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J’ai passé un petit quart d’heure au Player’s Lounge

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C’est le Saint des Saints, le lieu mythique, celui dont l’accès est le plus diffi­cile. Il est situé en dessous du Central, bien qu’il en existe un autre sous le Lenglen. C’est le fameux Player’s Lounge, dans la langue de Molière : la cantine des familles, des joueurs, coaches, agents… Bref, là où se signent des deals, s’échangent des sourires marke­ting et des poignées de main à l’amé­ri­caine. Le temps de donner deux exem­plaires du livre sur Rafael Nadal à Luca Appino et me voilà plongé dans cet univers impi­toyable.
D’abord il y a ce cordon que l’on vous a donné pour passer le barrage en échange de votre badge. Votre nom est alors soigneu­se­ment consigné sur un cahier, car il n’est pas ques­tion qu’un jour­na­liste puisse poser une tente là où les joueurs sont dans un semblant d’intimité.
Ce mardi, comme le soleil n’est pas au rendez‐vous, le Player’s est bondé de joueurs, bondé de stars aussi. Bob Sinclar, Franck Leboeuf, Jérôme Rothen, et quelques plan­tu­reuses filles en décorum. « Le player’s de Roland est pas mal, mais je préfère Wimbledon, de façon géné­rale. D’ailleurs, c’est mon tournoi préféré. Pas une pub sur les bâches, une atmo­sphère si spéciale, on a l’im­pres­sion d’écrire l’his­toire », explique Luca Appino. Les histoires au Player’s Lounge, ce sont les regards échangés, le clin d’oeil en pleine discus­sion, les acco­lades chaleu­reuses, Nastase qui bise Grosjean, Grosjean qui bise Pioline, etc etc etc. Et il y a toujours sur le canapé du lobby central, une fille, géné­ra­le­ment brune, impas­sible, qui lit un bouquin, tran­quille comme dans son monde. Ce n’est jamais la même, rassurez‐vous, mais il y en a toujours une. 
Le Player’s Lounge est un monde à part, mais aussi un lieu où il ne faut pas s’at­tarder : « Ici, un grand joueur ne cesse d’être solli­cité par de nombreuses personnes, coachs, agents, etc, c’est pour cela que les grands cham­pions ne s’at­tardent jamais ici, ils ne font que passer. Il y a beau­coup trop de solli­ci­ta­tions en tout genre et cela vous pompe de l’énergie. Surtout que c’est souvent inutile », nous confie Sam Sumyk. 
Donc, point de Federer, ni de Nadal, ou si peu, point de Sharapova ni de soeurs Williams, mais le papa, paisible. En revanche, une vrai nuée de chefs de marque, d’or­ga­ni­sa­teurs de tour­nois négo­ciant de futures garan­ties. Difficile, donc, d’avoir une conver­sa­tion sans que votre inter­lo­cu­teur, qui n’a pas débranché son iphone, vous coupe pour une poignée de main ou tout simple­ment pour vous expli­quer en off un certain nombre de choses. Le tennis du Player’s Lounge, c’est comme le carré VIP d’une grande boite de nuit. On y parle beau­coup, on y fait beau­coup de bruit, et, fina­le­ment, le meilleur moment, c’est quand on en sort pour aller voir ces cham­pions frapper la balle. Ouf !

A propos de l’auteur

Laurent Trupiano

Laurent Trupiano est jour­na­liste depuis plus de 25 ans, il a travaillé pour divers médias (Le Parisien, Le Point, Radio France), il a été le co‐fondateur de Sport24.com. En 2007, il a créé le maga­zine We Love Tennis et lancé le site Welovetennis.fr en 2013. Aujourd’hui, il est le direc­teur de la rédac­tion des deux supports.