqu’un qu’il craint vrai­ment. En un mot comme en cent, que l’on écrira sous l’observation du régional de l’étape, notre ami Elmar : Federer gagne très souvent parce qu’il est suisse, un enfant issu d’un mélange riche de cultures, un citoyen poly­glotte et curieux, bien élevé et poli, appré­ciant la discré­tion dans sa vie privée, star sans se prendre pour quelqu’un d’autre dans un pays qui ne lui pardon­ne­rait pas de péter plus haut que son cul. Mais quand il perd comme un suisse, c’est‐à‐dire comme un doua­nier chocolat qu’on a déjà envie de secouer à cent mètres rien qu’en voyant son air de dire « Y a pas le feu au lac », désolé mais Apolline en reste à John, à Yannick, à Rafael, à Jo ou à Guga parce qu’elle est profon­dé­ment brési­lienne, et que le tennis ça doit aussi un peu sentir la fête et le corps qui se lâche. 

Pour le reste, pas de fine bouche, l’homme au 14 grands chelems a enfin rejoint Sampras et l’a même déjà dépassé en gagnant là où l’Américain ne s’était jamais imposé. C’est l’heure du happy end, la fameuse scène de la pluie, celle qui est tombée en plein milieu de cette finale, rendant les condi­tions de jeu et de tour­nage parti­cu­liè­re­ment éprou­vante. On laisse au réali­sa­teur Federer le soin de finir son film tout seul avec ce conseil à lire et relire dans toutes les écoles de tennis et de cinéma. 

« J’espérais qu’il n’y aurait pas de pluie car ce n’était sympa ni pour moi, ni pour mon adver­saire, ni pour les spec­ta­teurs. Et les condi­tions, surtout sur une finale du Grand Chelem, quand il pleut, c’est diffi­cile à gérer. Maintenant, je me dis que voilà, c’est ce genre de temps qui m’at­tend, André a gagné ici il y a dix ans, je ne veux pas dire combien il a eu de la chance, mais les chances ont tourné en sa faveur au moment où il en avait besoin. C’est ce qui m’est arrivé ici pendant ces 2 semaines, je ne veux pas parler de ce qui s’est passé avec Tommy Haas au troi­sième set, mais j’ai été dans des situa­tions très diffi­ciles pendant ce tournoi. Cela fait partie du tournoi. Il y a eu cette pluie aujourd’hui, ces condi­tions, le vent qui tour­billon­nait et un adver­saire très dange­reux. J’ai réussi à gérer tout cela pendant 2 semaines, j’ai souvent dit que si on veut être un bon joueur sur terre battue, il faut aussi savoir jouer dans ces condi­tions comme dans des condi­tions de temps clément. C’est pour­quoi j’aime dire que je peux gagner quelles que soient les condi­tions et je l’ai montré sur ce tournoi. »
Rendez‐vous à Wimbledon où malheu­reu­se­ment ces conditions‐là, le vent, la pluie, le froid, cette sève du tennis, n’auront plus lieu d’être, tout du moins sur le central. Sous un toit, pas de fenêtre météo. Sous un toit, pas d’attente.

Très nerveuse mardi dernier, Apolline a enfin vu ses rushs et juger de leur adéqua­tion avec le reste du montage. 
Ca valait vrai­ment le coup d’attendre.

Apolline Celeste

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