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Federer est le tennis

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20 titres du Grand Chelem c’est gigan­tesque, pharao­nique, stra­to­sphé­rique. Bref, c’est un exploit colossal, unique, qui place Roger Federer défi­ni­ti­ve­ment au‐dessus de tous les autres. Mais si cette longé­vité dans la perfor­mance est le fruit d’un travail quoti­dien fait de détails et d’en­vies. Le Suisse sait aussi que face à tous les joueurs du circuit il possède un avan­tage tech­nique qui aujourd’hui confirme qu’il est bien le tennis. Marin Cilic a beau avoir un service de feu, un revers à deux mains qui claque, quand il faut poser sa main, faire une varia­tion, tenter une amortie il n’y a plus personne.

C’est quoi le talent ? Et plus prosaï­que­ment c’est quoi le tennis ? Ces ques­tions il y a long­temps que Roger ne se les pose plus. D’abord parce qu’il n’y a pas de talent sans travail, et aussi parce que depuis son retour au premier plan le Suisse nous a proposé toutes les variantes du tennis moderne. Si l’an dernier face à Rafael Nadal, il avait été tonique, vers l’avant, offensif. Face à Marin Cilic, nerveux, il a choisi l’op­tion de l’usure, des trajec­toires et des varia­tions de rythme. Cette idée, cette caresse de la balle, est encore plus d’ac­tua­lité aujourd’hui quand, en face, les jeunes bouton­neux n’ont qu’une idée frapper avec le maximum de spin. On cogne à 15–0, à 15–40, peu importe, on a des zones en tête, on déroule avec les risques que cela comporte. Hélas, si ce type de tennis proposé par la plupart des joueurs du top 20 peut paraître spec­ta­cu­laire, il reste limité surtout si en face celui qui tend l’oreille n’ac­cepte pas cette discus­sion inau­dible et propose de vous faire plier les genoux sur balle courte par exemple.

Roger Federer a bien compris ces atouts et fina­le­ment ils sont encore plus criants avec l’avè­ne­ment de ces bûche­rons. Si Cilic n’est pas leur fer de lance, on ne peut pas dire non plus que le Croate en soit très éloigné. Durant cette finale Roger Federer avait décidé de laisser la parole au Croate. Sans se contenter de défendre, Roger n’a prati­que­ment jamais proposé une seule fois la même balle à son adver­saire. Sur les retours de service, on a eu le droit à toute la pano­plie, balle courte croisée, flot­tante, au corps… Au final, sur chaque frappe, il y a chez le maître une idée, une ambi­tion. Point de notion de rouleur compres­seur, lui parle de rythme, de gagner du terrain. De fait, il agit comme un vrai joueur de tennis avec cette notion de temps forts, de breaks. Et dans cette finale, cela s’est joué au début du cinquième comme Roger Federer a bien voulu l’ex­pli­quer : « Je venais de perdre cinq jeux de suite, je me suis accroché, je savais que si je gagnais un jeu, un seul jeu, le match pouvait à nouveau basculer, autant dire que je me suis vrai­ment concentré. »

Tant que Roger Federer aura cette luci­dité, cette énergie, et tant que ses adver­saires ne progres­se­ront pas dans certains domaines tech­niques, ils seront 9 fois sur 10 terrassés par le Suisse surtout si le match se déroule en trois manches. Alors oui, les excep­tions existent notam­ment pour Novak Djokovic, Andy Murray, Rafael Nadal, et Stan Wawrinka, malheu­reu­se­ment pour eux cet Open d’Australie était syno­nyme d’infirmerie.

A propos de l’auteur

Laurent Trupiano

Laurent Trupiano est jour­na­liste depuis plus de 25 ans, il a travaillé pour divers médias (Le Parisien, Le Point, Radio France), il a été le co‐fondateur de Sport24.com. En 2007, il a créé le maga­zine We Love Tennis et lancé le site Welovetennis.fr en 2013. Aujourd’hui, il est le direc­teur de la rédac­tion des deux supports.