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COUP DE BLUES : Don’t cry for me, Argentina

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En cette fin d’année, la tradi­tion­nelle saga des coups de coeur et coups de blues des membres de la rédac­tion va rythmer votre quoti­dien sur WLT. Aujourd’hui, place à un coup de blues partagé par beau­coup de fans trico­lores : la retraite de Marion Bartoli.

La géné­ra­tion dont je fais partie a toujours vibré pour la Coupe Davis. C’est elle, en 1991, qui m’a donné le goût du succès, du zouk à la mode Noah. Mieux, pour les analystes convaincus, le succès à Lyon aurait été l’acte fonda­teur d’une France qui gagne. Une France qui va de l’avant, une France de la soli­da­rité, du courage, de l’envie, de la hargne. Bref, une France bleu de chauffe, le mors aux dents, prête à en découdre. Et de l’autre côté de l’Atlantique, au pays des gauchos, des gros bras, des accrocs à l’ocre, il faut avoir un peu de tout cela pour espérer terrasser sortir les coéqui­piers d’un certain David Nalbandian dans un stade trans­formé en une arène incandescente. 

Mieux, en ce dimanche 7 avril, alors que l’Argentine mène 2 à 1, il faut être un sacré cham­pion pour avoir le courage de se lancer dans la bataille après le petit fiasco d’un double promis à notre paire Llodra/Benneteau et qui a failli par un certain excès de confiance. Comme nous le confiait derniè­re­ment Lionel Roux, son pote Mika a bien « merdé » ce jour là. Heureusement, Jo a les nerfs solides et nous livre un récital face à Monaco. 

Nous voilà à deux partout, et c’est l’heure du choix. Arnaud Clément qui étrenne ses galons, le tour précé­dent face à Isräel ayant été une forma­lité, décide de lancer à nouveau Gilles Simon sur le court et, ce, malgré une défaite peu convain­cante le vendredi. « Gilou s’était entraîné comme un fou toute la semaine, il s’était habitué au stade avec son premier match, il avait l’envie, cette sélec­tion n’avait rien de surpre­nant, loin de là ». Une expli­ca­tion certes accep­table, mais qui ne calme pas mon blues.

Car je veux bien croire que Gilou y croyait. Je veux bien croire aussi qu’il avait les armes tactiques, physiques pour dominer le terrible Carlos Berlocq. Je veux bien croire que, si Gilles Simon le rejoue dix fois, il le battra sûre­ment dix fois, sauf que… sauf que ce jour là, c’était un jour de Coupe Davis. 

Et être joueur de Coupe Davis, ça ne s’ap­prend pas dans les livres, ça se vit, ça se sent. Guy Forget disait souvent à ses joueurs qu’un match de Coupe Davis surtout quand il est décisif, il faut aller le cher­cher, il faut changer ses habi­tudes, il faut écouter les conseils du Capitaine, il faut sortir de son carcan et mettre son âme sur le court. 

Un credo que Gilles Simon n’a jamais entendu ou voulu entendre. Du coup, il nous a livré un match dont il a le secret avec l’idée qu’à la fin, mais à la toute fin, cela finira bien par sourire. Sauf que la Coupe Davis ne ressemble en rien au circuit ATP ou même à un premier tour d’un tournoi du Grand Chelem.

Il est bon d’avoir une ligne de conduite et des certi­tudes, mais il est bon aussi, dans des circons­tances excep­tion­nelles, de tendre l’oreille, de croire en l’ex­pé­rience d’au­trui, la force du groupe, le partage. 

Etre égoïste est une vraie qualité, surtout au tennis. Sauf quand ce sport se trans­forme en sport d’équipe.