Pour la sortie de « Grand Chelem, mon amour », l’ouvrage de la Rédaction sur la décennie 2001–2011, voici offerte la première chronique, sans laquelle le livre n’aurait été possible. Retour en 2001. On est à Wimbledon, et Roger Federer va signer le premier exploit de sa jeune carrière. Le livre est disponible uniquement sur www.kdotennis.com.
Et tout a commencé…
Roger Federer bat Pete Sampras : 7–6(7) 5–7 6–4 6–7(2) 7–5 – huitième de finale de Wimbledon 2001
Le temps craquèle et met en perspective. Le destin, lui, s’occupe d’écrire l’histoire de nos vies. Roger Federer n’est pas
encore adulte, lorsqu’il pénètre sur le Centre Court, ce lundi 2 juillet 2001, pour en découdre face au maître des lieux.
Pete Sampras. « J’ai détrôné Pete pendant quelques mois », témoigne Jim Courier. « Je n’ai pas eu la force de m’entêter…
Moi, j’ai l’appétit pour la vie, la vraie vie. Or, pour rivaliser avec Pete, il ne fallait plus vivre. » Voilà, en quelques mots,
résumés l’homme et sa carrière. « Je ne suis heureux que si je suis le meilleur », expliquait Pistol Pete à qui voulait
l’entendre. Autant dire qu’à Wimbledon, où il a triomphé sept fois, Sampras est dans la maison du bonheur. Tout cela, Roger
Federer le sait. Il sait tout, d’ailleurs, d’un joueur qu’il adule. Et c’est parce qu’il le sait qu’il est fin prêt à réaliser le premier
exploit de sa carrière naissante. Mais c’est aussi parce qu’il a enfin compris ce après quoi il court. Parce qu’il a réglé les
soucis d’une jeunesse angoissée, qui le voyait plongé dans un désespoir indescriptible après chaque défaite. Comme si,
ancrée, au fond de lui, régnait une certitude : il lui fallait être champion pour vivre heureux. Pourtant, cette période de doutes,
d’échecs et de douleurs, si dure à digérer, a failli nous priver d’un des héros du siècle. Roger le reconnaît, il a envisagé de
stopper net en 1999. « Je suis entré très vite dans le top 300 et, brusquement, je n’ai affronté que des adversaires mieux
classés. J’ai perdu. Je n’ai pas pris l’entraînement au sérieux, car j’ai pensé qu’il ne pouvait rien arriver. A force, j’en ai eu
assez. » Mais, ce lundi, le Suisse, au catogan et collier de surfeur, a faim. Faim de tennis et de succès. Faim d’affronter son
idole – la seule et unique fois que se croiseront leurs routes. Faim, comme on a faim de vie et de grandeur. Offensif, précis,
il se rue au filet dès qu’il a l’occasion et pousse Sampras à développer son meilleur tennis. Le match est haletant, rythmé
par une multitude de points gagnants et de retournements de situation. Un concert classique qu’exécutent deux solistes aux
gammes parfaites et virtuoses. En maître concertiste, Roger Federer signe l’ultime mouvement : retour coup droit canon, le
long de la ligne. Game, set and match. Le Suisse s’agenouille, comme Björn Borg en son temps. Il ne sait pas que cette victoire
sera le point de départ d’une carrière exceptionnelle. Et l’un des fondements d’une ère révolutionnaire.
Une ère en tous points federienne.

Publié le vendredi 18 novembre 2011 à 09:00



