AccueilLe blog d’ApollineNadal, vain­queur de la finale Roddick‐Federer

Nadal, vainqueur de la finale Roddick‐Federer

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Apolline avait promis depuis long­temps le grand texte sur Andy Roddick, le voilà. C’est à la fois ample­ment mérité – Andy Roddick pouvait gagner la finale de dimanche à peu près 257 fois, il l’a perdu 258 – et un peu morbide. Apolline craint d’avoir à inscrire au marbre l’épitaphe d’une tombe très fleurie où vien­dront s’épancher tous les fans incon­so­lables de l’Américain. Elle espère vrai­ment qu’Andy s’en remettra ce qui par les temps qui courent, et l’âge comp­tant double, n’est pas joué. 

Elle va commencer par le commen­ce­ment. Un joueur c’est un flash, cet effet qu’il vous fait « at first sight ». Andy Roddick a débarqué aux yeux du monde en battant Chang à Paris en 2001. C’était son premier 5 sets, le lot de crampes et la drama­tique exal­tante qui va avec. Apolline était à trois mètres du spec­tacle dans la loge de Pierre Barthes. Pierre a mille qualités dont celle de s’emballer immé­dia­te­ment pour un jeune dès qu’il sent son poten­tiel, il a égale­ment ce génie de ressentir le tennis avec deux coups d’avance, et si vous tendez bien l’oreille sur votre télé, il sera la première voix entendue quand un gars comme Murray ou Rios vous met à quatre mètres de la balle en trois coups d’échec. Un « Extraordinaire !» fuse de la bâche BNP, c’est Pierre Barthes. Il aime d’abord et avant tout les joueurs qui « jouent au tennis ». C’est une expres­sion qu’Apolline ne tient pas à expli­quer. Pendant 20 ans, Pierre a appris à des milliers de jeunes à jouer au tennis dans son centre du Cap d’Agde. Il repère ça tout de suite chez les cham­pions. Faute de quoi, il se rabat alors sur les jeunes géné­reux. Apolline ne croit pas trahir sa pensée en disant qu’Andy Roddick était dans le deuxième cas. Pourtant au bord du terrain, et dans son souvenir made­leine et coquillage, Apolline se souvient qu’elle a rare­ment vu Pierre à ce point enthou­siaste. Comme si Roddick déga­geait plus que de la géné­ro­sité, une fraî­cheur toute nouvelle, et puis ce charisme. Dès les première secondes d’observation, l’attitude de Roddick frap­pait au coeur, et le chose ne s’est jamais altérée par la suite, malgré tous les hauts et bas d’une carrière : il est une star, il s’est toujours conduit comme tel, et c’est un statut que personne, pas même Federer, ne lui conteste. Cela vient de loin. Petit liminaire. 

Quand pour une idée de docu­men­taire, Apolline a rencontré Luca Appino, elle savait qu’il était celui qui avait fait signer le tout jeune Roddick chez Babolat. L’objet du film, c’était de comprendre sur quel genre de critères les recru­teurs tiltent. Luca racon­tait : « La première fois que j’ai vu Andy, il était en train de s’échauffer pour un match de double, il faisait des services, juste des services, mais on ne voyait que lui. Sur le terrain, il se compor­tait comme un petit chef, il avait une auto­rité qui était déjà évidente ». Fin du liminaire. 

Roddick est une star. Et le papier pour­rait s’arrêter là. Le problème c’est qu’Apolline a balancé une sacrée vanne en préam­bule. Elle a sous‐entendu en se servant très mali­cieu­se­ment des épaules de Pierre Barthes – qui sont solides, membre du top 10 oblige – qu’en arri­vant sur le circuit ATP, Andy Roddick ne savait pas jouer au tennis. Vous avez mal lu. En fait non seule­ment Andy Roddick ne savait pas jouer au tennis, mais plus grave, Andy Roddick est arrivé dans un moment du tennis où il a pu devenir numéro 1 mondial sans savoir jouer au tennis. Pas mal, hein ! Ah ça, servir des caca­houettes sur la ligne, envoyer du cachou en coup droit, il y avait du monde au balcon, mais faire un revers lifté long de ligne, un retour de revers lifté croisé court, un revers chopé plein centre, une amortie en revers chopé, une volée de revers chopé, une volée de coup droit, un enchaî­ne­ment service volée, un lob liftée, et surtout savoir à quel moment tous ces coups‐là doivent sortir de votre raquette, avec l’ami Andy vous pouviez repasser plus tard. Un an après sa première fulgu­rance contre Chang, Apolline avait vu le public new‐yorkais s’enflammer pour sa belle épopée jusqu’en quart de finale de l’Us Open 2002. Sampras, même sans foutre une demi‐volée dans le court pendant quinze jours, avait rappelé Roddick et les autres à leurs études, et Dieu sait si elles promet­taient d’être longues. 

