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J’aime, j’aime pas : Djokovic is shining !

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Novak Djokovic après sa victoire contre Sousa au 1er tour, à Roland Garros.

L’inévitable « J’aime/J’aime pas » de la Rédaction, pour faire le point, en toute franchise, sur ce qu’il s’est passé du côté de Roland Garros. Un article du Blog de la Rédac.

J’aime

Novak Djokovic. Si le Serbe a passé l’âge d’imiter ses collègues en des provo­ca­tions genti­ment guigno­lesques, il n’en a pas pour autant perdu le sens du show. Que ce soit sur le court, ou en‐dehors. Hier, vous n’avez pas pu rater cette séquence qui a fait le tour de la toile.


Roland‐Garros : Djokovic fait le show sur le court par fran­cetv­sport

Un buzz à la mesure de la séquence, qui, s’il n’a certai­ne­ment pas égalé les frasques de Jean‐François Copé, grand mouton noir en chef, et l’af­faire Bygmalion, grande déro­bade à la débâcle prési­den­tielle, a occupé la première place des charts de la Porte d’Auteuil. Un buzz qui dévoile un Djokovic bien dans ses pompes, bien dans sa tête, qui ne calcule pas, qui reste fidèle à lui‐même. C’est ce même Djokovic qu’on a retrouvé en confé­rence de presse, détendu, souriant. Heureux, tout simple­ment, de faire ce job. Avec, à la clef, des échanges assez peu policés, et parfai­te­ment hilarants.

Journaliste* : Qu’est‐ce que vous vous êtes dits avec le ramasseur ?

Djokovic* : Mmmh… On a eu une discus­sion sympa. C’est un joueur de tennis, donc je lui ai demandé depuis combien de temps il jouait et s’il appré­ciait son boulot de ramas­seur. On s’est bien marrés (rires) ! Ca peut paraître inha­bi­tuel ce qui s’est passé, mais on atten­dait depuis dix minutes, car il pleu­vait à verse. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose pour lui. Je crois que j’avais envie de me faire un nouvel ami, en fait (rires). Il a accepté, heureu­se­ment pour moi. Il s’est assis à côté et on a discuté. Bon, il ne m’a pas donné de conseils pour mon match, mais j’es­père le revoir au prochain tour.

Journaliste* : Dans votre livre, Service Gagnant, vous dites que vous êtes devenu un meilleur joueur lorsque vous avez commencé votre régime sans gluten. Cela veut dire que je devien­drai un meilleur écri­vain si j’ar­rête le gluten ? 

Djokovic* : Pardon (rires) ?

Journaliste* : C’est vous qui le dites. C’est vrai ?

Djokovic* : (hilare) Mon Dieu, je n’y crois pas… Merci pour la ques­tion… Oui, j’es­père que ça te permettra d’être un meilleur écri­vain et d’at­teindre tes objectifs !

Journaliste* : Donc pour le prix Nobel de litté­ra­ture, si j’ar­rête le gluten, ça devrait bien se présenter ?

Djokovic* : Je suis sûr que tu es un très bon écri­vain. Et, pour le prix Nobel, si on me demande, je voterai pour toi (rires). Mais ça me paraît clair que le gluten constitue un obstacle pour toi, il faut que tu changes ton régime. Tu es Italien ; de la pizza sans gluten, ça va être compliqué (rires)…

Journaliste : Tu pour­rais nous parler de ton prochain adver­saire en fran­çais, Novak, vu qu’il s’agit juste­ment d’un Français (Jérémy Chardy) ? C’est un joueur que tu crains ?

Djokovic : (rires) Hem… Crainte ? C’est quoi, crainte ? Non, je n’ai pas crainte !

Journaliste : Crainte, it means « fear »*…

Djokovic : Je sais, mais je te dis, je n’ai pas crainte (rires) ! Je n’ai pas peur, je suis excité de jouer Français ici, à Roland Garros. C’est gros chal­lenge. Mais je n’ai pas crainte.

*En anglais

J’aime pas

La confé­rence de presse de Nicolas Mahut. Et ce n’est certes pas la faute de Nico, tout à sa décep­tion d’avoir perdu son premier tour face à Mikhail Kukushkin. Bien plutôt de celle de mon collègue anglophone…

Il ne s’agit certes pas de donner des leçons, encore moins à l’un de mes pairs, peut‐être plus expé­ri­menté, peut‐être plus doué. Encore moins quand on n’est pas exempt, soi‐même, de reproches. Qui n’a jamais vécu des quipro­quos doulou­reux en confé­rence de presse, donnant lieu à d’in­tenses moments de soli­tude ? L’année dernière, après la défaite de Tomas Berdych face à Gaël Monfils au premier tour, j’avais (très) bête­ment demandé au Tchèque : « Quel est ton programme, désor­mais ? » Autant dire que je m’étais fait bâché, même si mon inten­tion était avant tout de savoir comment il comp­tait digérer cet échec – fallait‐il se reposer ? retourner tout de suite sur le court ? Réponse : « A ton avis ? » « Euh… la saison sur gazon ? » « (ironique) Bravo, c’est bien, le gazon. Le Queen’s et ? et ?… » « Wimbledon. » « Voilà. Question suivante. »

A ques­tion idiote, giflette cinglante. C’est aussi cela, la triste dérive de notre profes­sion : la course à la ques­tion. La ques­tion, pour la ques­tion. Car, vous comprenez, LA bonne ques­tion, ça le fait bien auprès des collègues ou de son rédac­teur en chef, ça brille, ça flatte, ça caresse l’ego, ça pousse sa roue de paon. Au point que ça peut vous rendre con. 

Mais la bonne ques­tion, c’est avant tout celle qui cherche, celle qui comprend, celle qui s’in­ter­roge. Cela peut paraître banal, mais on peut l’ou­blier. En l’oc­cur­rence, ce jour­na­liste étranger, perdu dans une salle d’in­ter­view annexe, pour voir la décep­tion d’un Français défait par un Kazakhe, l’a complè­te­ment zappé. Au point de venir emmerder Mahut, disons‐le, sans avoir même une simple idée du score ou du scénario du match.

Situation un peu triste, ubuesque même, pour laquelle, moi‐même, je me sens obligé de dire, en anglais dans le texte : « Sorry, Nico. Sorry. » Ce que mon collègue n’a même pas fait.

Votre envoyé spécial à Roland Garros.