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Le principe de progression selon Nadal

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Il faut être très attentif aux deux mois qui vont arriver car Rafael Nadal rentre dans le moment bien spécifique d’une carrière de numéro 1 mondial, celle où ayant prouvé qu’il sera encore à la même position à la fin de l’année 2009, le maître du classement peut continuer de s’occuper de son jeu, de progresser, progresser, encore progresser, leitmotiv d’oncle Toni, dont l’insatisfaction au sortir d’un tournoi de Monte-Carlo pourtant empoché en ne perdant qu’un set, laissait présager de la suite. Lors de cette finale contre Ferrer et pendant toute cette semaine à Barcelone, Nadal s’est montré, selon l’expression bien connue, « injouable ».

Injouable comme l’était Federer au sommet de son imperium ? Non, et c’est là une grande différence, malgré l’apparenté de la sécheresse de certains scores. Nadal est en fait très jouable, comparé à ce que le Suisse pouvait et peut encore vous humilier en des séquences de deux, trois coups qui, quand il est bien chaud, s’enchaînent à mille à l’heure, les jeux avec, et au sortir du court, la victime s’en retourne aux vestiaires avec la véritable impression d’avoir pris une leçon de tennis par un mec qui sort avec la liquette encore pleine d’amidon. Pas de leçon de tennis avec Nadal, ni même de gestes géniaux qui vous écoeurent, mais cette entreprise usante, lancinante de destruction, un peu plus accélérée ces derniers temps par la « stratégie de carrière » de Nadal de se ménager les genoux en abrégeant les échanges, c’est à dire en étant un peu plus souvent dans le court.

A l’échange, sur un match, Nadal reste donc jouable, Nadal a toujours été jouable et Nadal sera toujours jouable. Et c’est bien cette accessibilité alliée à l’aspect ultra spectaculaire de ses défenses du bout de monde et de ses sauvetages de match à la psychologie tennistique qui font une partie de son succès populaire et le prix que tout le monde est prêt à payer pour venir le voir en vrai, tant à l’entraînement qu’en match. Il y a déjà deux ans, Apolline avait expliqué que sur les dix plus beaux matches de l’année dans le mélange qualité de tennis-émotion, Nadal était généralement impliqué dans au moins six à sept rencontres. Ce n’était pas la faute de Federer d’être dix fois plus expéditif dans sa façon de jouer et sa façon de tuer un match. Il serait même vraisemblablement très injuste d’être plus comblé par le Del Potro-Nadal de Miami, match faible mais un peu fou fou, que par le Del Potro-Federer de Melbourne, match limpide, impeccable, mais dénué de suspense. C’était juste là un curseur de spectateur : Nadal-Verdasco et Nadal-Federer à l’Open d’Australie, Nadal-Dimitrov à Rotterdam, Nadal-Nalbandian à Indian Wells, Nadal-Wawrinka à Miami, Nadal-Murray à Monte-Carlo, autant de matchs rendus très excitants par ce qu’on identifiera finalement comme les lacunes de Nadal. Mais ce sont justement ces lacunes qui l’obligent à se donner à fond, à être tout le temps à bloc, l’image de cet engagement corporel total ne mentant jamais ni à l’image, ni dans le stade pour l’oeil du spectateur. C’est là toute l’incarnation charismatique de son tennis et le fameux effet Nadal sur les foules.

Le truc très nouveau et très spécifique, c’est donc que même numéro 1, Nadal continue d’envisager le tennis en outsider, continue d’attendre respectueusement au filet que son adversaire passe pour aller s’asseoir, continue de faire preuve de cette mentalité de start-uper, dont l’objectif n’est pas le succès, mais l’impression personnelle de progresser et d’être prêt pour le combat du prochain match. On fait d’ailleurs une petite erreur sur l’essence de Roger Federer dans la progression de Nadal, et les mois qui arriveront ne cesseront de confirmer ce que Feliciano Lopez nous a expliqué. Que le clan Nadal scrute au détail la technique et la gestion de carrière du Suisse pour lui piquer tout ce qui a de meilleur dans la façon d’envisager le jeu afin de rester au sommet longtemps, longtemps, longtemps, c’est incontestable. Mais avec ou sans Federer, le clan Nadal mettrait la même énergie à placer le gamin dans une dynamique de progression. Il se passe juste qu’avec Federer, les progrès en miroir sont proportionnels à la qualité du référent, c’est toujours là le grand compliment qu’Apolline peut faire à Federer, mais qu’on ne se trompe pas, Rafa a déjà identifié tous les défis qui l’attendent : battre Murray, battre Djokovic, battre Tsonga, battre la génération Dimitrov. Ne jamais oublier le credo de Rafa : « Gagner m’importe moins que d’avoir l’impression de me battre pour relever un défi ».

Ajoutons que la grande phrase de fin, celle qu’on ne lui avait jamais entendu dire, Nadal vient de la balancer très récemment et elle montre bien que le clan a déjà intégré le tempo d’une carrière, son éclosion, sa progression, son crépuscule (le tempo, toujours le tempo, le maître du tennis est celui qui est le maître du tempo) : « Quand je n’aurais pu l’impression que je peux progresser, j’arrêterai ». Notez bien, c’est n’est pas « Quand je n’aurais plus l’impression que je peux gagner ou remporter des gros titres », mais « progresser ». Dans ces conditions, Manolo Santana, qui connaît lui aussi le tennis comme le fond de sa poche, a bien raison de lâcher cette prophétie : « Nadal n’a pas de limites ». Non pas qu’il n’en ait pas en soi, au contraire, mais qu’au lieu de ne travailler que ses points forts, grand credo du tennis selon Saint-Bolletttieri et ses apôtres, le numéro 1 mondial continue également de progresser en bossant ses lacunes et à voir les incroyables progrès qu’il effectue devant nos yeux, semaine après semaine, une question se pose vraiment, même pour la plus précoce et la plus ardente des prescriptrices du Majorquin.

Jusqu’où Nadal va-t-il aller comme ça ?

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