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J’ai vu le reggaeboy du tennis !

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C’est ce que pour­ront dire les spec­ta­teurs du court central de Metz. Certes ils n’avaient d’yeux et c’est bien normal vu la perfor­mance solide de Simon, pour leur « Gilou », sympa­thique au possible, souriant avec les enfants qui se sont rués sur lui pour qu’il signe leurs balles jaunes et se fasse prendre en photo avec les bambins aux anges. Mais au‐delà de la belle victoire 6–3 6–4 du Français, la vraie décou­verte du jour, c’est Dustin Brown.

Dustin, ses locks savam­ment nouées en queue de cheval, son T‑shirt sans manches, son beau short bleu strié de blanc, ses lacets fluo, sa cooli­tude chevillée au corps, c’est un peu la version décom­plexée de notre Monf’ ! Sur le court, c’est diffé­rent, Dustin ne plai­sante pas et a d’ailleurs tendance à un peu trop appuyer sur le cham­pi­gnon en retour ou pour gagner le point. Faut pas le cher­cher le Dustin, qui toise du regard les spec­ta­teurs impolis.

On retrouve par contre cette « laid‐back atti­tude » dans une certaine noncha­lance dans le place­ment, dans la « softi­tude » de l’at­tra­page de balle envoyée par le ramas­seur, le roulé de raquette dans la main entre les points aussi. Quand il s’énerve, Dustin Brown n’in­siste pas et essaie de vite se remettre dans le match. On sent le « sunshine » cari­béen quand Dustin réussit une belle montée à contre­temps ou dépose une volée amortie qui déchire, mais aussi (et surtout, aujourd’hui) l’âpreté des ghettos de Trenchtown quand il envoie dans les bâches.

Vous me direz, c’est peut‐être aussi la rigueur alle­mande, car sa Jamaïque, Dustin ne l’a pas connue enfant, plus bercé au rythme des Walkyries du Wagner de son Allemagne d’adop­tion que par les sound­sys­tems de Kingston. Une chose est sûre, quand Dustin sort un service exté­rieur à 150 km/h impre­nable, sa vision n’est nulle­ment brouillée par des volutes opia­cées, ses gros kicks (sans mauvais jeu de mots) prouvent qu’il n’est pas là pour jouer « cool », ni « fun ». Dustin veut gagner et un poten­tiel certain l’ha­bite, seule­ment il lui faudra à l’avenir mettre de l’eau dans son vin s’il veut s’ins­taller dura­ble­ment dans le top 100, son objectif annoncé.

Un mec sympa, ça c’est une certi­tude, on en a la preuve quand il applaudit un beau coup de Simon. Dustin Brown, ou quand la cordia­lité germa­nique se mêle à la géné­ro­sité cari­béenne. Un si doux mélange, qui ne demande qu’à être plus savam­ment dosé. Une belle décou­verte en tout cas, et un joueur que l’on espère revoir au plus vite !

A propos de l’auteur

Vincent Esse

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.