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Il y a ceux qui inventent, et il y les autres

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Même si certains vont nous dire que le coup a déjà existé, que depuis toujours, il y a eu des joueurs qui se mettaient juste devant la ligne du carré de service pour retourner, cela ne m’empêchera pas de penser que ce dimanche 23 Aout 2015, Roger Federer a inventé un nouveau coup. Qu’une fois de plus, il a confirmé que c’est en cher­chant, en travaillant, en se remet­tant en cause de façon perma­nente que l’on parvient à trouver une solu­tion, des solutions.

Les deux hommes livrent un match intense, Roger Federer ne concède pas une balle de break. En face, le numéro mondial, Novak Djokovic doute mais tient bon. C’est le moment du « Money time », le tie‐break d’une première manche d’une finale en deux sets, tout un programme. Le Suisse très dyna­mique démarre bien, met une pres­sion de fou sur son adver­saire, et mène déjà 3 points à 1. Déjà dans le set sur les secondes balles du Serbe, il s’est rapproché de la ligne du carré avec plus ou moins de succès d’ailleurs. L’idée est bien sur de pousser son adver­saire à la faute, mais aussi de le faire douter, de lui dire : je suis là, je te propose un nouveau chal­lenge. Si c’est sur un coup de bluff, cela passe pour une plai­san­terie surtout sur une deuxième balle faiblarde, sur un point pas très important. 

D’ailleurs les images de cette audace fédé­rienne ont déjà affolé la toile lors de son quart de finale face à Anderson. Mais là, le scénario n’est pas le même, pas vrai­ment. En face, c’est tout simple­ment Novak Djokovic. On y est, 3 à 1, deuxième balle de folie, hyper longue, « kikée » à souhait, et le miracle, le coup de génie, l’in­connu, un retour volée, et non demi‐volée telle­ment la balle n’a pas eu le temps de s’en­voler. Bref, une balle qui revient trop vite, un passing dans le filet, et tout le dépit d’un cham­pion dépassé par l’in­ven­ti­vité d’un adver­saire en quête de gloire même à 34 ans.

Alors oui fais‐toi plaisir Roger comme tu l’évoques dans ton inter­view d’après match en étant offensif car quand tu es dans cette sphère là, tu es un peu plus haut que tous les autres, comme porté par une idée, celle de l’at­taque, du coup qui fait mal, de l’es­pace à trouver. Hier, quand je t’ai vu exécuter ce coup là, je me suis dit, j’ai vécu un truc de fou. 

Alors oui, Edberg montait vite sur deuxième, idem pour McEnroe et pour d’autres grands cham­pions, ça c’est clair. Mais là, ce n’est plus monter vite. C’est du ping pong, c’est jouer sur le court dans le carré, oublier le rebond, l’effet, et renvoyer la balle comme une gifle, mieux un uppercut au foie. Et logi­que­ment, en face Novak a été K‑O, comme abasourdi, impuis­sant. Je n’ose main­te­nant imaginer le cata­clysme auditif que cela va engen­drer en night session sur le Artur Ashe si tu décides de t’avancer à nouveau fière­ment près de cette ligne du carré de service. Sûrement que Manhattan va se réveiller en sursaut, surtout, si comme hier, tu réussis à la perfec­tion ce coup de reflexe incroyable d’un autre monde, merci Roger, merci pour tout…

A propos de l’auteur

Geroges Parlux

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.