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Federer, les raisons d’un succès

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Ces derniers jours, les super­la­tifs ont manqué pour analyser la perfor­mance de Roger Federer à Wimbledon. Le Suisse a remporté le titre pour la septième fois et son 17ème trophée du Grand Chelem. A bientôt 31 ans, comment y est‐il parvenu ? Quelles ont été les clefs de son succès au All England Club, lors même qu’il n’a pas vécu la quin­zaine la plus tran­quille de sa carrière, loin de là ?… Analyse.

Le service
C’est une vérité que beau­coup assènent avec la force de l’ex­pert, mais qui demeure indé­niable : quand Roger Federer sert bien, il met toutes ses chances de son côté pour remporter un match. Comme la majo­rité des joueurs, me direz‐vous… Oui, mais Roger est un très grand serveur. S’il n’entre pas dans la caté­gorie des cata­pul­teurs d’aces, il possède une capa­cité assez impres­sion­nante à varier dans ce secteur du jeu : service slicé, kické ou en force, au T ou sur l’homme, puis­sants ou placés, pour surprendre ou faire sortir du court… Federer ne se fait pas une obli­ga­tion de sortir une grosse première qui lais­sera son adver­saire sur place, non, il se sert très intel­li­gem­ment de son enga­ge­ment pour se mettre en posi­tion de conclure l’échange. C’est d’ailleurs ce qui l’amène à finir le point à la volée dans un certain nombre de cas. Résultat : il n’a concédé sa mise en jeu qu’à neuf reprises durant le tournoi, soit 1,3 fois par match. Formidable, pour des rencontres au meilleur des cinq manches. Quand l’on sait que, lui, de son côté, a réalisé 5,42 breaks en moyenne, on comprend vite le résultat final. Par ailleurs, à l’in­verse de beau­coup, il est en mesure de faire une véri­table arme de sa deuxième. En témoignent ses 72% de points gagnés derrière en demi‐finale, face à Novak Djokovic. Si sa finale, avec 49% de points seule­ment, n’en est pas une bonne illus­tra­tion, il gagne tout de même six points sur 10 dans ces conditions‐là. Ajoutez à ça une douzaine d’aces à chaque exer­cice et on a un Roger Federer qui s’est clai­re­ment reposé sur son service pour remporter le titre. Lors de son sacre, en 2009, il ne s’était imposé, en finale, quasi­ment qu’avec sa mise en jeu, Andy Roddick lui étant supé­rieur tout au long de la rencontre. C’est une leçon à retenir : travaillez vos premières et deuxièmes balles et vous aurez déjà un pied dans l’antre du succès.

Les montées au filet
Un point qui prolonge le précé­dent : Roger Federer sait volleyer et, surtout, quand le faire. Avec plus de sept point sur 10 remportés lors­qu’il va au filet, il est, des demi‐finalistes, le plus perfor­mant dans ce domaine. 17,7% de montées sur l’en­semble des points disputés : il est un peu moins parti à l’abor­dage que Jo‐Wilfried Tsonga – 18,2% ; mais a su, plus que le Français, marquer le point derrière. A l’heure où les surfaces sont ralen­ties, il ne s’agit pas de ne plus monter, mais de savoir à quel moment tenter et réunir des condi­tions opti­males pour s’en servir de puni­tion. Evidemment, lors­qu’on a le service de Roger, c’est aussi plus facile… Mais ça témoigne égale­ment d’un vrai état d’es­prit, porté vers la prise d’ini­tia­tive, qui peut le mener, sans trem­bler, du fond de court à la volée. Cette prise d’ini­tia­tive, elle est illus­trée par ses 41 coups gagnants de moyenne réalisés par match. Que traduisent ces chiffres ? Une forme de variété plus aboutie, dans le jeu, que ses prin­ci­paux adver­saires. Sa qualité de dépla­ce­ment est telle qu’il peut aller cher­cher les meilleurs passeurs du circuit et abréger les échanges, tout en s’éco­no­mi­sant. Un contraste saisis­sant avec Andy Murray, par exemple : même si l’Ecossais est tout de même monté 39 fois au filet durant la finale, ça reste quasi deux fois moins que Roger Federer. 123 montées gagnantes durant sa quin­zaine, sur 190 et 1702 points joués, un score bien infé­rieur aux 192 réus­sies de Federer, sur 262 et 1475 points disputés. Inévitablement, quand on a toute une pano­plie de coups à utiliser, l’on trouve plus faci­le­ment la solu­tion lors­qu’on est moins en réus­site dans tel ou tel secteur du jeu. 

