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J’arrête la cocaïne, point à la ligne.

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Point, s. m. (lat. punctum) : petite marque que l’on met dans l’écri­ture pour indi­quer la fin des phrases.

Conclure. Le meilleur moyen de commencer, c’est de savoir conclure.

Non, pas conclure avec cette jolie brune, là‐bas, qui vous dévore des yeux. Le regard humecté de ses lèvres entrou­vertes, le baiser hési­tant de ses yeux brillot­tant. J’ai chaud, chaud, j’en ai les mains qui tremblent, alors je ris, je bouge et je m’agite, comme pour masquer et juguler l’adré­na­line qui me fait flageoler. Non, cette exci­ta­tion n’est autre qu’un début. Un début d’érec­tion, disons les choses, pourvu qu’elle dure. Conclure avec cette jolie brune, ce ne sera pas ça. Mais la gifle du texto de rupture – certains préfèrent Facebook, les deux sont affli­geants et ont un arrière‐goût de merde souillée d’hé­mor­roïdes (aïe, la vulga­rité, RCV, sus à la vulga­rité !). Ou la mort. Le cœur qui stoppe et la pour­ri­ture des corps laissent rare­ment la place au doute, si l’odeur ne convainc pas assez : c’est bel et bien fini. 

Conclure, c’est mettre un point, final. Un petit point noir. Et si j’étais un vieillard passionné par ses couches, je vous rappel­lerai que le « point noir », en argot, c’est l’anus, par où tout se termine… ou se transforme.


Personnellement, j’aime que ce point final soit un point à la ligne. Parce qu’il faut être ou génial ou cocaï­no­mane pour pouvoir dire : « The end ». Peut‐être êtes‐vous géniaux. Pas moi. De là à vous laisser entendre que je fourre ma trogne humide aux narines dila­tées chaque soir dans des lignes de sucre Saint Louis travaillées au double‐décimètre… Un moyen de faire gonfler mes pupilles. Je vois mieux leur point noir. Et j’observe.

Dans « Le Loup de Wall Street », le point final de Martin Scorsese se trouve à la pointe d’un stylo que Jordan Belfort tend à des Américains moutons, au regard de « middle class » imberbe ou mous­ta­chue, mais cupide, très cupide, qui, débile, pense, respire, vit, grogne et bêle « fric », « fric », « fric ». « Comment me vendrez‐vous ce stylo ? » Jordan pose la ques­tion, la repose et la pose à nouveau. Pas de réponse satis­fai­sante. Ecran noir, fin du film, circulez, ça dégage. Point final. Et 10,50€.

Dans la « Campanella » de Franz Liszt, c’est encore plus brutal. Je dirais « orgas­mique », mais vous commen­ce­riez à faire de RCV un récep­tacle de vice et de luxure. Ce que je ne suis pas, pauvre ascète, Madame vous le confir­mera. Je vis pour mes livres, ma musique, les chiffres et un p’tit peu pour vous. Mais vous vous en tapez ? Tsk tsk tsk, un peu d’amour n’est jamais trop demander. Prenez le temps, prenez la peine – car le temps, dans ce monde terri­fiant, est syno­nyme de peine pour notre plus grand malheur –, prenez le choix de cliquer et d’écouter l’in­ter­pré­ta­tion d’Evgeny Kissin au Royal Albert Hall de Londres, un lieu où ont joué, en 2013, John McEnroe, Stefan Edberg ou Mats Wilander. Non, pas du piano, même si leurs mélo­dies ont bercé votre enfance. Si vous n’êtes pas patient, rendez‐vous direc­te­ment à 3’05 ou dans ses envi­rons. Vous compren­drez mieux ce qu’est ce point final et l’ef­fort qu’il implique, jusqu’à gicler de sueur sur votre écran qu’é­bau­bissent les doigts de ce doux dingue et virtuose.

Dans L’Ecume des jours, Boris Vian met un point à la fois tendre, cruel et ambigu. A moins que ce ne soit le point qui se mette de lui‐même. Non, je vous assure. On prône l’in­dé­pen­dance du texte, l’au­teur n’en est qu’un adju­vant. Pas si folle, la théorie de mes amis scri­bouillards : la matière brute que l’écri­vain manie, le langage, ne lui appar­tient pas. Bref, je vous invi­terai, on se fera un colloque en bouf­fant des cookies – faites gaffe au canapé. Voici, je vous laisse constater, j’ai déjà suffi­sam­ment de mal à terminer mes propres phrases, le soleil s’est levé, pour moi, à 4h30 et j’ar­rive au point de ma journée :

Enfin, quand Novak Djokovic pose le dernier point d’une partie qui ressemble à un pavé de 800 pages préfacé par Napoléon, tâché du sang des deux joueurs comme le seraient les mémoires d’un général illustre, il n’a pas besoin de nettoyer la ligne : son point est un poing sur la table. Ou dans la gueule de Stanislas Wawrinka pour un KO debout. Un horion de 12–10 centimètres.

Alors Edouard, mon cher Edouard… Toi qui porte le prénom d’un roi et un nom qui est, pour moitié, le prénom d’une légende du tennis – pardon, oublie mes confu­sions, s’il te plaît, sois gentil. Edouard, la prochaine fois que tu mènes : deux sets à zéro. Que tu mènes : 4–0 dans un jeu décisif. Que tu mènes : 5–3 dans la cinquième manche. Et que tu sers pour une place en huitième de finale de Grand Chelem, rappelle‐toi de Scorsese, rappelle‐toi de Franz Liszt et d’Evgeny Kissin, rappelle‐toi de Boris Vian et rappelle‐toi de Novak Djokovic. 

Fais‐moi un plaisir, toi mon Roger‐Vasselin : évite la cocaïne, choisis le génie et ponctue‐nous tout ça. 

Et, las, permets‐moi de conclure que

(blanc)

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A propos de l’auteur

Rémi Cap‐Vert

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.