Quand Roddick a‑t‐il vrai­ment commencé à jouer au tennis ? La réponse est simple : en rencon­trant Jimmy Connors. C’est l’occasion d’une deuxième paren­thèse. Pendant 15 ans, personne n’a frappé à la porte de Jimmy Connors. Depuis 15 ans, personne ne frappe non plus à la porte d’Ivan Lendl, ni de Boris Becker ou de Stefan Edberg. C’est une grosse erreur. En France aussi, même s’il se dit toujours dispo­nible, personne n’appelle suffi­sam­ment Yannick Noah, personne n’appelle suffi­sam­ment Henri Leconte. Ca ne date pas d’hier. Déjà Cédric Pioline n’en voyait pas l’intérêt même après avoir perdu une demi‐douzaine de finales, alors Alizé Cornet n’en parlons pas. Bien sûr Mauresmo l’a fait mais parce que Noah c’était toute sa vie. Bien sûr Gasquet l’a fait mais parce qu’à un moment 2000 personnes lui disent de le faire. Ca ne parait rien, un petit coup de télé­phone, mais ce petit coup de télé­phone c’est celui qui change tout, c’est celui de Donald Budge avec John McEnroe qui change la vision de ce dernier sur sa tactique contre Lendl. Qu’est-ce qu’on veut dire par là ? Les cham­pions qu’on vient de citer, ces grands cham­pions auquel Federer et Nadal, eux, comme par hasard, ne cessent de rendre hommage dès qu’ils vont récu­pérer leur trophée, ils « savent » parce qu’ils ont gagné au moins une fois. En gagnant, ils savent plus que le mec qui n’a pas gagné. C’est le premier échelon. Barthes sait, Laver sait, Roche sait, Noah sait, Becker sait, Leconte sait. On donne au passage le nom de ce dernier car il vient juste­ment de s’exprimer sur le bilan insuf­fi­sant des Français. Il l’a fait sans les formes, à la Leconte, et tout le monde lui tombe sur le rable en se deman­dant pour qui il se prend, mais Monsieur Leconte c’est un vain­queur de Coupe Davis et c’est le joueur fran­çais de l’après-guerre qui sur une année a le meilleur bilan en grand chelem : deux demis, un quart. Bien sûr on peut toujours penser qu’il aurait pu faire mieux, il serait le premier à le recon­naître. Mais ça ne chan­gera rien à la morale de l’histoire : Leconte sait. Henri knows. 

Le temps que Roddick a perdu de ne pas rencon­trer plus tôt un cham­pion qui sait, ici Jimmy Connors, est un temps qui ne se rattrape pas. Néanmoins Andy est un gros bosseur, et c’est la première chose qu’a voulu savoir Jimbo avant d’accepter de sortir de sa retraite. « C’est un bon petit gars qui est prêt à travailler dur » l’a rassuré Patrick McEnroe. Les deux se sont mis à l’ouvrage. Résultat un mois après : Roddick se mettait comme par miracle à faire des retours de revers chopés dans les pieds, à bomber son coup droit, à varier son service. Il ne le frap­pait plus comme un dératé pendant trois heures. Roddick entrait diffi­ci­le­ment, péni­ble­ment, mais avec les honneurs dans le monde des gens qui essayent de jouer au tennis, qui essayent d’en comprendre la substan­ti­fique moelle, qui marchent sans peur mais avec respect dans ce théâtre d’ombres où errent tous les aînés. Après des années de réali­gne­ment de son jeu et malgré certains revers cuisants, ces défaites contre Federer ou Nadal qui n’ont cessé de l’obliger à progresser toujours et encore, Roddick est devenu un très bon joueur de tennis. Aujourd’hui il n’est plus numéro 1 mondial, mais il est préfé­rable d’être un titu­laire régu­lier du top 10 sous le règne Federer‐Nadal, que le seigneur borgne du tennis aveugle et bour­ricot du début des années 2000. 

