Il y a tout dans l’article paru dans l’Equipe Mag qui transpire le tennis conventionnel, le tennis au génie, le tennis de l’artiste. Ce tennis est celui qui a fait les beaux jours des Tricolores au temps des Lacoste et consorts. C’est un peu le tennis à la papa où le geste était plus fort que le mental. Ce tennis là existe encore. Son ambassadeur est Roger Federer. Mais des Federer, il en y a seulement un par demi‐siècle car parmi tous les génies du geste, il a su y associer un mental du même niveau. La route est donc encore longue pour notre Richard national
Je ne peux adhérer à la thèse présentée par notre confrère Yannick Cohennec dans l’Equipe Magazine. D’autant plus que cette thèse n’est pas étayée par des faits très concrets. Comparer Gasquet à Federer est une chose, analyser l’éclosion tardive du Suisse en expliquant qu’il arrivera la même aventure à Richard est plus qu’hâtif. Je pense que cela ne rend pas service au Français et minimise presque le parcours du Suisse.
Nous, ici, on croit à autre chose. On croit que le tennis est un sport mental parce que justement le tennis est un sport de duel. Que maîtriser le coup droit long de ligne c’est bien, mais qu’à 5 partout au 5e, la force qui permet de lâcher ce coup est dans la tête. Nous aussi, on croit que Richard peut y arriver, qu’il en a le talent technique. Mais on sait aussi que le chemin sera long. Il faudra se bâtir un physique, digne de ce nom. Il faudra se forger un mental de guerrier. Alors oui, le déclic peut arriver, en Coupe Davis par exemple, loin de nos terres à l’abri des regards.
Mais on a beau s’en convaincre, il reste des images, et surtout une attitude. Comme l’avait dit Apolline, le corps de Richard parle ou plutôt il bégaie. Alors que Simon suit sa route, que Jo zigzague entre les blessures, que Monfils, tranquille, vise déjà Roland‐Garros, Richard répond par un début de saison efficace avec deux demi‐finales mais aussi deux défaites face à des adversaires seulement d’un certain calibre (NDLR : Nieminen et Nalbandian). Du coup la machine médiatique s’emballe à nouveau, cherchez l’erreur !
Hélas, ce parcours s’il est le meilleur des Tricolores, ne contient pas d’étincelle. Ni dans ses déclarations, ni dans les scalps amassés en terre australienne. Du coup, malgré cette une de l’Equipe Mag, on reste sur la même impression : celle d’un joueur qui se cherche, celle d’un joueur adulé toujours et encore pour son potentiel.
D’ailleurs, il est intéressant de noter que ces adversaires, Federer en tête, s’amuse presque à répéter sans cesse : « Ah Richard, quel talent ! ». Oui mais le talent, ça ne veut pas dire grand chose au tennis, surtout quand son palmarès est indigne de ce fameux génie. N’y voyez pas une charge contre notre « Mozart » qui a fait la une de Tennis Magazine à l’âge de 9 ans (NDLR : Cette phrase étant reprise partout j’ai essayé de la placer, c’est chose faite), mais simplement un petit bilan disons pragmatique avant d’aborder un point de passage fondamental dans une carrière de champion : un tournoi du Grand Chelem.
En France, pour être BE de tennis, on passe un concours d’élégance tennistique, la fameuse note technique. Elle est indispensable pour obtenir le sésame. Ce petit archaïsme pèse encore lourd dans les têtes des observateurs et des amoureux car quand on les interroge sur nos 4 Fantastiques (NDLR : L’Equipe les appelle les 4 AS), ils répondent souvent que le plus doué est Richard. Dans notre dernier numéro, on s’était contenté de dire que chacun avait un vrai profil pour gagner un des quatre tournois du Grand Chelem. On avait tenté de peser dans la balance ce qui fait le force d’un joueur de tennis moderne : le physique, le mental et la technique.
Publié le samedi 17 janvier 2009 à 15:44



