« La femme est la poésie, l’homme, la prose. » Ces quelques mots d’un auteur oublié vont être maîtres de cette semaine, sur WeLoveTennis. Avec l’Open GDF SUEZ de Coubertin et le numéro 21 de GrandChelem, consacré au tennis féminin, l’occasion était belle de réparer un tort que nous reconnaissons : la sous‐médiatisation des femmes dans le tennis.
« Chez les femmes, ça ne brasse pas grand‐chose. » « On manque de filles charismatiques. » « Dans les médias, le sport féminin est trop peu représenté. » « Tout le monde pratique aujourd’hui le même tennis. » Ces quelques citations sont des mots de joueuses bien connues, aujourd’hui retraitées. Dans l’ordre : Emilie Loit deux fois, Nathalie Dechy et Justine Henin. A l’heure de faire le bilan du tennis féminin français et international, nous avons soulevé nombre de problématiques. Une numéro une sans victoire en Grand Chelem, des patronnes qui ne jouent pas assez le jeu, des joueuses qui semblent limitées, des retours au plus haut niveau sans difficultés… Beaucoup de points négatifs, peu de positifs ; beaucoup d’a priori, peu d’éléments concrets.
Et pourtant… « Moi, je ne vois qu’une chose, tant chez les garçons que chez les filles : des personnes qui se battent sur un terrain pour être les meilleures. » Ces mots‐ci, c’est Sam Sumyk qui les a prononcés. Sam, ex‐entraîneur de Vera Zvonareva, travaillant actuellement avec Victoria Azarenka. Une éminence dans le coaching féminin français. « Le tennis féminin n’a jamais proposé tant de styles différents. » Là encore, c’est une figure bien connue du milieu qui le dit : Patrick Mouratoglou. « Maintenant, 200 filles jouent au niveau du top 100 d’il y a cinq ans. » Camille Pin est bien placée pour en parler. Jeune retraitée, elle a connu les honneurs du top 100. Ces différents intervenants nous ont fait voir les choses de manière différente. Oui, un match de tennis féminin n’est pas forcément ennuyeux, il peut être source de véritable émotion – pensons à quelque Schiavone‐Kuznetsova –, il peut montrer une vraie qualité de jeu – Clijsters, Schiavone, Zvonareva, Wozniacki, Sharapova… –, il n’est pas tant orphelin d’une vraie leader – Kim Clijsters semble prête à endosser ce rôle – et il peut réserver des surprises amusantes – une Caroline Wozniacki au caractère bien trempé.
La constante, et ce n’est pas paranoïa, syndrome de la victime ou « calimerisation », c’est un machisme latent dans la manière dont on traite le tennis féminin. « Quant Tsonga fait finale à Melbourne, c’est un événement », explique Nathalie Dechy. « Quand Amélie gagne à Wimbledon, elle ne fait même pas la couv’ de L’Equipe. Un match de l’équipe de France de foot, c’est peanuts comparé à cette victoire. Il y a un machisme dans le tennis et dans les médias. » Les institutions elles‐mêmes l’affirment, « la femme est sous‐représentée au sein du tennis féminin français ». « Ce n’est pas un discours féministe, c’est une constatation », développe Alexandra Fusai, responsable du haut niveau féminin. Fort heureusement, les choses évoluent. « Le respect de la femme s’est accentué ces douze dernières années », positive Camille Pin. « Les hommes sont toujours scandalisés qu’on gagne autant qu’eux en Grand Chelem. Mais, sinon, ils respectent les filles de plus en plus. Ils ont reconnu, petit à petit, qu’on était de vraies athlètes et sont même venus nous voir jouer ! » « L’avenir de l’homme, c’est la femme. Elle est la couleur de son âme. » Ah Aragon ! Encore un homme, et non une femme, qui parle de la femme, de son point de vue d’homme. Il n’empêche, c’est beau… Et c’est peut‐être vrai pour le monde du tennis, injection d’émotions, injection d’impulsion, injection d’imagination.
Le mot de la fin ? Il est pour Sam… « Beaucoup de femmes nous montrent, chaque jour, qu’elles ont une sacrée paire de couilles et beaucoup d’hommes, que règne dans leur slip, le vide, l’absence, un courant d’air… Ah, quelle émotion ! »
A suivre : entretiens avec Emilie Loit, Nathalie Dechy, Camille Pin, Patrick Mouratoglou, Régis Brunet, Marc Moroux, Alexandra Fusai, Ons Jabeur, Elina Svitolina et Sam Sumyk.
Publié le lundi 7 février 2011 à 18:00