Pourtant le sport reste d’une cruauté abomi­nable. Même en ayant fait tous les efforts qu’il vient d’effectuer depuis sa rencontre avec Connors, même en ayant remis une couche avec Stefanki, même en étant devenu exac­te­ment ce qu’il doit être du point de vue de la variété du jeu, de sa course vers l’avant, de sa couver­ture au filet, et d’une résis­tance psycho­lo­gique qui l’amène à sortir « une Nadal » en finale de Wimbledon, quand Roddick s’est trouvé en état de fermer le match, le pire de son indi­gence tech­nique est immé­dia­te­ment ressorti. Il est rede­venu en trois coups de raquette ce joueur qui ne sait pas jouer au tennis. Les trois coups de raquette ce sont évidem­ment ces trois volées du tie‐break du deuxième set. Trois volées diffi­ciles, une haute, deux dans les pieds. Trois volées sur lesquelles l’Américain explose « tech­ni­que­ment » avec tous les mauvais réflexes de quelqu’un qui, dans le millième de seconde où il voit arriver trois passings « pour faire jouer », sait qu’il a beau avoir progressé, ces volées il ne sait pas les faire, et le premier des réflexes, visible au ralenti, c’est le poignet qui se casse et qui se casse « de trouille et de non‐maitrise du geste ». Andy parle du vent sur sa balle de set. Il sait très bien que ce n’est pas le vent le problème. Le problème, c’est vingt ans de tennis à ne pas faire de volées diffi­ciles à l’entraînement, ni en match, et ces années à atteindre préco­ce­ment le sommet sans avoir besoin d’en faire.
Voilà la seule, la belle, la grande morale du match de ce week‐end, une morale qui court depuis déjà cinq ans : le tennis des années 2005 a mis fin à celui des années 2000, l’a dominé, le domine, et le domi­nera toujours aux heures essen­tielles par le simple fait d’être joué par des gens qui jouent au tennis contre des gens qui ne jouent pas au tennis. En d’autres termes, si Federer avait été mené deux sets à zéro, comme il le dit lui‐même, ses chances seraient réduites, mais dans son timbre de voix en confé­rence de presse, on était bien sûr qu’il ne doutait pas de sa capa­cité à remporter quand même la partie rien qu’à attendre les vapeurs de Roddick aux moments « techniques ». 

C’est là certai­ne­ment le plus beau compli­ment qu’Apolline peut faire à Federer, à son impact sur le jeu, à la trace qu’il va laisser dans l’histoire. Même mal, Federer joue au tennis et il a surtout obligé tout le monde à se remettre sérieu­se­ment à ce sport, à en apprendre tous les rudi­ments, à l’analyser sur cassette, à le regarder même à deux heures du matin. Le Suisse a remis la tech­nique au cœur du projet de jeu. On a même une petite théorie qui part de son revers, son coup le moins naturel, mais c’est dévoiler là le dossier de septembre. Apolline va juste en profiter pour lui faire un autre compli­ment dans la foulée. Après ça, ne lui en demandez pas plus. Ca lui est médi­ca­le­ment contre‐indiqué.

Il y a trois mois, la rédac­tion de GrandChelem qui compte dans ses rangs de grands entraî­neurs et de vraies entraî­neuses s’est réunie pour déclarer avec ce sens de la mesure tout lyon­nais : « Les coachs pour tout et n’importe quoi, ça commence à bien faire. On va claquer un dossier là‐dessus en allant voir des vrais profes­sion­nels, ceux qui savent ». Ca tombait bien, pile au moment où nous bouclions le numéro, Federer perdait contre Djokovic, cassait sa raquette et chacun de filer le même conseil sur la suite de sa carrière : Toto, prends‐y‐donc un coach. Dans son édito, Apolline s’était pour­tant inter­rogée sur l’aspect pas banal du cas à traiter : « Qui peut dire aujourd’hui qu’il sait ce dont Roger a besoin ». Elle posait fina­le­ment la même ques­tion que pour Roddick : « Qui sait ? » en tenant compte de la singu­la­rité de la problé­ma­tique de Federer, un cham­pion parti pour dépasser tous ses aînés (première diffi­culté pour ces derniers à inter­venir) et petit à petit freiné par un autre cham­pion parti sur des temps de passage encore plus élevés et pour ainsi dire jamais vus (deuxième diffi­culté presque insur­mon­table). Tout le monde parlait mais qui avait concrè­te­ment proposé ses services au Suisse ? Pas grand monde. Roger avait d’ailleurs laissé entendre son agace­ment sur la ques­tion. Le message était clair. Il ne chan­ge­rait pas. Comme disait maman Lynette : « Quand il a un truc dans la tête, vous aurez du mal à le lui faire sortir ». 