Le tableau
A poste­riori, ça peut paraître para­doxal de parler du tableau de Roger Federer dans ce Wimbledon 2012 en des termes posi­tifs. On ne peut pas dire que le Suisse ait gagné ses rencontres faci­le­ment… Albert Ramos et Fabio Fognini, d’ac­cord. Mais Julien Benneteau l’a fait passer à deux points de l’éli­mi­na­tion. Xavier Malisse lui a pris une manche. Mikhail Youzhny n’a pas fait le poids, mais Novak Djokovic et Andy Murray lui ont, eux aussi, piqué un set. On est bien loin des scenarii de 2003, 2005 et 2006, où il ne lâche qu’une manche en route vers le sacre suprême. Néanmoins, c’est le type de parcours qui vous fait monter en régime au fil des jours. Au sortir de sa victoire face à Julien Benneteau, il était prévenu : il devra aller cher­cher ses victoires et ne pas rechi­gner au combat. Perdre un set ici ou là et l’emporter quand même, de quoi montrer une capa­cité à gérer ses rencontres, à laisser passer l’orage avant de l’in­vo­quer, à accepter l’im­per­fec­tion pour mieux vaincre derrière. Mieux, ce tableau, mine de rien, lui a évité d’af­fronter son plus grand adver­saire, Rafael Nadal. Lui a offert Andy Murray, une victime appré­ciée, toujours sensible à la pres­sion et sortant de matches déli­cats. Et un Novak Djokovic, numéro un mondial, sur sa moins bonne surface, d’une part. En méforme, d’autre part, selon ses dires – on attend d’en savoir plus. Un Djokovic qui, lui, s’était baladé aux tours précé­dents, pour qui la hausse de régime néces­saire à un match contre Roger Federer fut une marche trop élevée. Son adver­saire, de son côté, avait déjà été contraint de gravir l’es­ca­lier pour s’im­poser, aux tours précé­dents. Remporter un titre du Grand Chelem se réussit dans certaines condi­tions. Des condi­tions qui vous y mène, comme le dosage du soleil et de la pluie permette aux plantes de s’épanouir.

La matu­rité
Bientôt 31 ans, 16 titres majeurs derrière lui à l’en­tame du tournoi, 280 matches en Grand Chelem à l’issue… C’est forcé­ment un atout de poids dans la lutte pour la victoire finale. Roger Federer a tout vu et tout vécu. Il sait quand se gagnent les titres et possède cette capa­cité à déter­miner les moments d’in­flexion d’une partie ou d’une autre. On gère, on s’éco­no­mise en s’ap­puyant sur des acquis et on accé­lère quand c’est opportun. Un discer­ne­ment que l’ex­pé­rience, seule, apporte. C’est aussi la capa­cité d’être patient et d’at­tendre son heure, celle de ne pas trem­bler même lorsque vous êtes embarqué dans un tie‐break de tous les dangers. Ou de savoir comment boni­fier une inter­rup­tion due à la pluie. La matu­rité ne s’oc­troie pas comme ça. Julien Benneteau pourra vous en parler, lui qui est passé à deux phalanges de l’ex­ploit… mais qui a trouvé, face à lui, un futur numéro un mondial stoïque, sans émotions, plei­ne­ment concentré sur son sujet, capable d’isoler chaque point du suivant et d’élever une barrière infran­chis­sable entre sa tête et les enjeux d’un match. C’est, là encore, l’ac­cep­ta­tion de ne pas être parfait, une accep­ta­tion que la pater­nité vient renforcer. Papa de deux jumelles, Roger a pu remettre les choses à leur place. La défaite est possible, mais il ne la craint plus. On parle égale­ment des acquis. Un para­mètre évidem­ment décisif : sur quoi se repose‐t‐on lors­qu’on est mené deux manches à zéro ? Roger Federer est ainsi. Son tournoi n’a pas été excellent sur le plan du jeu, mais il a su, à chaque fois, sortir des points venus d’ailleurs dans les instants primor­diaux. Avant d’élever son niveau, au moment de conclure, et ses matches, et son tournoi.

Pour finir, parole au prin­cipal inté­ressé : « Je suis vrai­ment heureux d’avoir l’âge que j’ai aujourd’hui, parce que j’en profite d’une manière très diffé­rente que lorsque j’avais 20 ou 25 ans. Je suis dans une période beau­coup stable de ma vie. Je ne voudrais changer quoi que ce soit pour rien au monde. »

La raquette de Roger Federer, ici !

A propos de l’auteur

Rémi Cap‐Vert

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.