La vérité c’est que Federer avait bien l’intention de faire fermer sa gueule à tout le monde. Vous avez bien lu, « faire fermer sa gueule », Apolline a sorti une expres­sion très vulgaire, qui dépas­sera de loin la pensée ou les mots du Suisse. Qu’importe, la litté­ra­ture sert à ça, à exagérer pour peut‐être arriver à toucher au cœur des pulsions. Comment Apolline sait‐elle si bien ce désir inavouable ? C’est qu’encore une fois, il lui arrive de vivre toute propor­tion gardée des moments de tension assez forte dans sa vie, pas forcé­ment aussi dingues que les cham­pions, mais avec une inten­sité qui en lais­se­rait pas mal sur le bord du chemin, et elle peut vous dire que quand elle a revu dimanche l’intégralité de la confé­rence de presse, et cette adresse mali­cieuse de Monsieur Federer en grande tenue d’apparat aux jour­na­listes « conseilleurs » d’il y a trois mois : « Vous avez eu tort et moi raison », votre Apolline elle a éclaté de rire parce que c’est au mot près ce qu’elle a balancé sur les gens qui l’ont égale­ment chahutés pendant douze mois, fina­le­ment les mêmes douze mois que Roger. Après avoir fait siennes les larmes de Roger en Australie pour en avoir versé des grosses un peu avant, Apolline a encore plus goûté les larmes de rage séchée à Wimbledon. Comme disait Pirate Jenny dans l’Opéra de Quat’ Sous : « That learn ya ! »

Apolline vous a récem­ment parlé d’orgueil, de celui des cham­pions, de son aspect incon­tour­nable pour fabri­quer les êtres d’exception. N’ergotons pas sur la ques­tion. Aux yeux du public, la marque de l’ambition sera toujours à double tran­chant : promue comme le moteur de celui qui gagne, retournée contre celui qui en fait étalage alors qu’il a perdu. On ne cher­chera donc aucune morale dans ce qui vient de se passer pour Federer depuis trois mois encore moins parce qu’il gagne à nouveau. On veut juste rappeler pour ceux qui l’ont oublié que ce « Vous avez tort et moi raison » qui suren­chérit le pari­sien « Vous ne pouvez plus dire que je n’ai pas gagné Roland Garros », c’est tout Federer dans son immense orgueil. Federer est un tueur. Federer a toujours été un tueur. Apolline n’a cessé de le répéter depuis qu’elle l’a vu flin­guer Gasquet en off juste après la victoire de ce dernier à Monte‐Carlo. Pas unique­ment mauvais perdant, Federer, pas unique­ment cham­breur, non, killer de la mort. Depuis quatre ans, on avait légè­re­ment perdu notre cow‐boy. Il avait enchaîné cette période de Prince magna­nime ne disant plus rien de négatif sur personne, avec celle de victime expia­toire d’un petit taureau espa­gnol, obligé de la boucler vu les statis­tiques en face à face. On souriait tout de même à le voir cacher diffi­ci­le­ment son irri­ta­tion sur ce qu’il pensait de tout ça. Dimanche, on a retrouvé notre Roger tel qu’en lui‐même, la veste avec le 15 déjà floqué sur le survêt avant le match, le t‑shirt « Je vous ai mis une dose, et j’ai pas fini de vous la coller bien profond » en confé­rence de presse, tout ça avec les accents de l’humilité et de la neutra­lité de la Suisse libre, ce qui lui vaudra un sixième Prix Orange l’an prochain. Roger, t’es trop fort. On en a donc repris pour dix tours de manège. Les mêmes animaux qui il y a trois mois se deman­daient s’il allait arrêter sa carrière, s’il avait encore l’énergie pour se remettre en cause, osent se répandre sans vergogne sur le cham­pion à la destinée toute écrite : de Forget à Laver, autant d’admirateurs qui pour­tant ne cachaient plus leur doute, tous retournent allè­gre­ment leur veste pour célé­brer l’évidente évidence, et « évidem­ment », et « je l’avais dit », et « Nadal a juste retardé l’échéance », « et Roger va en gagner 20 ». Autant vous dire qu’Apolline ne fera certai­ne­ment pas partie de ceux‐là et encore moins après avoir vu à quoi ressemble une finale de Federer à Wimbledon en 2009.

Rappelons cela pour les amné­siques du dimanche. Il fut un temps pas si loin­tain où Federer élimi­nait Andy Roddick en faisant quand même un peu de service volée dans le match. On sautera de joie à l’idée qu’il ait sorti deux enchaî­ne­ments et demi en quatre heures de jeu lors du plus grand tournoi sur herbe. Il fut un temps pas si loin­tain où Federer tirait des revers long de ligne, des approches coupées croi­sées ou des coups droits d’attaque de dessous le filet pour venir mettre la pres­sion sur un mauvais passeur comme Roddick, mais il faut croire que l’Américain est devenu un tel sniper qu’un volleyeur comme Federer devient une cible trop facile pour lui. Roger s’en tiendra à piétiner sa ligne de fond. Il fut d’ailleurs un temps pas si loin­tain où le Bâlois balan­çait sur les joueurs comme Andy Murray, coupable de rester le cul dans leur siège contre lui et de ne pas faire grand chose avec la balle, on aura apprécié qu’il remporte la finale en ultra défen­seur, et vrai­sem­bla­ble­ment le meilleur défen­seur du monde quand Nadal n’est pas là. Il fut aussi un temps très récent où Roger Federer disait que 46 aces dans un match, c’était pas du tennis, on aura tota­le­ment apprécié qu’il ait eu l’idée d’aller refaire quand même quelques seaux de balles à Dubaï pour débar­quer à Madrid puis à Paris avec un service que plus personne n’arrive à lire, afin de claquer à Londres la baga­telle de 50 aces en finale (esprit de Karlovic, m’entends-tu ?) et autant de premières balles qui lui ont main­tenu la tête au‐dessus de l’eau pendant deux fois quinze jours. Arrivé de Los Angeles en cravate express, et obligé de repartir pour ne pas se ruiner en frais de baby‐sitting, Pete Sampras pouvait être fier de son héri­tier serveur. Il fut enfin un temps, malheu­reu­se­ment révolu, où les fans de Federer parlaient en direct de la majesté gracieuse du jeu de leur cham­pion avec des trémolos dans la voix. Dimanche Apolline orga­ni­sait sa grande fête brési­lienne esti­vale, un genre de sauterie à la Eddie Barclay avec moins de Quincy Jones et plus de Jorge Ben. La finale était servie en apéritif sur grand écran. Dans la salle, 90% de fede­riens – les amis d’Apolline sont des gens de goût. Eh bien figurez vous que ses fans passent désor­mais les matches à faire des grands pffff sur leur chaise en répé­tant tous « Qu’est-ce qu’il joue mal aujourd’hui… ». C’est un syndrome assez comique qu’on peut égale­ment visua­liser sur le site. On sent les inter­nautes en train de comater molle­ment sur leur ordi comme les invités d’Apolline sur leur siège grand siècle. Heureusement votre bonne amie avait lancé les rasades de caipi­rinha pour sortir la salle de sa neuras­thénie. Voyant que ça conti­nuait de roupiller sec, elle a même menacé : c’est Federer ou le Tour de France, hein ! Va pour le Fed, ont dit les amis d’Apolline, tout en refai­sant le plein de cachaça. Et comme on l’a dit, même en jouant avec la raquette à l’envers, le Fed sait encore quoi faire avec une balle, il a donc fait un break au 823ème jeu du match. Bien vu, c’était la balle de match. Les invités étaient ravis, l’organisatrice soulagée. La soirée s’annonçait chaude et latine, tout ce que n’est pas Roger. Mais on ne peut pas tout lui demander. 

Voilà pour le bilan du week‐end. Repartie elle aussi pour dix tours de manège, Apolline réglera la ques­tion du niveau de jeu du tennis pratiqué actuel­le­ment au sommet de l’ATP et l’excitation à suivre un tournoi du Grand Chelem, finale incluse, par ces deux dictons tirés du diction­naire Larousse 2009. 

« Quand le chat n’est pas là, les souris dansent » et « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». 

Apolline chérie, plus nada­lienne que jamais

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